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Raff : Welt- Ende Gericht- Neue Welt, oratorio opus 212. Un tsunami musical !

Avec Marie-Henriette Reinhold, mezzo-soprano et Andreas Wolf, baryton. GewandhausChor- camerata lipsiensis : Gregor Meyer

Cd cpo enregistré le 6 juin 2022 au Gewandhaus Leipzig – nouveauté discographique. Durée : 106 minutes

Découvrir une œuvre de Joseph Joachim Raff (1822-1884) est un peu comme partir à la recherche des œufs de Pâques dans son jardin lorsqu’on est un enfant. On est en quête d’un trésor. On a le regard émerveillé comme lorsqu’on découvre le lever du jour au sortir de l’immense caldera de Santorini. On passe de l’ombre à la lumière en un instant qui se meut en éternité. Je dois ma passion pour ce compositeur autodidacte né à Lachen au bord du lac de Zürich à deux personnages de mon enfance qui me fascinaient. L’un était compositeur Bernard Hermann (1911-1975), inlassable défenseur de Raff. L’autre me fascinait par les vieux vinyls, c’était le chef d’orchestre Arturo Toscanini. Fuyant l’enseignement musical en France, c’est à Weimar, Leipzig, Stuttgart, Wien,Warszawa, Praha où j’ai pu m’épanouir musicalement. Brahms, Schumann, Mendelssohn, Bruch, Mahler, Raff furent interdit sous le troisième Reich. Si les cinq premiers demeurent très joués désormais , Raff retrouve une seconde vie grâce à la société Raff à Franckfurt, des musiciens curieux, des éditeurs audacieux comme edno à Stuttgart et des labels importants comme Cpo, Schweizer fonogramm, Naxos, Tudor, Chandos, Sterling… Merci à eux de rendre le rêve devenir réalité ! Le bonheur avec eux est toujours à l’horizon comme le soleil vient épouser la mer. Raff, instituteur et secrétaire de Liszt à la base, demeure l’un des plus grands autodidactes de toute l’histoire de la musique. Il a su réunir l’école classique allemande romantique à la nouvelle école. Son œuvre gigantesque demeure un mystère à explorer.

Trailer : https://www.youtube.com/watch?v=hGbCN5ciK4s

L’opus 212

C’est un projet qui hantait le compositeur depuis de longues années. Il s’inspire des saintes écritures et plus particulièrement du livre de l’apocalypse. C’est une œuvre de la fin de vie de Joachim Raff. L’œuvre sera créée en janvier 1882 à Weimar puis reprise à Leeds en 1883 Wiesbaden en 1884, Berlin en 1885. L’œuvre suit les règles de l’instrumentation de son temps. Elle requiert trois flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, un tuba, des timbales, un triangle, deux caisses une claire et une grosse et un ensemble de cordes. L’oratorio est un modèle de concision se composant de trois parties : la fin du monde, le jugement, le nouveau monde. Ouvrir la partition, c’est un peu voir défiler l’histoire de l’oratorio allemand et français de J.S Bach en passant par Félix Mendelssohn, Max Bruch, Franz Liszt, Carl Reinthaler, Camille Saint-Saëns, César Franck… L’opus 212 est un chef d’œuvre absolu. La beauté des mélodies vous emporte. De la simplicité naît le beau. L’orchestration vous transporte. L’hardiesse harmonique est de tous les instants annonçant le début du 20ème siècle et l’école viennoise. L’oratorio requiert deux solistes une alto ou mezzo-soprano et un baryton et un chœur. Les parties orchestrales sont très importantes ce qui est un fait majeur pour l’époque.

L’ enregistrement

Il est exemplaire. On le doit aux qualités intrinsèques à Gregor Meyer. Il est un le fruit de ses études à Leipzig dans la grande tradition des chefs de chœur. Ce compositeur et arrangeur possèdent des qualités indéniables. Il fait preuve d’un investissement de tous les instants. La passion romantique découlant de l’écriture de Raff sous sa direction devient un tsunami émotionnel. La mezzo-soprano Marie-Henriette Reinhold a fait ses études à Leipzig. Le timbre et la musicalité retiennent l’attention. Sa ligne de chant est irréprochable. Le baryton Andreas Wolf possède déjà une réputation grandissante sur le plan international. Cet élève de Heiner Eckels et Thomas Quasthoff possède toutes les qualités de ses enseignants. Il est un baryton basse à la voix somptueuse. Quel timbre ! Il excelle dans un répertoire allant de Mozart en passant par Richard Strauss et dans Franz Schrecker. Il illumine par sa présence vocale et musicale cette redécouverte majeure. Le chœur du Gewandhaus est comme à son habitude somptueux. Rarement, je n’ai été autant bouleversé devant un enregistrement. Chef d’œuvre absolu !

Par Serge Alexandre

www.raff.org