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Festival de Pâques au Conservatoire Darius Milhaud d’Aix-en-Provencele 7 avril 2026 : Raphaël Feuillâtre : l’art de la guitare, entre héritage et audace

Il est rare de rencontrer un artiste capable de transcender les frontières de son instrument avec une telle élégance et une telle inventivité. Raphaël Feuillâtre, prodige de la guitare classique, incarne cette alchimie parfaite entre virtuosité technique et sensibilité musicale. Son récital au Conservatoire Darius Milhaud d’Aix-en-Provence a confirmé ce que les mélomanes pressentaient déjà : nous sommes en présence d’un musicien d’exception, capable de donner à la guitare une voix nouvelle, à la fois intime et universelle.

Ce qui frappe, chez Raphaël Feuillâtre, c’est la richesse de son répertoire, aussi éclectique que savamment construit. En choisissant de mêler les couleurs envoûtantes de la musique espagnole et sud-américaine à des transcriptions audacieuses, il offre à son public un voyage musical à travers les siècles et les continents. De Couperin à Piazzolla, en passant par Bach et Barrios, chaque pièce devient sous ses doigts une invitation à redécouvrir des œuvres connues ou méconnues, portées par une interprétation d’une grande finesse.

Son attachement à Bach et à la musique baroque française révèle une curiosité intellectuelle et une exigence artistique rare. En sollicitant des arrangements pour guitare d’œuvres initialement écrites pour le clavecin ou le luth, R. Feuillâtre ne se contente pas de jouer : il recrée, il réinvente. Cette démarche, à la fois respectueuse et inventive, témoigne d’une profonde compréhension des styles et d’un désir constant de renouveler le dialogue entre les instruments et les époques.

Sur scène, c’est toute la palette de son talent qui s’exprime : une technique irréprochable, une virtuosité alliée à une expressivité qui touche au cœur, et une présence simple et sympathique qui captive. Chaque note sonne naturellement, comme une évidence, tout en portant la marque d’une réflexion musicale approfondie. Que ce soit dans la délicatesse envoûtante tante des Barricades mystérieuses de Couperin, la passion de La Catedral de Barrios ou l’énergie de l’Invierno porteño de Piazzolla, Feuillâtre sait faire chanter son instrument avec une émotion qui n’a laissé personne indifférent.

En somme, Raphaël Feuillâtre est bien plus qu’un guitariste : c’est un passeur de musique, un artiste qui, par son jeu, nous rappelle que la guitare classique est un langage universel, capable de s’adresser à tous les cœurs. Son parcours, couronné par le premier prix de la Guitar Foundation of America en 2018, n’est que le début d’une carrière qui promet d’illuminer encore longtemps les scènes du monde entier.

Par Catherine Richarté

Crédit photographique : Festival de Pâques 2026, Caroline DOUTRE