THE IRREPRESSIBLES Music for a while dans un jardin anglais

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The Irrepressibles : élégant, malsain, baroque, barré Ceux qui les ont vus au dernier Festival des Inrocks, et plus récemment à Marseille, en rêvent encore : costumés, bigarrés, enchanteurs, les Anglais de The Irrepressibles conjuguent l’élégance d’Antony avec la ferveur malsaine du cabaret. Ce n’est pas du rock, mais c’est baroque et barré.

mirror mirrorEt c’est la maman de Jamie qui a conduit le van qui transportait les miroirs depuis l’Angleterre... Quinze heures de route jusqu’à Marseille ! Incroyable, quand on voit le spectacle super-professionnel de ces 9 jeunes anglais débutants, ce Mirror Mirror Songe d’une nuit d’été qui mêle dans une grâce baroque costumes loufoques à la voix de Jamie McDermott où l’on retrouve les accents de la pop spatiale du jeune David Bowie ou encore le chant sophistiqué de Scott Walker, Jeff Buckley le rock pompier de Queen, associé au look du jeune Brian Ferry qui aurait été imprégné du mouvement et de certaines teintes du King Elvis Presley après une rencontre avec Anthony and the Johnsons. Les références sont nombreuses au pays d’Elton John et de William Shakespeare pour définir le style de Jamie et du groupe The Irrepressibles. L’exemple n’est donc pas rare outre-manche. Mais, il est ici empreint d’une telle fraîcheur, d’une telle spontanéité sous des allures de sophistication extrême.


 VASON Une voix d’une grande douceur, aux accents du Music for a While d’Henry Purcell, où Jamie, nouvelle Fairy Queen, auteur-compositeur et concepteur des costumes, dit peut être encore l’histoire du petit garçon. « Pour moi, la musique est une thérapie, une catharsis, elle sert à libérer des émotions, à la transformation. J’ai grandi dans un catholicisme strict, j’étais gay, j’ai été abusé sexuellement deux fois, j’avais des choses à sortir. J’ai donc eu envie de créer un univers visuel, une féerie qui va au-delà de la musique. J’ai rencontré des musiciens, des vidéastes, des photographes, des danseurs qui ont eu envie de me suivre.”
Le groupe a grandi depuis 7 ans au rythme des petits concerts so british dans des jardins publics et des lieux improbables jusqu’à arriver au Hackney Empire, au British Museum ou encore le Queen Elisabeth Hall. A voir en ligne sur You Tube, le site ayant contribué à leur promotion jusqu’à l’enregistrement de ce CD Mirror Mirror et leur explosion actuelle hors d’Angleterre après un concert remarqué par les rares spectateurs présents le 5 novembre dernier à la Cigale à Paris au festival des Inrocks, alors que le groupe était alors pratiquement inconnu en France. The Irrepressibles jouaient ce soir là en ouverture alors que bien peu de monde s’était déplacé pour eux. Leur premier réel concert hors d’Angleterre après tout de même un passage dans un theâtre romain à Barcelone ou encore une villa du XVIIe siècle en Sicile. Depuis, leur retour en France a été bien plus significatif : c’était le 6 juillet dernier à Marseille, où ils ont été ovationnés dans la mythique salle Vallier qui vit également, en 1966, les Rolling Stones, heureux présage peut être.


 NIVENDOUCE EXTRAVAGANCE
« Sur les photos et sur scène, tout n’est ici que gestuelle théâtrale, pose statuaire, fanfreluches décadentes, maquillage fantaisiste, corbeilles de fruits sur la tête. Le groupe assume et cultive une certaine forme visuelle de kitsch, mais toujours avec élégance, au service de la voix et des chansons inouïes de Jamie McDermott, le chef d’orchestre de The Irrepressibles. » indiquaient les Inrocks à l’origine de l’arrivée du groupe en France. « A l’orée de l’adolescence, Jamie McDermott était anglais, pauvre, gay, solitaire, effacé et attiré par les falaises qui surplombent la mer du côté de Scarborough, dans le nord-est du pays. Il ne voulait pas sauter, non. Il voulait voler. Entre ciel et mer, Jamie cherchait un décor à la hauteur de ses visions. “Pour Noël, ma grand-mère m’avait offert un clavier Casio. Comme j’en jouais beaucoup, ma mère m’a proposé de prendre des leçons de piano. Je les ai payées en distribuant des journaux. C’est là que j’ai découvert la musique classique. Avant, je ne connaissais que les disques de ma mère : Queen, Tangerine Dream, Kate Bush, Jean-Michel Jarre, que j’adorais tous. Après les leçons de piano, j’aimais aller au bord de la mer, où j’avais des visions de musique et de vaisseaux spatiaux. Je composais des symphonies dans ma tête.
Mirror Mirror, recherche peut être de mondes doubles invisibles, nous entraînerait vers l’Orféo de Monteverdi tel que représenté dans la chorégraphie de Trisha Brown. Douce extravagance peuplée de personnages diaphanes, comme autant d’elfes et de pucks, qui se figent à la fin de chaque morceau comme ces poupées de boîte à musique de notre enfance. On aimerait voir la justesse, la recherche de perfection de Jamie et son groupe intégrés dans une mise en scène d’opéra.

Pas de batterie, pas de guitare électrique ni de sampler. Mais du violoncelle, du violon, de la contrebasse, du piano, du hautbois, de la flûte traversière, de la clarinette. Neuf musiciens de formation classique, un vrai petit orchestre de chambre, une majorité de filles. «Le hasard » affirme Jamie. Tous les ingrédients pour que ce soit ridicule sont réunis, et ça n’est jamais ridicule, simplement d’une élégance douce-amère sur la corde raide de l’émotion.



par Geneviève CHAPDEVILLE PHILBERT



THE IRREPRESSIBLES - Festival de Marseille – 6 juillet 2010
Marseille est la première étape d’une tournée quasiment européenne puisque le groupe sera au Luxembourg le 16 juillet prochain avant un passage au Grand Théâtre de Lyon le 18 un retour à la Scala de Londres le 29. L’événement de l’été sera probablement leur prestation au Palais Royal à Paris les 4, 5 et 6 août dans une veine architecturale purement grand siècle avant d’arriver ensuite à Oslo. The Irrepressibles sont également très attendus au Teatro Palladium de Rome fin novembre prochain.
www.theirrepressibles.com