Spectacles

Bérénice Robin Renucci et moi…

J’attendais avec impatience la 3 ème édition du festival de tragédies créé par le Théâtre National de Nice.

L’acmé pour moi était le Bérénice mis en scène par Robin Renucci. Les 26 et 27 juin derniers les arènes de Cimiez à Nice allaient résonner d’alexandrins sublimes. Je respirais déjà à l’hémistiche… Souhaitais contre toute attente que Titus ne cède pas à Rome… Comme à la fin de Mme Butterfly je souhaite régulièrement et secrètement que Cio-Cio San ne se poignarde pas. Mais les tragédies sont immuables.

Je l’aime je le fuis, Titus m’aime il me quitte.

Les mots sont implacables comme la vague de chaleur qui m’a clouée sous la clim sans que je ne revive le drame de la reine de Judée.

Le théâtre c’est le verbe

Parler avec Robin Renucci de son rapport à la tragédie me consola de ne pas respirer l’un des plus beaux textes de Racine.
Les mots. L’amour des mots. Il crée la pièce en 2019 aux Tréteaux de France et martèle avec douceur mon rapport au théâtre est la force du verbe. De ses maîtres Jean-Paul Roussillon, Antoine Vitez ou Marcel Bluwal il a retenu le souffle puissant véhiculé par ce théâtre dont il explore les grands textes. Il dit la langue est un outil. Il dit le théâtre est une fabrique artisanale. Il dit la tragédie demande des situations de jeu précises. En l’écoutant me parler de sa passion au téléphone j’imagine. Parmi la dizaine de pièces qu’il a montées, dont les tragédies Andromaque ou Phèdre, comment a-t-il raconté les drames éternels de l’amour et du devoir.

Et Bérénice alors ? Il raconte. Les comédiens jouent pieds nus. Ni décors ni costumes. Chérir l’imaginaire. Alors j’ai imaginé la troupe contant par les 33 degrés de ces deux soirs azuréens l’histoire terrible des amours impossibles. L’image remplace le réel à travers l’histoire. On peut voir Bérénice comme un thriller qui soulève l’éternelle et actuelle question de la cruauté des pouvoirs.

Robin Renucci – photo Jean-Christophe Bardot

Le théâtre c’est le partage

Robin Renucci a joué dans une quarantaine de pièces. Et si l’on peut citer la longue liste de sa filmographie je comprend en l’écoutant pourquoi le théâtre reste pour lui au centre du vrai partage alors que le cinéma consomme de la jeunesse.
Passionné et engagé il me parle de la nécessité de l’éducation populaire en créant les outils de la rencontre. D’ailleurs depuis octobre 2022 il a pris la présidence de l’Association CDJSFA (Centres de Jeunes et de Séjours au Festival d’Avignon), projet d’éducation populaire, créé il y a plus de 70 ans dont la vocation est la mise en œuvre de séjours culturels actifs.

Ah oui vous dire aussi qu’en vrai féministe, le directeur de La Criée à Marseille rend hommage à Madame de Sévigné. Il a monté L’Ecole des femmes de Molière avec François Morel dans le rôle d’Arnolphe qui se joue à Grignan. La ville natale de la divine marquise accueille la troupe pour 46 dates jusqu’au 22 août, sous la façade de son château. Encore des alexandrins.

Gageons que la canicule m’épargnera et que je pourrai me réjouir de l’éveil d’Agnès à deux pas de la demeure d’une femme libre qui avait du style.

Bon et Bérénice dans tout ça ? Je l’aurais rêvée depuis mon abri au frais grâce à ma conversation avec Robin Renucci.
A l’affirmation de Nathalie Azoulai, prix Femina 2015, « Titus n’aimait pas Bérénice », nous sommes tombés d’accord avec Robin, oui je décide de l’appeler Robin, Titus n’aimait pas (assez) Bérénice. Un point c’est tout.

Par Nicole Cimadoré