Spectacles

Marivaux Ohlàlà !!!

Les oliviers de la coulée verte de Nice sous le charme de Marivaux depuis lundi. Le TNN y donne L’Héritier de village une pièce en un acte peu jouée. C’est l’ouverture des contes d’apéro qui se tiendront jusqu’au 26 juillet hors les murs.

Coucher de soleil sur le Paillon

Alors que le soleil n’est pas encore décidé à courir vers l’ouest pour plus de fraîcheur sur la coulée verte… Alors que les spectateurs sont installés et que monte l’odeur de l’herbe qu’ils ont foulée… La scène. Une petite cabane rose avec deux cœurs. Des sièges blancs pliants. Ambiance dolce vita sur une Riviera réactualisée. Et la transposition fonctionne grâce à la mise en scène de Laurent Prévot. Charmant.

Entrent Claudine et Blaise deux paysans campés par Muriel Mayette-Holtz et Hervé Van der Meulen. Perruques rousses de fils torsadés, gestuelle précise, maquillages proches du masque. Le ton comedia dell’arte est donné et doublé, on le verra, de la passion de Marivaux pour la comédie sociale. Où l’on sent en filigrane l’influence du théâtre italien. Le père des Jeux de l’amour et du hasard a en effet beaucoup travaillé avec la troupe des Comédiens Italiens Ordinaires du roi avec lesquels il créa la pièce en 1725.

Argent trop cher

Bon l’histoire. Blaise a enfin hérité de cent millions de patates, leitmotiv hilarant durant toute la pièce. Comme Monsieur Jourdain il va falloir être à la hauteur de ceux qui possèdent. Acquérir les bonnes manières. Deux aristocrates désargentés par l’odeur attirés se mettront en quête d’épouser les deux enfants du couple. Naïfs et mal dégrossis, les rejetons empêtrés dans leurs hormones adolescentes, vont croire à la comédie de l’amour.

Mais on ne bouleverse pas l’ordre social sans y laisser des plumes. Marivaux excelle dans cette réflexion acrobatique et abyssale. Derrière les situations bouffonnes le propos est sérieux. Une sorte de prolégomène à la lutte des classes version siècle des Lumières. On ne sort pas de sa condition, on y est condamné. Et l’issue de la pièce sera fatale à tous. Mais chut… Allez-y la pièce se joue dès 19 heures.
Je ne terminerai pas sans parler du jeu des comédiens. J’ai été particulièrement éblouie par l’interprétation de Muriel Mayette-Holz tout en retenue en justesse et délicatesse. Les ohlàlàlà qu’elle instille avec l’air délicieusement étonné ou acquiesçant valent qu’on s’y arrête pour les déguster. Mais tous sont à la hauteur. Ils s’amusent en jouant et on adore ça.

Le Marivaux du 6 au 10 juillet coulée verte. Entrée gratuite

De la poésie et du slam du 11 au 23 juillet
« Elle est où la peau de l’ours ? » Spectacle itinérant autour de proverbes familiers du 24 au 26 juillet.

Par Nicole Cimadoré

Visuels ©Lea-Saboun-TNN