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Hermann Goetz : Quatuor avec piano opus 6 ; Quintette avec piano opus 16

Avec Oliver Triendl, piano ; Marina Chiche, violon ; Peiju Xu, alto, Niklas Schmidt, violoncelle ; Matthias Beltinger, contrebasse.

Cd TyxArt / collection classical,, romantic treasures. https://www.tyxart.de/en/all.html

Durée du cd : 64 minutes

On ne peut pas dire que les différentes encyclopédies musicales soient prolixes avec Hermann Goetz. Il est pourtant un des compositeurs majeurs du 19ème siècle. Chiner une partition de Goetz reste un plaisir sans nom comme trouver cet enregistrement consacré à deux œuvres de musique de chambre. On n’oublie jamais ses compagnons de jeu de son enfance. J.S Bach, W.A. Mozart,Franz Berwald, Joseph Joachim Raff, Otto Nicolaï, Ignaz Moscheles, Hermann Goetz… en font partis.

Hermann Goetz (1840-1876)

Compositeur allemand, il est né en Prusse à Königsberg. Il suit des études de piano à Berlin avec Hans Von Bulow. À 23 ans, il s’établit en Suisse à Winterthur où il est organiste puis s’établit à Zürich. Il y donne des leçons particulières et dirige une société chorale. Malgré sa courte existence, il laisse une œuvre très importante dont deux opéras qui sont des sommets de l’art lyrique, deux concertos pour piano et orchestre, un concerto pour violon et orchestre, de la musique symphonique dont une symphonie très agréable à diriger, de la musique de chambre, des mélodies… Il a un style très personnel avec une grande liberté mélodique et harmonique. Le quatuor avec piano et le quintette avec piano constituent deux exemples du génie du compositeur. Écouter une minute de Goetz, vous êtes saisi par les frissons : celui de se retrouver confronter à un génie de l’histoire de la musique.

L’enregistrement. Une référence absolue !

La prise son aérée est remarquable. Chaque instrumentiste est mis en valeur de la plus belle façon. Le quatuor en Mi Majeur opus 6 est écrit en quatre mouvements. Il n’a rien envié à Brahms par sa beauté. On est saisi par les mélodies et une poésie ineffable qui se dégage de cette partition. Tout est chez Goetz lied. Les instruments chantent, se répondent. Il fût créé en 1867. Il est dédié à Brahms . On voit que le compositeur avait une connaissance parfaite des œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Schumann. Ce quatuor est une véritable jubilation. Ce n’est que du plaisir d’une profondeur inouïe. Tout est frais et souriant dans ce quatuor. Un véritable rempart à la bêtise qui gonfle dans le monde actuel !

Le quintette pour piano est en ut mineur. Il se compose de quatre mouvements. Créé en 1874, l’atmosphère y est tout autre. Le compositeur cite le poète Goethe en exergue de son œuvre :Et, tandis que l’homme reste muet dans sa souffrance, un Dieu m’a donné de pouvoir dire combien je souffre. Le quintette avec piano reprend la distribution du quintette «  la truite » de Schubert. Coté cordes Violon et alto se donnent la main tandis que Violoncelle et contrebasse se sourient. Ce quintette bouleverse, émeut. Il constitue le véritable chant du cygne du compositeur. Quelle poésie se dégage des œuvres de Goetz. La musique de Goetz incarne ce je ne sais quoi ou presque rien si cher à Jankélévitch. Les cinq musiciens réunis pour cet enregistrement rare sont des musiciens solistes hors pair. Le pianiste Oliver Triendl est une figure majeure de son temps. Il est un soliste unique et un musicien de chambre à la sensibilité exacerbée. La violoniste Marina Chiche déploie toute sa musicalité et sa technique violonistique dans ses pages oubliées. L’altiste née à Shanghai Peijun Xu s’impose comme une des meilleures altistes de sa génération. L’alto est un instrument ensorcelant : le grand violon comme aimait le dire Paganini. Le violoncelliste Niklas Schmidt est bien connu du public allemand et suisse et on comprend pourquoi. Le contrebassiste Matthias Beltinger est un soliste de renom. Ces cinq solistes s’écoutent, se répondent. Ils transcendent ces deux œuvres de Goetz. Ce n’est pas simplement de la musique. C’est une fenêtre ouverte sur un océan de poésie.

Par Serge Alexandre