Franchise Postale

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Jeudi, 27 Janvier 2011 17:27

 

Pierre Richard en long courrier

 

« Le suicide présente un inconvénient majeur : on ne voit pas l’effet produit. Et ça, pour un acteur c’est totalement rédhibitoire ». Pierre Richard n’est pas un clown triste. Et son spectacle Franchise Postale, série de réponses à des courriers imaginaires de fans, est un concentré d’énergie et de bonne humeur dont on ressort simplement heureux. « Le public rit, il est bien le seul».

 


 

Franchise postale

« Je ne sais pas comment je fais pour toujours vivre des situations en décalage. Je passe très vite de l’aventure à la mésaventure. Ce personnage d’égaré perpétuel qui me suit et à qui il arrive successivement des péripéties rocambolesques, c’est aussi un peu moi. En fait, je crois que j’ai une aptitude au bonheur, mais j’ai des excuses, ou plutôt des atouts. Je chasse très vite la nostalgie. Bien sûr que je suis plutôt un privilégié, mais je connais aussi des gens qui ont beaucoup de réussite, et qui ne sont pas heureux. Le suicide, c’est pas mon genre, c’est en gros ce que je réponds à cette dame qui m’écrit en me disant : monsieur vous êtes très drôle, j’en déduis que vous devez être très malheureux, suicidons-nous ensemble».


 

Franchise postaleFranchise Postale serait il un auto-portrait par correspondance ?

« En fait Christophe Duthuron et moi-même avons d’abord écrit les réponses à partir d’un tas de gens qu’on a vu et rencontré » comme l’universitaire qui veut consacrer une thèse au comédien, les partis politiques et autres associations qui réclament son soutien, les fans qui l’invitent à leur anniversaire, les demandes de sponsoring, les scénarios d’apprentis metteurs en scène, les indispensables voyants et autres astrologues, les distraits, ceux qui veulent des conseils, ceux qui en donnent. « On a inventé des furieux qui lui écrivent et lui font des requêtes impossibles à exaucer. A charge pour Pierre de décliner poliment l’invitation en argumentant son refus par des histoires et des considérations sur la vie en général. En fait, ces courriers, dont on a gardé quelques uns pour la version théâtrale, c’est un alibi ludique pour obliger Pierre à parler de lui-même et à aller au fond des choses, ce qu’il évite de faire habituellement par peur d’ennuyer » explique le co-écrivain et metteur en scène.


ART DU DESEQUILIBRE

Pierre Richard, l’éternel funambule de la gaffe, nuageux poétique bonhomme flottant de Follon, inspiré par les figures tutélaires du comique de Tati à Chaplin, semble avoir croisé dans son art du déséquilibre Groucho Marx tout autant que Buster Keaton et fait l’objet d’un culte de la part des générations nouvelles. Est-ce dans ce passage éclair dans la troupe de Maurice Béjart qu’il acquit ce sens aigu de la gestuelle qui perfectionnera son personnage de maladroit attachant ? Le comédien élève de Jean Vilar et Jean Pierre Darras aurait pu faire des arabesques, des ciseaux en l’air et, peut-être, n’y aurait-il jamais eu de carrière cinématographique. « Je ne pensais pas être danseur. Je ne sais pas du reste ce que je pensais être. Il se trouve que j’ai passé une audition chez Béjart. J’ai fait n’importe quoi. J’ai grimpé au rideau, j’ai fait des sauts périlleux en arrière, le grand écart... Mais, tellement n’importe quoi qu’il a été subjugué. Enfin bref, il m’a dit, je vous prends. Et, c’est là que j’ai commencé à me dire « mais, je n’ai jamais fait de danse ». Et puis, Victor Lanoux m’a appelé à la maison en me disant « Brassens nous prend en première partie de son spectacle à Bobino ». Et, j’ai abandonné Béjart. Heureusement sans doute, parce que en tant qu’acteur je joue toujours. Je ne sais pas si en tant que danseur je serais encore là ».

Parait il élevé au rang de mythe dans les pays de l'ex-bloc de l'Est, où sa fantaisie aurait aidé à supporter la rudesse du régime communiste, mais également célèbre dans certains pays asiatiques comme en Thaïlande où les gens l'appellent Piem « celui à qui tout arrive » ou encore en Argentine, le distrait confie à travers le rire dans Franchise Postale ses sentiments, ses remises en question, son rapport à l’âge, à la célébrité et à ses thèmes essentiels comme le festival de Cannes, les soirées mondaines… Une foule d’anecdotes savoureuses ponctuant le spectacle comme l’écharpe de Charles Aznavour dont il se servit « distraitement » pour absorber une sauce bolognaise, les rages de dents du mime Marceau, les rencontres avec Jean Carmet, Bernard Blier, Georges Brassens ou encore Jerry Lewis qui ont traversé la vie d’un des derniers grands burlesques, pétillant septuagénaire. « Je n’ai pas eu la chance d’avoir une enfance misérable et je ne peux pas me targuer de m’être fait à la force d’un poignet solide ; je suis aristocrate et j’ai vécu dans un château. Je peux seulement me vanter de m’être défait moi-même pendant longtemps. Mon premier grand-père était un immigré italien qui parlait à peine le français et mon autre grand-père, un polytechnicien très à cheval sur les principes, alors que moi en principe, je n’étais à cheval sur rien... »


AU DELA DES FRONTIERES DU LANGAGE

A l’origine un livre, Franchise Postale livre sur scène (après Détournement de Mémoire en 2003) tout l’humour dépassant les frontières du langage du grand blond, son regard à la fois tendre, lucide, critique et décalé sur le monde qui l’entoure comme par exemple ce que fut « son » mai 68 qui s’est résumé à une expérience de quelques heures. « Je n’étais pas étudiant, d’abord parce que je n’ai jamais fait d’études, ensuite parce que en 1968 j’avais 33 ans. J’ai tout de même voulu jeter un œil sympathique et aller voir ça de plus près. Et je me retrouve, en voulant traverser la rue Soufflot, dans une chaîne humaine où l’on se passait des pavés pour construire une barricade et ensuite à renverser ma propre voiture, une vieille dauphine, pour consolider le tout tel un révolutionnaire acharné ».


PARESSEUX QUI A BEAUCOUP TRAVAILLE

 

Franchise postaleL’homme, également écrivain et vigneron (depuis 1986, Pierre Richard est propriétaire de vignes dans les Corbières et du restaurant Au pied de chameau, à Paris) vit sur la Seine au cœur de à Paris dans une péniche amarrée juste en face de l’Assemblée nationale «même si les clowns ce sont eux en face » et veut garder une distance vis-à-vis du politique. « La place de l’artiste est à la vigie, pas au bras du capitaine » comme il l’écrit à un de ses admirateurs Jean Luc Petitbateau qui lui demande d’adhérer au SLIP (Syndicat Local International et Populaire). « Je ferai volontiers un tour dans votre SLIP » retourne le comédien « quand il sera ouvert aux visites mais je n’irai pas plus loin et ce sera à titre personnel et loin des caméras ».

Franchise Postale est une magnifique leçon d’enthousiasme.

« C’est toujours un ravissement de découvrir quelque chose auquel je ne m’attends pas et tout ce que je ne peux pas anticiper m’intéresse. Je suis suffisamment curieux, comme les chats, pour me dire quand une porte s’ouvre : ça c’est intéressant, je peux m’engouffrer ! Le public attend forcément quelque chose de moi. Et, parfois il est déçu car je ne suis pas une image stéréotypée et j’ai aussi des chemins à moi, des chemins de traverse sur lequel il ne m’attend pas ou bien où il n’a pas envie de m’attendre. Mais, je ne vais pas non plus me priver du plaisir de vivre. Je suis un vrai paresseux. Mais, un paresseux qui a beaucoup travaillé ».


 

Franchise postaleLe public était au rendez-vous de Franchise Postale, notamment lors du passage à Port Saint Louis Rhône qui venait clore la tournée du spectacle dans la salle feutrée récemment rénovée de cette ville portuaire, généralement plutôt connue pour son actualité sociale. « J’ai pris un réel plaisir à interpréter ce spectacle pour vous ce soir et je voulais vous remercier de votre accueil chaleureux » concluait le comédien dont on avait effectivement senti la joie de jouer. « J’aime faire rire; ça me procure une joie énorme, des magnifiques montées d’adrénaline, une sorte d’ivresse. Et, du reste, si c’était un choix, c’était un choix inné. Mais, monter une comédie qui tienne ça demande beaucoup de précision. Il faut penser chaque décalage, méticuleusement déranger chaque objet, les casser avec soin au bon moment. C’est tout un travail que l’on imagine pas. Mais, j’aime aussi déclamer des choses plus classiques, plus dramatiques. Je le fais souvent.» Et, fort bien du reste comme le démontre la parodie d’une représentation loufoque d’un Shakespeare auquel le comédien se livre in fine sur scène et qui donne à penser que l’on aimerait le voir au théâtre dans des interprétations de grands classiques (un Malade imaginaire, un Bourgeois Gentilhomme, Goldoni, Don Quichotte, Shakespeare effectivement lui iraient probablement très bien). « On me dit souvent :dans les comédies, qu’est ce que vous devez rire en travaillant ! ». Pas du tout. C’est dans les films dramatiques que l’on s’amuse, les plus beaux fous rires sont là. C’est dans les enterrements que l’on rit, rarement pendant les mariages ».


par Geneviève Chapdeville Philbert



 


Franchise Postale

Texte de Christophe Duthuron et Pierre Richard, Mise en scène Christophe Duthuron Avec, en alternance, Christophe Defays (contrebasse) et Olivier Defays (saxophone) Décors : Bernard Fau, lumières : Carlo Varini

Espace Gérard Philippe, Port Saint Louis du Rhône, 14 janvier 2011

Scènes et Cinés ouest Provence www.scenesetcines.fr


 










Pierre Richard et son fils Olivier qui l’accompagne au saxophone @P.Leïva - Scènes et CinésDe son vrai nom Pierre Richard Maurice Charles Léopold Defays, l'acteur est né le 16 août 1934 à Valenciennes. Issu d'une grande famille d'entrepreneurs, il semble être le candidat idéal pour reprendre l'affaire familiale. Mais le désir de jouer lui fera préférer le métier d'acteur.

Après une enfance et une adolescence passées dans le Nord, Pierre Richard monte à Paris, le baccalauréat en poche, pour tenter sa chance dans sa passion, le théâtre. Il suit alors des cours d’art dramatique au centre Dullin et chez Jean Vilar . Il fait ses débuts sur les planches avec Antoine Bourseiller , jouant dans des pièces du dramaturge polonais Sławomir Mrożek et participant à un spectacle Baudelaire. Il monte également Les Caisses qu’est-ce ? de Bouchard et Un parfum de Fleurs de Sauniers, sur la scène du théâtre La Bruyère. C'est grâce à son entrée dans le troupe de la Galerie 55 et surtout le Cheval d’Or. Il créé ainsi sur scène ses premiers sketches qu’il compose avec son comparse Victor Lanoux . Marchant sur les pas de ses idoles, Danny Kaye et Jerry Lewis , il côtoie alors d’autres jeunes artistes débutants tels que Jacques Fabbri , Jean Yanne et Jacques Dufilho . On le voit ainsi faire la première partie à Bobino de George Brassens.

Après quelques apparitions à la télé dans des émissions de variété, il est remarqué en 1967 par le réalisateur Yves Robert . C'est grâce à ce dernier quil fera ses débuts sur grand écran avec Alexandre le bienheureux , aux côtés de Philippe Noiret . Il interprète un personnage décalé, un paysan parachutiste, doux excentrique. Il tourne ensuite La coqueluche de Christian-Paul Arrighi.

Encouragé par Yves Robert qui décèle en lui un talent singulier de créateur pour le cinéma, il bûche pendant un an sur le scénario de son premier film. Le Distrait sortira en 1970. Son personnage excessivement maladroit séduit le public et lance sur les chapeaux de roue sa carrière de comique à 35 ans. Le grand blond avrc une chaussure noire toujours d’Yves Robert (1972) consacre son succès populaire. On connait la suite et la célébrité exponentielle dans une série de comédies du comédien qui s’est également illustré au cinéma dans des rôles dramatiques (Bienvenue à Bord ! de Martin Lamotte, Le Serpent d' Eric Barbier, Victor de Thomas Gilou ).

Si l'homme est un acteur de cinéma, il l'est aussi sur les planches. Il interpréta Feydeau et Oscar Castro en 1996, joua dans Pierre et fils avec Pierre Palmade, en 2006, et surtout présenta son one-man show Détournement de mémoire en 2003, au théâtre du Rond-Point. Véritable touche à tout, il publie en 2003 Comme un poisson sans eau au Cherche-Midi, où il révèle quelques anecdotes glanées tout au long de sa carrière et réitère l'expérience avec Franchise postale, un autoportrait par correspondance entre l'acteur et Christophe Duthuron . En 2005, il a été président du jury du Festival des Très Courts. L’année 2006 marqua son entrée officielle dans le panthéon des grands du cinéma français avec l’obtention d’un César d'honneur décerné pour l'ensemble de sa carrière.

franchise postale

Pierre Richard vient de terminer le tournage de « Et si on vivait ensemble », nouvelle comédie avec Jane Fonda, Géraldine Chaplin, Guy Bedos et Claude Rich. Une bande de vieux copains qui face à la vieillesse arrivante décident d’organiser leur vie ensemble et de former une communauté. Evidemment, ça n’est pas facile même s’il s’agit d’amis car les caractères et les individualités sont bien trempés. Sortie juillet prochain.

A voir également : « Pierre Richard, l'Art du déséquilibre » (sorti chez Gaumont Vidéo en décembre 2005). documentaire consacré en 2008 à Pierre Richard.

Lire : Le petit blond dans un grand parc, Comme un poisson sans eau, Franchise postale de Pierre Richard.