Nadia Boulanger : La ville morte, opéra
Coproduction de Catapult Opera et l’Opéra National de Grèce.
Livret Gabriele D’Annunzio, Orchestration de Joseph Stillwell et Stephan Cwik.
Le chef d’œuvre lyrique de Nadia Boulanger renaît de ses cendres.
Premier enregistrement mondial
Avec Melissa Harvey, Soprano ;Laurie Rubin, Mezzo-soprano ; Joshua Dennis, Ténor ; Jorell Williams, Baryton. Talea ensemble : Neal Goren.
Label Pentatone. Durée : 1h45. Sortie Janvier 2026.
Il faut parfois de nombreuses années pour qu’un rêve d’enfance se réalise. Cet enregistrement en est l’illustration parfaite. Les temps changent. On voit de plus en plus de femmes cheffes d’orchestre talentueuses dirigées les plus grands orchestres dans le monde. Les compositrices souvent muselées de leur temps réapparaissent enfin. Tel est le cas de cet enregistrement qui met en lumières l’une des plus grandes compositrices et pédagogues du 20ème siècle.2026 commence de la meilleure des façons. On ne peut que remercier les sponsors qui ont rendu possible cette renaissance dont la fondation Stavros Niarchos. Le livret est soigné comme la prise de son. On est sous le charme de la peinture de Sophie von Hellermann qui sert de couverture.
Nadia Boulanger ( 1889-1979)
Elle est la sœur de Lili Boulanger, elle aussi compositrice de génie morte prématurément qui restera une immense blessure chez sa sœur. Son père et son grand-père sont professeurs au conservatoire de Paris. Sa mère est une cantatrice russe. Elle suit les cours au conservatoire de Paris les cours d’Alexandre Guilmant, Louis Vierne et en composition de Gabriel Fauré. Elle obtient le second prix de Rome en 1909. Elle enseigne l’harmonie au conservatoire de Paris et à l’école normale de musique. À la création du conservatoire américain de musique de Fontainebleau, elle obtient le poste de composition. Elle est aussi maitre de chapelle du prince de Monaco. Elle forme d’innombrables musiciens dont de nombreux compositeurs américains : Walter Piston, Aaron Copland, Elliott Carter… Parmi les européens, on peut citer Igor Markevitch, Jean Françaix, Dinu Lipatti, Michel Legrand… Elle laisse des pièces pour violoncelle, des mélodies, de nombreuses pièces pour piano. La ville morte composée avec Raul Pugno est indéniablement son chef d’œuvre. Ses œuvres témoignent de son amour pour Fauré, Debussy, Ravel. Elle était profondément hostile à l’école de Vienne sous la houlette de Schoenberg.

La ville morte : un opéra qui côtoie le Pelleas et Mélisande de Claude Debussy.
La composition débute en 1909 pour s’achever en 1912. La première guerre mondiale empêche sa création à l’opéra comique. L’opéra sera créé seulement à Sienne en 2005 avant d’être repris en 2020 à l’opéra de Göteborg. Une version de chambre scénique coproduite par l’Opéra national Grec et Catapult Opéra voit le jour en 2024 à Athènes et à New-York sous la direction de Neal Goren. L’ histoire relate les amours la vie et les amours d’un archéologue, Léonard, de sa sœur, d’Alexandre, un collègue et de sa femme Anne. Tout se déroule au milieu des ruines de Mycènes. Le récit revêt un caractère qui devient le miroir parfait de la tragédie grecque. Nadia Boulanger y jette tout son génie de compositrice. Les quatre actes ne sont qu’intensité et beauté. Quelle connaissance des voix. C’est inouï. Neal Goren, est un pianiste et chef d’orchestre incroyable. Il a défendu le répertoire contemporain et l’opéra de chambre. Il transcende la ville morte avec son ensemble Talea. Le génie de Nadia Boulanger revit. Son pari est réussi. La soprano Melissa Harvey impressionne dans le rôle d’Hébé. Quelle projection, quel sens inné de la phrase musicale. La Mezzo-soprano Laurie Rubin possède des moyens vocaux phénoménaux. Elle est une Anne qui impressionne. Quel timbre somptueux. Le ténor Joshua Dennis surprend. La voix est saine. La musicalité est une leçon de chant. Il en est de même pour le baryton Jorell Williams qui excelle en Alexandre. La diction des quatre solistes est exemplaire. La ville morte est une œuvre majeure de l’histoire de l’opéra ! Qu’attend-t-on pour rejouer cet opéra sur toutes les scènes du monde ? Découvrir la ville morte de Nadia Boulanger procure un torrent d’émotions comme la première fois où l’on se retrouve face aux chutes du Niagara. Quelle odyssée !
Par Serge Alexandre
