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Festival de Cannes 2026 : dix histoires de famille

Le Festival de Cannes reste la meilleure manière de prendre le pouls du monde à travers la projection de quelque 166 films dans 8 sélections. Parmi ces derniers, nous avons retenu dix longs métrages ayant pour point commun la famille sous toutes ses formes : unie, recherchée, fuie, retrouvée, détruite… Ce voyage dans l’espace et le temps part du New Jersey et s’achève à New York, avec des étapes au Costa Rica, à Bangui, en France, au Japon — à deux reprises —, au Liban, en Chine et au Chili.

Chaque film présente un intérêt particulier, en raison de sa qualité technique, sa fidélité documentaire, son empathie avec ses personnages, la beauté de ses images, sa portée philosophique ou son parti pris esthétique.

« Butterfly Jam » de Kantemir Balagov

1. Du rififi chez les Kabardes

Kantemir Balagov, cinéaste russe aujourd’hui exilé en Californie pour cause d’incompatibilité avec un régime qui a envahi l’Ukraine, s’était déjà fait remarquer à Cannes en 2017 grâce à son premier film « Tesnota – Une vie à l’étroit ». Il avait alors 26 ans et venait d’achever ses études au département cinéma de l’Université d’État de Kabardino-Balkarie, créée et dirigée par le grand réalisateur Alexandre Sokourov. En 2019, de retour à Cannes, il présentait « Une grande fille ».

Avec son dernier opus, « Butterfly Jam », en ouverture de la Quinzaine des cinéastes, il revient à sa communauté d’origine, les Kabardes (un des peuples du Caucase). Faute de pouvoir tourner dans sa ville, Naltchik, il a situé son récit dans le New Jersey, où s’est implanté un groupe de Kabardes. Le film décrit la vie d’une famille qui tient un snack de quartier. À sa tête, le père, Azik, dont l’activité principale consiste à boire avec ses amis et à échafauder des plans voués à l’échec. Son fils Temir, 16 ans, aide au restaurant familial et pratique la lutte moins par conviction que pour satisfaire son père.

« Butterfly Jam » se déroule en trois actes, aux tonalités bien distinctes.

Le premier, plutôt loufoque, nous fait rencontrer des personnages attachants, comme Zalya, la sœur d’Azik, cogestionnaire de l’entreprise, mais aussi des figures plus inquiétantes, tel Marat, compagnon d’Azik, aussi violent en paroles qu’en gestes. Le deuxième vire au drame : pour laver une injure, les hommes sont prêts à sortir leur couteau. Le troisième est celui du dilemme : Temir devra choisir entre se soumettre à la loi de la vendetta ou s’y refuser.

Film sur des immigrés réalisé par un exilé, tourné en partie sur le sol français, en langue anglaise, avec des acteurs américains et britanniques, « Butterfly Jam » n’en arrive pas moins à captiver le spectateur : Balagov y déploie le savoir-faire technique acquis auprès de son maître Sokourov — un usage parfait du gros plan et des cadrages, un choix toujours juste des éclairages et des couleurs — et convainc surtout par son empathie envers ses personnages.

2. Amer retour au pays natal (Costa Rica)

Le thème de « Ton Animal Maternel », deuxième long métrage de la réalisatrice franco-costaricienne Valentina Maurel présenté à Un Certain Regard, n’est pas très éloigné de celui de

« Butterfly Jam » : il y est déjà question de rapports familiaux et d’exil.

Elsa, jeune diplômée d’anthropologie d’une université belge, est de retour dans sa ville natale, San José, capitale du Costa Rica, où elle retrouve une situation familiale chaotique. Son père, universitaire, s’est depuis longtemps tenu à distance de sa famille. Sa mère n’est préoccupée que par la réédition de son premier livre, un recueil de poèmes érotiques. Quant à sa sœur Amalia, âgée de 20 ans, elle s’est approprié l’appartement familial — dont elle a même changé la clef — pour y vivre entourée de marginaux plus âgés qu’elle et de leurs chiens. Elsa doit donc se rabattre sur un Airbnb.

Elle comprend vite qu’avec les siens, toute discussion raisonnable est perçue comme l’attitude surplombante et moralisatrice d’une Européenne ; en bonne anthropologue, elle s’efforce alors de comprendre avant de juger. L’exercice n’est pas plus simple face à des interlocuteurs qui affirment être en contact avec des fantômes et pour qui il n’existe aucune frontière entre religion, spiritualité et magie. À leur manière, ils renvoient Elsa à ses propres doutes et à ses difficultés à retrouver sa place dans une société qui a changé pendant son absence.

L’intérêt et la richesse de ce récit tiennent à l’amour que Valentina Maurel porte à ses personnages, fous ou sages, sans jamais renoncer à se moquer d’eux. Chacun a ses raisons — ou ses déraisons. Malgré les obstacles (égoïsme du père, inconscience de la mère, dinguerie d’Amalia, décalage culturel d’Elsa), le lien mystérieux qui unit cette famille tient bon.

3. Survivre à Bangui quand on est jeune, pauvre, étranger et soutien de famille

Toujours dans ce registre de l’exil et de la famille, « Congo Boy », premier long métrage de fiction de Rafiki Fariala, originaire de la République démocratique du Congo (Kinshasa) et de nationalité centrafricaine, s’inspire largement de l’expérience de son réalisateur. Il a été présenté à Un Certain Regard.

L’histoire se déroule en 2013-2014 à Bangui, où deux milices rivales s’affrontent pour la conquête du pouvoir. Tandis que ses parents sont en prison pour avoir tenté de quitter le pays avec de faux papiers, le double de l’auteur, Robert, 17 ans, essaye de survivre : il lui faut travailler pour nourrir ses quatre frères et sœurs, préparer l’examen du baccalauréat tout en dissimulant qu’il n’est pas centrafricain, et éviter à la fois le racket des policiers et les raids des miliciens. Robert est en outre chanteur, et espère bien remporter un concours organisé par l’Unicef.

Le tableau est dramatique, et pourtant la bonne humeur et la débrouillardise de son héros viennent à bout de toutes les difficultés. Ce parti pris optimiste tranche avec la plupart des films sur l’émigration qu’on nous propose habituellement.

Le caractère joyeux de « Congo Boy » tient à trois facteurs, sa lumière, sa couleur et sa musique. L’image est lumineuse. Les couleurs sont vives et chatoyantes comme celles des affiches de cirque. En fin la musique festive, entre Reggae et Rap, est toujours présente et s’impose tout particulièrement à la fin lors du concours. Il est vrai que Rafiki Fariala est également musicien.

« Quelques mots d’amour » de Rudi Rosenberg

4. Une fillette à la recherche de son père biologique

« Quelques mots d’amour », projeté à Un Certain Regard, met en scène une famille monoparentale vivant à Sarcelles en 1995 : la mère, Erica (interprétée par Hafsia Herzi), deux enfants de pères différents et absents, et un chien. Le film est signé Rudi Rosenberg, acteur et cinéaste plutôt rare — son avant-dernier film comme réalisateur date de 2015 —, qui a fait appel, comme à son habitude, à des comédiens professionnels.

Dans cette comédie sentimentale, Abigaëlle, l’aînée, est habitée par une idée fixe : retrouver son père biologique, disparu avant sa naissance, sans nouvelles depuis et guère désireux, lui, de la rencontrer. Les années passent, la quête n’aboutit toujours pas, mais ses conséquences déstabilisent plusieurs familles au passage. L’affaire se dénoue finalement grâce à une astuce scénaristique bienvenue.

L’intérêt du film ne tient pas seulement à des péripéties tantôt cocasses, tantôt émouvantes : il témoigne aussi d’un renouveau de la comédie sentimentale, longtemps cantonnée aux beaux quartiers et à la bourgeoisie. Les films situés en banlieue ne se limitent plus à la religion, la violence ou la drogue. Grâce à des cinéastes comme Hafsia Herzi (« Bonne Mère », « La Petite Dernière »), les habitants de nos banlieues sortent enfin du ghetto pour devenir des personnages de comédies familiales à part entière.

5. Peut-on adopter un androïde ?

Pour sa onzième sélection à Cannes, Hirokazu Kore-eda, dont la plupart des films traitent de l’enfance et de la famille, reste fidèle à ces thèmes. Son dernier film, « Ship In The Box », vu en Compétition, imagine cette fois l’adoption d’un androïde. Dans un futur proche, Otome (la mère) et Kensuke (le père) font l’acquisition, auprès d’une entreprise spécialisée, d’un robot aux traits de leur enfant récemment mort dans un accident. Ils le baptisent Kakeru. On devine aisément la suite : comme la poupée gonflable de « Air Doll » (2009), du même réalisateur, Kakeru n’en fait qu’à sa tête, et les parents réalisent vite que ce dernier, très intelligent, poursuit un plan dans lequel ils n’ont aucune place.

Malgré les apparences, « Ship In The Box » n’est pas un film de Kore-eda comme les autres : il ne parle pas d’enfance, mais d’intelligence artificielle. Ce « mouton dans la boîte » de Saint-Exupéry symbolise, pour le réalisateur, des capacités de réflexion et d’action qui nous dépasseront et, à terme, nous domineront. Imprégné de shintoïsme, Kore-eda imagine finalement que Kakeru et ses semblables androïdes veulent s’émanciper des humains pour réparer la nature que nous avons abîmée.

On ne demande qu’à le croire !

« Nagi Note » (ou « Quelques jours à Nagi ») de Fukada Koji

6. Mélancolie et espoir d’un renouveau dans la campagne japonaise

« Nagi Note » (ou « Quelques jours à Nagi »), présenté en Compétition, est signé du Japonais Fukada Koji, que l’on qualifie souvent en France de rohmérien. Depuis une décennie, il réalise des films aussi subtils qu’implacables sur les relations entre les sexes. Son film le plus fameux reste le diptyque « Suis-moi, je te fuis » – « Fuis-moi, je te suis » (2020).

« Quelques jours à Nagi » suit le séjour à la campagne de Yuri, jeune architecte qui vient de divorcer et rend visite à son ex-belle-sœur, Yoriko, dans le bourg de Nagi, loin de Tokyo. Cette dernière gère une ferme et, en amatrice, sculpte le bois et façonne l’argile ; elle prend Yuri pour modèle. Au fil des séances de pose, le silence se rompt sur des conversations de plus en plus personnelles et intimes. Le séjour de Yuri se prolonge…

D’un pinceau sensible et délicat, Fukada Koji peint la naissance d’une relation amoureuse entre deux femmes qui ont l’une et l’autre souffert de la pression d’une société patriarcale. Comme son maître Yasujirō Ozu, il joue des mouvements de caméra, des zooms avant et des silences pour laisser affleurer le non-dit et faire remonter les bons comme les mauvais souvenirs.

Pour peu qu’on se laisse capter par cette histoire minimaliste, à contre-courant de la plupart des films de Cannes, on goûtera le plaisir un peu mélancolique d’un séjour à Nagi.

« Yesterday the Eye Didn’t Sleep » (« Une Disparition ») de Rakan Mayasi

7. Loi du Talion dans la Bekaa

« Yesterday the Eye Didn’t Sleep » (« Une Disparition »), présenté à Un Certain Regard, premier long métrage de Rakan Mayasi, cinéaste libanais installé en Belgique, semble tout droit sorti d’une fiction d’un écrivain orientaliste du XIXe siècle, un Prosper Mérimée ou un Pierre Loti : on a peine à croire que les situations qu’il expose sont bien d’aujourd’hui.

À mi-chemin entre documentaire et fiction, « Une Disparition » décrit la vie de bédouins habitant la partie de la plaine de la Békaa (Liban) proche de la Syrie. Gamra, l’héroïne, est une jeune femme au caractère bien trempé ; favorite de son père, elle a le privilège de posséder un portable. Lorsque Yasser, l’un de ses cousins, renverse par accident un homme d’un clan rival, qui en meurt, les instances inter-claniques se réunissent, palabrent et fixent le prix du sang : le clan responsable doit livrer au clan de la victime deux jeunes filles, promises à devenir épouses et domestiques. Rim et Jawaher, les sœurs de Gamra, sont désignées ; elles acceptent de se sacrifier. Mais le marché est jugé insuffisant par le clan du défunt, qui réclame en plus l’exil de la famille de Yasser. C’est alors que Gamra décide de fuir…

Rakan Mayasi est, à l’évidence, un admirateur d’Abbas Kiarostami et de Béla Tarr mais il est aussi documentariste et également spectateur engagé. A la fin du film, on perd le fil du récit. Que sont devenu Rim et Jawaher ? Où est passé Gamra ? Est-il important après tout de le savoir car il s’agit d’une fiction interprétée par des amateurs. Par contre ce qui préoccupe le réalisateur et devrait nous préoccuper, c’est la question de l’avenir de ce peuple de la plaine de la Békaa qui n’est pas, pour le moment, bombardée ou occupée. Quelles sont ses chances de survie dans le contexte belliciste actuel ?

8. L’abandon de fillettes en Chine

« La Deuxième Fille », premier long métrage de la jeune réalisatrice chinoise Zou Jing, présenté à la Semaine de la Critique, aborde le douloureux problème des « filles sans nom », ces enfants abandonnées ou placées en Chine dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, à l’époque de la politique de l’enfant unique. Cette vieille pratique reposait sur une opinion répandue à tous les niveaux de la société : une fille vaudrait moins qu’un garçon, en termes économiques. Dans un foyer pauvre ayant déjà une fille, la naissance d’une deuxième se soldait souvent par un abandon, et l’espoir reporté sur un garçon ; parfois, on n’allait même pas jusqu’à déclarer la naissance. Zou Jing a construit son récit à partir de ce qu’a vécu sa propre grand-mère, dans les années trente.

Le film suit, en trois étapes, l’itinéraire de Wang Juan entre 6 et 18 ans : trois familles, trois lieux, trois milieux, trois noms. Elle s’adapte à chaque fois, mais il lui arrive aussi de fuir : adolescente, elle s’échappe de son avant-dernière famille pour rejoindre une de ces casernes-usines si bien décrites par Wang Bing dans « Jeunesse » (2023).

Ce qui frappe dans ce récit, c’est sa douceur : personne n’y est montré sous un jour négatif, aucune sensiblerie ni cruauté gratuite ne vient charger de pathos les péripéties de l’héroïne. Cette douceur ne se limite pas au jeu des acteurs. Elle est aussi celle des images. Les paysages de campagne sont traités comme des estampes.

La douceur des images n’atténue pas pas l’acuité du regard de la cinéaste. Dans de courtes scènes à l’usine où elle décrit les abus sexuels des chefs vis à vis des ouvrières et dans les maisons bourgeoises où les filles sont les servantes de leur frère, il apparaît que le trafic des jeunes filles n’est qu’un des aspects d’un patriarcat, bien ancré dans la société chinoise d’hier et d’aujourd’hui.

9. Une disparition dans les Andes chiliennes

« Dégel », de la comédienne et réalisatrice chilienne Manuela Martelli, présenté à Un Certain Regard, est son deuxième film. Le premier, « Chili 1976 », dépeignait la dictature telle que la vivait la haute bourgeoisie. Dans « Dégel », l’action se situe en 1992, peu après le départ de Pinochet.

Inès, l’héroïne du récit, est une gamine de six ans en pension chez ses grands-parents hôteliers, dans une station de ski des Andes, tandis que ses parents sont à l’Exposition universelle de Séville, où ils accompagnent un morceau d’iceberg antarctique censé incarner le renouveau du pays et signaler au reste du monde que le Chili est désormais fréquentable.

Livrée à elle-même, Inès arpente les couloirs de l’hôtel jour et nuit, aide au service et à l’accueil, et se trouve plus choyée par le petit personnel que par sa propre famille. L’hôtel accueille une équipe de skieurs venue d’Allemagne s’entraîner dans l’hémisphère Sud ; parmi eux, une jeune fille, Hanna, espoir féminin de l’équipe, tenue sous la coupe d’un entraîneur particulièrement rigide, devient pour Inès à la fois une copine, une sœur et un modèle. Un matin, Hanna disparaît, sans doute partie en randonnée avec le jeune cousin d’Inès. La chronique d’un hôtel ordinaire vire au fait divers, à la disparition — mot très lourd de sens, au Chili, à cette époque : avant même d’évoquer un accident ou une fugue, il renvoie au sort que la junte réservait aux partisans d’Allende et aux résistants. Le film sort alors du cadre local en faisant entrer de nouveaux personnages, à commencer par la mère d’Hanna, ancienne championne olympique de l’Allemagne de l’Est, où le sport de haut niveau obéissait à une discipline toute militaire. Elle constate que rien n’a changé. C’est donc dans un climat assez sombre que se poursuivent les recherches.

La tonalité générale du film est sombre. La réalisatrice dresse un bilan négatif des années suivant la dictature de Pinochet. Pour elle, la transition s’est effectuée au prix de nombreuses concessions au régime militaire (amnistie générale, maintien à des poste clé d’ancien militaires, etc.). C’est pourquoi le travail de mémoire et de réparation restent impossibles à conduire. En centrant le récit sur les eux jeunes filles, elle veut démontrer que leur avenir est barré. Pour Ignès, en raison de la course à l’argent de sa famille. Pour Hanna, à cause du fonctionnement des entraînement des championnes olympiques à la soviétique.

« Paper Tiger » de James Gray

10. Deux frères face à la mafia russe

Pour la sixième venue sur la Croisette de James Gray (« Little Odessa », « Two Lovers », « La Nuit nous appartient »…), le jury du Festival de Cannes a manqué l’occasion de narguer Hollywood en consacrant le talent de ce cinéaste américain, davantage apprécié en Europe qu’aux USA.

Son film, « Paper Tiger », est à notre sens, avec le recul, l’un des meilleurs de la Compétition, pour trois raisons principales :

— la profondeur de son thème, inspiré du théâtre antique grec ; — la qualité de ses trois acteurs principaux (Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson) ; — son parti pris esthétique, qui consiste à filmer un récit se déroulant en 1986 avec les moyens techniques de l’époque : pellicule argentique, éclairage au tungstène.

« Paper Tiger » raconte la vie de la famille Pearl, représentative de la classe moyenne américaine des années quatre-vingt, installée à Queens, arrondissement de New York : le père, Irwin, ingénieur-conseil, la mère, Hester, et deux fils.

Survient Gary, frère aîné d’Irwin, ancien flic au look soigné, qui propose à son cadet de monter une affaire ensemble, censée leur rapporter gros : le nettoyage du canal de Gowanus, à Brooklyn, pour le rendre constructible. Sauf que ce canal appartient à la mafia russe. Irwin est séduit, les enfants enthousiastes, Hester réservée : elle seule se méfie de cette opération juteuse, en liaison avec la pègre.

Les rapports avec les Russes ne se passent pas comme Gary l’avait imaginé : la mafia ignore tout de ce prétendu partenariat et ne connaît que deux registres, la domination ou le meurtre. Dès lors, la parole est aux flingues.

Cette confrontation entre les frères Pearl et la mafia russe se lit comme un thriller ; elle illustre aussi la sentence morale que le réalisateur a placée en exergue du film :

« Pour que ma vie soit préservée du malheur, qu’il me suffise d’être sage. Car les richesses ne sont d’aucun secours à l’homme qui, plein d’insolence, foule aux pieds, pour sa propre ruine, l’autel vénérable de la Justice. » Eschyle, Agamemnon.

Les films que nous avons présentés sont sous-tendus par une vision humaniste de la société, comme la plupart des œuvres vues à Cannes. Le personnage central de ces histoires est, dans six cas sur dix, une femme ou une jeune fille. Y a-il un lien entre les deux observations ?

La famille que l’on fuit (rarement) ou que l’on recherche (le plus souvent) est pour ces personnages la boussole ou le refuge, d’avantage que la religion, le pays ou l’idéologie.

Ces dix récits sont assez représentatifs d’un cinéma contemporain soucieux d’abord de raconter une histoire généralement issue de la propre expérience du réalisateur ou de la réalisatrice, à l’opposé des séries formatées que nous servent les télévisions.

Par Bernard Boyer

Dates de sortie

« Dégel » : 26 août 2026 « Quelques jours à Nagi » : 7 octobre 2026 « Butterfly Jam » : 7 octobre 2026 « Ton Animal Maternel » : 7 octobre 2026 « Quelques mots d’amour » : 28 octobre 2026 « Tiger Paper » : 25 novembre 2026 « Congo Boy » : 25 novembre 2026 « Ship In The Box » : 23 décembre 2026 « La Deuxième Fille » : 27 janvier 2027.