Festival MANCA,Concert du 30ème anniversaire

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Ensemble apostrophe de Philarmonique de Nice,
Direction Sergio Monterisi

C’est une soirée de musiques d’aujourd’hui au Théâtre Francis Gag et les non-initiés sont guidés d’une main douce par la sympathique Nathalie Martin, chargée de communication.



mancaVoila à peu près 30 ans que ce festival international, épaulé par le Centre International de Création Musicale (CIRM) se déroule en France et à l’étranger. Des actions pédagogiques menées en concert avec le conservatoire régional dirigé par André Péreygne. Des œuvres avec technologie nouvelle données en création mondiale. Voila de quoi étonner toute une France qui pense à Nice comme la station balnéaire la plus fameuse de France plutôt que le grand centre de culture innovant qu’elle est devenue aujourd’hui. Mais revenons à la musique. Dominique Demersserman est le clarinettiste solo de l’œuvre de Gilles Racot Ipso. Une élégie fluide qui rappelle les vagues de la mer, les chuchotements des feuilles d’une forêt vierge. C’est un travail ardu pour notre clarinettiste qui est accompagné d’un dispositif électronique et clavier échantillonneur. Ses poumons chevronnés et sa grâce musicale ont fait bon ménage et le public lui en tint bon gré. Tout l'ensemble Apostrophe était à l’œuvre pour les compositions de Shuya Xu, Le mirage de Lamu et de Fausto Romitelli, "Amok Koma" dirigé d'une main de maitre (modern) par Sergio Monteresi. On est là en plein dans la musique contemporaine. Des accords puissants, souvent dissonants, des harmonies rappelant le rythme et le chaos de la vie actuelle. Des percussions aux décibels volumineux. Bon c’est pas la Pastorale !

On enchaine avec une pièce intéressante de Jean-Luc Hervé En découverte. Deux violons, un écran vidéo de Natacha Nisic nous informent sur les rêves cachés des figurants chinois. C’est une idée fascinante et le public marche. Ces messieurs figurants ont certainement des vies tranquilles et des rêves câlins, si on en croit la musique des deux violons. Certainement en contrepoint avec le rythme exubérant du peuple chinois dont le produit national brut est en train d’exploser.


Pour en finir on écoute Budget Cuts de Michael Gandolfi. Voila comment cela se passe : sur la scène, rangé en demi-cercle bon enfant, l'emplacement d'un orchestre de chambre. La musique contemporaine demande davantage. Moult hauts parleurs de formes, de volumes et tailles variés, des micros à droite et à gauche et un peu partout, des câbles noirs, serpents paralysés, rendant la circulation problématique. Et les instruments de cet orchestre : violon, alto, piano a queue, trompette, melodica et marimba. Le concert-master (violon soliste) commence à jouer. Le chef-d’orchestre, Sergio Monterisi, arrive ensuite et se met a conduire l’orchestre absent et le violon présent. Arrivée de pianistes et de percussionnistes qui se serrent la main. Et maintenant, on est « open for business ». On nous sert la cinquième du Beethoven à la sauce niçoise. Ensuite le Sacre du Printemps, les trois cauchemars de contes de Noël et on fini avec Tristan et Isolde. Tout cela, dans une écriture ou la parodie, l’inventivité, les trouvailles musicales se mélangent avec des résultats intéressants mais contradictoires.

Les solistes changent de places, changent d’instruments, changent de scores. Les scores tombent parfois. Les musiciens aussi presque. C’est du Marx Brothers (d’ailleurs la première mondiale était à Boston) mais on est là pour apprendre n’est-ce-pas ? Les interprètes et le chef d'orchestre font un travail impressionnant, musical et physique, on ne compte plus les calories dépensées.

Seul bémol, cela dure un peu trop. Et puisqu’il s’agit d’une pièce qui s’appelle Budget Cuts, il faudra peut-être penser à faire des « score cuts »

Un monsieur (du troisième age) s’énerve : « Il ne faut pas nous prendre pour des idiots !» Hé non, Monsieur ! La musique contemporaine, ce n'est pas de la crème aux fraises. Je veux dire ce n'est pas du gâteau ! Il n’y a pas d’accouchement sans douleurs ni sans hurlements !


par Peter Hermès