Spectacles

Festival de Pâques au GTP à Aix-en-Provence le 3 avril 2026

La Passion selon saint Jean (BWV 245) – Johann Sebastian Bach (1685-1750)

Il Caravaggio, orchestre ; Accentus, chœur ; Camille Delaforge, direction ; Marie Lys, soprano ; Marie-Nicole Lemieux, contralto ; Cyrille Dubois, ténor ; Guilhem Worms, baryton-basse ; Mathieu Gourlet, baryton-basse

Une Saint-Jean audacieuse et inspirée sous la direction de Camille Delaforge.

Pour sa première interprétation de la Passion selon saint Jean de Johann Sebastian Bach avec l’ensemble Il Caravaggio, Camille Delaforge ose une approche originale : elle y mêle judicieusement les versions produites par Bach en 1724 et 1725. Celle-ci va s’ouvrir sur le chœur Herr, unser Herrscher. La Cheffe retient le chœur d’ouverture de 1724 y intègre des airs marquants comme le Himmel, reiße, Welt, erbebe, pour basse et remplace l’air pour ténor, Ach, mein Sinn par le plus tourmenté Zerschmettert mich (1725). Le choral final, Ach Herr, lass dein lieb Engelein, (1724) est conservé, invitant à la méditation sur la résurrection.

Bach, Passion selon saint Jean. Il Caravaggio. accentus. Camille Delaforge, direction. Marie Lys, soprano. Marie-Nicole Lemieux, contralto. Cyrille Dubois, ténor. Guilhem Worms, baryton-basse. Mathieu Gourlet, baryton-basse. Grand Théâtre de Provence. Aix-en-Provence. 03/04/2026. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques

Des interprètes au service de l’émotion

L’audace de cette interprétation réside moins dans le choix des artistes de renoms que dans leur engagement artistique. Cyrille Dubois, en récitant, incarne un Évangéliste vibrant, presque théâtral, maîtrisant avec brio l’allemand. La contralto canadienne, Marie-Nicole Lemieux, à la voix chaude et sombre, offre une lecture incandescente des arias Es ist vollbracht » et Von den Stricken meiner Sünden, et rend palpable, avec parfois une pointe de vibrato, la complexité dramatique de l’œuvre.

Marie Lys, soprano, nous a également séduit par sa sensibilité dans son lumineux et vif, Ich folge dir gleichfalls, tandis que Guilhem Worms, en Jésus, impose un timbre chaud et convaincant. Tandis que Mathieu Gourlet, en Pilate, brille par la souplesse et l’élégance de ses airs.

Une direction précise, mais poétique

À la tête de l’ensemble Il Caravaggio (et, parfois du clavecin), la cheffe d’orchestre Camille Delaforge sculpte chaque phrase, chaque nuance, avec une rigueur méthodique. Le continuo, formé par les basses, les liaisons entre les strophes des chorals sont abordées avec beaucoup de soin. Le chœur Accentus, d’une excellente justesse, déploie de belles lignes. Les chorals, d’une beauté saisissante, transportent l’auditeur jusqu’au final, Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine, où l’émotion l’emporte sur les mots. Une interprétation qui, sans nul doute, marquera les esprits.

Par Catherine Richarté-Manfredi

Crédit photographique : Festival de Pâques 2026, Caroline DOUTRE