La sorcière de Camille Erlanger, opéra en 4 actes
Sur un livret d’André Sardou d’après la pièce éponyme de son père Victorien
Envoûtante redécouverte !
Avec Andrea Soare, Zoraya ; Jean-François Borras, Don Enrique ; Lionel Lhote, Ximénès ; Marie-Ève Munger, Afrida ; Sofie Garcia ,Manuela ; Servane Brochard, Joana ; Carine Séchaye,Aïcha ;Léa Fusaro,Fatoum ; Joé Bartoli, Ramiro ; Maxence Billemaz, Arias ; Daria Novik, Première Mauresque ; Eva Kubicek, Deuxième Mauresque ; Oscar Esmerode, Zaguir…
Orchestre et chœur de la haute école de musique de Genève sous la direction de Guillaume Tourniaire. Livre cd B.records, outheremusic / www.b-records.fr
Livre composé de 3cd.
Enregistrement public au Victoria hall à Genève.

Qui connaît Camille Erlanger (1863 – 1919) et sa sorcière ?
Il étudie avec Leo Delibes entre autres au Conservatoire de Paris. Il obtient le prix de Rome avec sa cantate Velléda. Il compose plusieurs poèmes symphoniques, un requiem et de nombreux opéras dont le plus célèbre est le juif polonais. Le style d’Erlanger est singulier dans la musique française. Il tourne le dos aux Bizet, Massenet, Thomas, Gounod, Godard et semble en avance sur Ravel, Debussy ou D’Indy. Il se caractérise par une véritable opulence orchestrale, un goût prononcé pour les leitmotivs et une écriture d’une rare densité flirtant parfois sur les récifs de la tonalité. Orchestrateur génial, il tire son influence principale de Wagner du drame musical. On peut le considérer un peu comme le Schreker français. La sorcière date de 1912. Il sera l’un des derniers opéras créés de son vivant remportant un succès public et divisant la critique de l’époque. L’action se déroule à Tolède en 1507 sous l’inquisition. La très catholique Espagne poursuit et condamne à mort toute personne coupable de relations avec les Maures. L’espagnol Don Enrique est le chef des archers. La Maure Zoraya est une guérisseuse. Zoraya et Don Enrique s’aiment et doivent fuir ensemble pour échapper à l’inquisition. Don Enrique tue l’un des soldats à leurs trousses. Zoraya s’accuse du meurtre et est condamnée au bûcher. Le cardinal la gracie si elle parvient à sauver sa fille. Les deux amants seront finalement condamnés à mort et s’empoisonnent en montant au bûcher pour mourir ensemble. Sur bien des points, la sorcière est un opéra fascinant me rappelant des ouvrages de Lazzari eux aussi sombrés dans l’oubli. Cet opéra n’avait jamais été redonné depuis sa création ! Le livret très riche en informations et l’enregistrement aérien sont parfaits.
Un enregistrement de grande qualité
Guillaume Tourniaire, chef d’orchestre français est un inlassable découvreur de répertoires rares. Il est un fervent défenseur de Louis Vierne, Saint-Saëns, Messager, Adam dont il a signé un très bel enregistrement du chalet avec les forces de l’Opéra de Toulon ou l’Ascanio de Saint-Saëns chez B.records. On connaît sa passion pour l’œuvre de Camille d’Erlanger dont il a dirigé l’aube rouge au Festival de Wexford. Il dirige avec passion et une précision méticuleuse l’orchestre des étudiants et le chœur des étudiants de la haute école de Genève. L’ouvrage revit dans toute sa splendeur. Il en est le principal artisan. Les beautés y sont magnifiées. On est envoûté. Les voix ne sont jamais couvertes malgré l’orchestration. La soprano franco-roumaine Andreaa Soare est une Zoraya de grande classe. Le profil vocal correspond à celui de Tosca. Le rôle est terriblement exigeant. La soprano domine sans difficulté les exigences requises d’une partition qui la sollicite tous les registres. Elle forme un duo exemplaire avec le ténor français Jean-François Borras au timbre solaire et dont la réputation n’est plus à faire. Les duos du second acte sont un sommet de l’ouvrage. La musicalité du ténor est remarquable. La sorcière apparaît par instant comme le miroir brisé de Tosca.Le baryton français L’Afrida de la soprano colorature canadienne Marie-Eve Munger est un pur ravissement. Quelle aisance dans les registres aigus. Alexandre Duhamel est un Padilla de luxe dans un rôle trop court. Quel talent chez ce chanteur, il ne cesse de se bonifier. À ses côtés, le Cardinal du baryton belge Lionel Lhote impressionne. Quel charisme ! La longévité chez cet artiste interpelle. La délicieuse Joana de la soprano Servane Brochard est un pur émerveillement. Tous les seconds rôles sont exemplaires. La diction est un modèle par l’ensemble de l’équipe réunie pour faire revivre ce chef d’œuvre. La scène finale est édifiante et bouleverse.
La sorcière est un tableau saisissant de l’intolérance religieuse et xénophobe d’une actualité brûlante. Camille Erlanger occupe une place singulière dans le patrimoine universel musical. Un live indispensable à avoir ou à offrir !
par Serge Alexandre
