Week end en Avignon

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Mardi, 13 Juillet 2021 17:53

Double exposition magistrales de l'artiste Yan Pei Ming, sous le titre « Tigres et vautours », mise en scène par la Collection Lambert.

Au Palais des Papes, dans la « Grande chapelle », au dessus de l'autel, un christ imposant. Au centre l'artiste s'est représenté en soutane blanche, évocation contemporaine de la présence des papes en Avignon au Moyen Age. D'immenses tableaux complètent cet univers moyenâgeux :sur un grand mur, des paysages sombres, peuplés de chauves souris, de tigres et autres animaux inquiétants.

L'atmosphère angoissante qui se dégage de ces paysages est extrêmement prenante dans la solennité du lieu.

A la collection Lambert, sont exposées une quarantaine d'œuvres de Yan Pei Ming, notamment ses portraits de personnalités mais aussi de personnages inconnus ainsi que ses paysages grandioses et mystérieux, toujours peuplés d'animaux sauvages dans un univers inquiétant.

Evénements

On peut dire que Yan Pei Ming a fait dans le monumental et dans le grandiose en convoquant ainsi à la fois des personnages historiques, d'autres de notre époque et en se représentant lui-même. Ses peintures toutes dans des nuances de gris, de noir et de blanc s'imposent non seulement par leur dimensions mais aussi par leur style personnel et nouveau. C'est sans conteste un des artistes contemporain les plus inventifs qui redonne au portrait une nouvelle actualité.

On peut dire que ses immenses peintures écrasent littéralement les autres expositions présentes à la Collection Lambert...

Découverte du Musée Calvet qui présente, toujours en collaboration avec la Collection Lambert, décidément incontournable, « l'Ubiquité du Beau ». Une exposition qui au milieu d'une très riche collection de centaines d'œuvres « classiques » des siècles passés, ponctue le parcours avec, ici et là, des œuvres d'Andres Serrano, Nan Goldin, Miguel Barcelo, Douglas Gordon, etc. Il s'agit bien évidemment d'artistes dont les œuvres fortes et radicales, sous leur forme contemporaines, notamment photographiques s'inscrivent plutôt bien à coté des tableaux anciens représentant souvent des scènes d'horreurs, mais selon l'imagerie traditionnelle à laquelle nous sommes habitués depuis des siècles.

Un confrontation plutôt réussie.

Evénements

Le soir, dans la monumentale Cour d'Honneur du Palais de Papes, représentation de la Cerisaie, mise en scène par Tiago Rodrigues qui vient d'être nommé directeur du Festival d'Avignon et qui prendra la suite d'Olivier Py. Avec notamment comme acteurs, Isabelle Huppert et Adama Diop. Une magistrale réinterprétation de la pièce d'Anton Tchekhov qui nous surprends par son étonnante modernité. Tiago Rodrigues a parfaitement saisi les bouleversements et les mutations qui caractérisent notre époque et qui se matérialisent sur la scène grandiose de la cour d'honneur par des changements incessants des sièges et des luminaires sur rail effectués par les comédiens. La fin d'un monde, celle de la demeure ancestrale de la Cerisaie est accompagnée par des musiciens plutôt contemporains, parfois funk, annonçant le grand changement...

Ces bouleversements du mobilier par les comédiens au cours de la pièce ont aussi lieu au cours de la représentation de la pièce « Entre Chien et Loup » A Vedene, à quelques kilomètres du centre d'Avignon. Fuyant le fascisme de son pays le Brésil, une femme trouve refuge auprès de comédiens désireux de recréer le film Dogville. Entre cinéma et théâtre, l’artiste brésilienne Christiane Jatahy interroge notre hospitalité. De préférence, il vaut mieux avoir vu le film de Lars Von Trier... Un spectacle un peu éprouvant, qui nous interroge parfois violemment sur l'acceptation de l'autre.

Avec 310 levers de rideaux et des dizaines de créations dont certaines auraient du l'être en 2020, le Festival d'Avignon cette année prouve par son dynamisme que la création contemporaine sous ses formes théâtrales et arts visuels est plus que jamais d'actualité, ouvrant un avenir prometteur après tout ces mois de crise sanitaire.

C Depardieu