Dans la forêt, le rêve après le cauchemar

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Totale coïncidence. Je regarde Microcosmos, enregistré, ce qui explique un certain décalage horaire avec la sortie du film en salles et sa programmation à la télé.

L’action se passe sur une prairie d’un vert opulent, en lisière de forêt, quelque part en Aveyron.

 



Ce pourrait être en Suisse, comme le paysage de la double toile de Maya Andersson «  Les Andains » et « Le renard de Forel » qui introduit l’exposition « Dans la forêt » au FRAC Aquitaine à Bordeaux, jusqu’au 17 avril 2010.

De cette prairie fauchée, alignée sagement, où le regard se perd jusqu’à la lisière sombre des bois, il nait un sentiment de sérénité, d’ordre, calme et...plus de fantasmes si affinités. Un calme trompeur et naturellement annonciateur de la tempête.

Car l’idée de l’exposition est née, chez Claire Jacquet, de cette nuit terrible du 23 au 24 janvier 2009 où la Région Aquitaine a essuyé des vents violents qui ont saccagé des milliers d’hectares et détruit des millions de mètres cubes de bois encore à terre. L’Aquitaine vient de commémorer le passage de Klauss et déplore ses dégats irréparables.

 

bourgeat

« Je souhaitais me livrer à un exercice qui nous accroche au quotidien des Aquitains. Cet événement m’a suggéré le thème, la forêt, qui est décliné dans l’exposition... »

C’est donc une interprétation du thème « by Claire Jaquet », un exercice de style très personnel et non un assemblage de visions surgies d’un concours ou d’un appel d’offres.

Et finalement, derrière un puzzle qui tire à hue et à dia, c’est toute une biologie, mythologie, rêverie qui se met en marche.

De l’arbre-bonsaï exposé au Crystal palace de Londres vers 1852, à l’installation des arbres-branches de néon de Martin Boyce, et au film numérique de Benoit Maire, régional de l’étape ( La Châsse).

 

andins

On traversera les feux de camp des boy scouts (Foyer de Laurent Le Deunff) ; la désespérance de la jungle de Calais ( Sac de couchage, Deux hommes, zone des dunes, Vestiges1, trois photographies de Bruno Serralongue) ; la tradition congolaise et ses « inakalé », arbres aux mauvais sorts ( revisités en crash aériens par Daniel Schlier) ; le terril d’humus rehaussé de paillettes ( Sans titre, Fanny David) qui évoque le travail d’embellissement du forestier.

Encadrant l’autre feu de camp de l’expo, (Laptop Fire de Olivier Vadrot&Cocktail Designers), un mobilier à usage d’auditorium activé par DJ Flamen ; une série de photos, un chemin forestier où somnole le bon génie « Carl Cox » ( Dewar&Gicquel), nouvelle acquisition du Frac Aquitaine, et trois instants d’une série de Joseph Bartasherer (Untitled, série Forest), photos prises sur 5 ans au fil des saisons dans un même lieu d’une forêt américaine. La fresque illustre le pouvoir d’autogestion idéale de la nature sans intrusion humaine.


coxSurgit, comme dans un de ces innombrables contes de fées que génère la forêt, un mannequin féminin à tête de cervidé ( Les silences parlent entre eux, Nathalie Talec). Cette exploration d’un univers glacé renvoie au dernier souffle du bouc ensanglanté ( Eric Poitevin), accroché au tableau de chasse de géants bottés de vert kaki (Lilian Bourgeat ). Une tragédie ordinaire, semble dire l’expo, dans ce monde mystérieux, menaçant, fantastique, qui a de tous temps alimenté nos angoisses et troublé nos logiques, comme ce grand tronc inversé en chambre noire ( Cedar Light House, Vancouver, Rodney Graham) ... et comme le laisse craindre la prairie du début. Bien réfléchir avant d’oser franchir la lisière ! Le piège ( dessin de Laurent Le Deunff, série Chasseurs Flous), ici piège à belettes dans un tas de rondins de bois, est partout. L’illusion est la règle, comme la robe en fausses branches de bouleau ( Vestito Natura Betulle, Piero Gilardi), costume en mousse de polyuréthane, véritable produit pétrolier...pour « Songe d’une nuit d’été » que seul l’homme transforme en cauchemar ! En Aquitaine, un certain 23 janvier 2009, la nature n’a pas eu besoin de l’homme pour martyriser les arbres de sa forêt !

par Marie Christiane Courtioux

FRAC Aquitaine, Bordeaux, HANGAR G2, Bassin à Flot N°1
Quai Armand Lalande 33300 Bordeaux/ Tél. 05 56 24 71 36
22janvier au 17 avril 2010-entrée libre tous les jours de 10 heures à 18 heures
Samedi de 14 à 18 heures
Nombreuses visites commentées et animations pour enfants et adultes :
www.frac-aquitaine.net