Spectacles

Orlando de G.F. Haendel – L’amour c’est compliqué

A Nice l’été ne voulait pas encore jouer les indiens. Ce début octobre donnait à l’après-midi dominical les couleurs éclatantes d’une saison qui ne voulait pas céder.
La scène de l’opéra allait une fois encore parcourir les arcanes des tourments amoureux avec Orlando de Georg Friedrich Haendel.

Je pourrais vous dire que cet Orlando est aussi Furioso que le personnage qui l’inspira, né sous la plume d’Arioste dans un poème du XVIème siècle, deux siècles avant Haendel qui créa son Orlando à Londres en 1733 au King’s Theatre. Je pourrais aussi vous raconter que la geste épique du poète italien avait pour décor ce Moyen Age où bataillaient chevaliers et envahisseurs Sarrasins. Au risque d’être pédante je pourrais aussi rappeler que le XVIIIème siècle fut celui où s’exalte le sentiment amoureux jusqu’au Libertinage. C’est aussi le début de l’âge d’or du théâtre lyrique.
L’Italie rayonne alors dans toute l’Europe avec ses créations théâtrales et la starisation des interprètes de l’opéra baroque : prima donna et castrats. Haendel qui aura fait ses premières armes de Florence, à Venise ou Naples n’aura pas composé moins d’une trentaine d’opéras.

L’amour fou

Le théâtre est là qui nous raconte des histoires. Une vision de la vie augmentée où hommes et mythes se côtoient souvent. Et pour entrer dans l’histoire d’Orlando il faut être très concentré car s’y joue une partie de « je t’aime moi non plus » à quatre personnages. Orlando aime la reine Angelica qui aime son cousin Medoro. Le beau prince maure Medoro est aimé par Dorinda la bergère. Pour remettre un peu d’ordre dans ce bonneteau amoureux déboule un philosophe Zoroastro. Il n’est pas le prêtre perse dont il emprunte le nom, mais est mis en scène comme le psychiatre qui va tenter de guérir les fantasmes amoureux de Orlando. C’est le baryton Joan Martin-Royo qui n’interprète pas seulement ce rôle mais toute une série de personnages. La metteuse en scène a eu le génie d’en faire un « deus ex machina » qui maîtriserait le destin des hommes et de leurs passions.
En gros voilà l’histoire qui tient en un paragraphe de dix lignes en police 12.

Mais l’intelligence dont fait preuve Mariame Clément, la metteuse en scène, va mettre en lumière toute la palette des jeux cruels de l’amour en alternant les scènes oniriques où passent monstres et chevaliers à épée et celles d’une réalité quotidienne. Elle s’est aussi amusée à doubler certains personnages en écho aux da capo qui émaillent l’oeuvre. La preuve que les situations amoureuses sont éternelles, on retrouve les personnages dans des décors contemporains. Et ça fonctionne ! Ainsi Dorinda, Emilie Rose Bry soprano flamboyante, sera une barmaid. Medoro, Fernando Escalona contre-ténor baroqueux, accompagnera dans sa fuite son Angelica, Marie Lys à la voix pure mozartienne, jusqu’au guichet d’un aéroport…

Et Orlando dans tout ça ? Le contre-ténor Rémy Brès Feuillet nous entraînera avec fièvre dans les délires du rôle titre. Délires de grandeur d’un lointain cousin du Roland de la chanson de geste médiévale. Il se verra tantôt en chevalier sans mission, dressé contre des moulins à vents où mouline seule son épée, Durandal prosaïque, tantôt fou d’amour pour une femme qu’il connaît à peine. Toujours se méfier des inconnus qui vous abordent dans la rue. Ses hallucinations iront croissant et le mèneront en hôpital psychiatrique où Zoroastro tentera de calmer les démons de sa psyché.

Les décors de Kaspar Glarner disent poétiquement les temps du récit en alternant bois magiques sur fond gigantesque d’un casque de chevalier, inutile armure d’un Orlando coincé dans sa folie.

Chef de l’ensemble baroque Mattheus, Jean-Christophe Spinosi donne à l’œuvre tout les accents du drame qu’elle nous fait vivre jusqu’à l’inéluctable question : est-ce que les histoires d’amour finissent mal en général ?
Il vous restera encore jusqu’à la dernière ce mardi pour connaître la réponse à cette imparable question.

Orlando : opéra de Nice mardi 6 octobre à 20h

Coproduction Opéra Nice Côte d’Azur, Opéra de Lausanne, Théâtre de La Maestranza de Séville

Par Nicole Cimadoré

Visuels Orlando, saison 2026-2027 (c) Nathan Cassar, Opéra Nice Côte d’Azur