GALLOTTA - L'HOMME A LA TËTE DE CHOU

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Vendredi, 22 Juillet 2011 09:32

Le Théâtre National de Nice a présenté L’homme à la tête de chou du chorégraphe grenoblois, Jean-Claude Gallotta, un spectacle tragique, érotique et troublant. Troublant de sensualité, mais aussi de nostalgie. Les ombres de Serge Gainsbourg et d’Alain Bashung planaient sur la scène, l’un pour avoir raconté, en 1976, l’histoire d’amour et de mort de Marilou, la petite shampouineuse infidèle tuée par son amoureux jaloux, l’autre pour avoir enregistré la chanson juste avant sa mort, en mars 2009.

La parenté est évidente entre les deux artistes, deux monstres sacrés de la chanson française, deux poètes jazzy.

 

Mi-ballet, mi-opéra, les 12 tableaux électrisants sont dansés par 14 interprètes et portés par la voix unique de Bashung dont l’absence sur scène est signifiée par une chaise à roulettes lancée par les danseurs. La chaise reste vide, mais les essais de ses enregistrements sont là… « Je suis l’homme à la tête de chou, moitié légume, moitié mec. Pour les beaux yeux de Marilou… »

Les variations sur la chanson de Marilou racontent l’amour, le sexe, l’aliénation avec l’élégance et l’humour spécifiques à Gainsbourg « dans son Lewis, je pense à Lewis Caroll » ou « elle self control son petit orifice » ou encore « son regard absent, couleur absinthe ». Il y a quelque chose de jouissif dans cette débauche de dérision et de clins d’œil poétiques sur le chemin du désir qui parfois s’égare dans la jalousie.

Ce poème chorégraphique et musical aux accents seventies devient le miroir de la dérive tragique d’une femme sous l’influence de son désarroi sentimental. Talons hauts et soutien-gorge noir, provocateur, sensuel, érotique pour les sept danseuses Marilou, chemises blanches et pantalons noirs pour les sept danseurs à la tête de chou. Tous dévorent l’espace avec une énergie foudroyante, dans une danse enlevée, efficace, reconnaissable entre toutes par ses roulades et ses sauts. Dans ce grand rêve sombre et poignant de plus d’une heure, les 14 danseurs se croisent, en ronds ou en lignes droites, s’enlacent, habillés ou nus, et jonglent avec la chanson de Gainsbourg et la voix de Bashung, toile de fond musicale, vive et douce, un peu rock, un peu jazz, un peu musette…

Bienvenue dans le monde de Gainsbourg et de Bashung revisité par Jean-Claude Gallotta !

Caroline Boudet-Lefort