Othmar Schoeck : Nachhall opus 70, Drei Lieder opus 4 arr G. Contratto, Acht Lieder opus17 arr G. Contratto – Premier enregistrement mondial – D’une beauté rare !
Avec Olena Tokar, soprano ; Stephan Genz, Baryton, Berner Symphonieorchester : Graziella Contratto
Durée : 63 minutes
Cd Schweizer Fonogramm. www.schweizerfonogramm.com
Il y a des enregistrements dont on ne peut se lasser d’écouter. Celui-ci en fait parti. Othmar Schoeck (1886-1957) est l’une des figures majeures musicales du 20ème siècle. On ne peut pourtant dire qu’il est souvent programmé dans les salles concerts. Compositeur, pianiste, chef d’orchestre suisse, il est le fils du peintre Alfred Schoeck. Il étudie à Leipzig avec Max Reger. Il fût chef de chœurs, accompagnateur et chef d’orchestre à Saint-Gall… EN 1959, l’Othmar Schoeck Gesellschaft a été fondée pour la promotion de son œuvre prolixe. Il laisse plus de 400 lieder en faisant un héritier de Franz Schubert, Hugo Wolf. Il laisse plusieurs opéras dont Penthelisea, de la musique d’orchestre dont un très beau concerto pour violon et orchestre, un concerto pour cor séduisant et un beau concerto pour violoncelle et orchestre, de la musique chorale Les livrets de ce label sont toujours bien détaillés. Ici il est écrit par Graziella Contratto, cheffe d’orchestre et orchestratrice des opus 4 et 17. La qualité des enregistrements est irréprochable. On apprend que cet enregistrement est un projet personnel de la cheffe d’orchestre et cela s’entend. Depuis l’adolescence, elle dirige ce compositeur. Elle s’immerge totalement dans cet univers à découvrir comme le disait le chef d’orchestre Gerd Albrecht et nous prend la main pour nous y plonger.
Nachhall opus 70 est l’œuvre d’un compositeur sexagénaire. Il nous plonge dans une ambiance crépusculaire sur des poèmes de Lenau et un épilogue de Claudius. Sur le plan harmonique, Othmar Schoeck fascine par son ambiguïté lunaire épousant par instant les rives de la bitonalité. Il livre un cycle de douze lieder d’une grande beauté qui exhale une réflexion sur le sens donné à l’existence. L’ambiance m’évoque les inquiétudes de certaines nuits où l’on se retrouve face à soi-même. La réputation du baryton Stephan Genz n’est plus à faire. Au moment où l’ensemble du monde musical est en deuil avec la disparition du baryton belge José van Dam, un modèle d’humilité et de musicalité, Stephan Genz est une figure majeure de notre temps. Le timbre est somptueux. Son investissement est total. Le chant est incarné. Il est bien dans ce répertoire le digne successeur de Dietrich Fischer Dieskau dont il a été étudiant.
Dans les drei lieder opus 4 qui bénéficie de l’orchestration audacieuse de Graziella Contratto, l’atmosphère est tout autre. Ce sont de petites virgules enchantées de la vie. Elles sourient à la poésie de Heinrich Heine. L’orchestration y est raffinée. On adore le solo de violon d’ Eugenia Karni dans Wo ?
Acht Lieder opus 17 convoquent de nombreux poètes : Eichendorff, Jacobi, Uhland, Heine, Mörike. Il y règne une certaine mélancolie. L’orchestration est un régal. La soprano Olena Tokar la delilah du premier enregistrement du Samson de Raff chez ce label y est époustouflante. Le timbre est d’une richesse infinie. Quelle musicalité l’ habite. Un choc de la découvrir dans les opus 4 et 17. Les musiciens de Bern sont exemplaires sous la direction de Graziella Contratto. Cet enregistrement est bien plus que de la musique. Il est une fenêtre sur la poésie de la vie.
Par Serge Alexandre
