La blessure derrière le rire

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Mardi, 07 Décembre 2010 11:43

Entre règlement de compte affectif et déclaration d’amour, Warren Zavatta, petit-fils du célèbre clown, affirme et démontre avec émotion son talent multi-formes.

Pas facile d’être le petit-fils d’Achille Zavatta. « Essaie de trouver un boulot normal dans le civil avec un nom pareil. Bonjour, Mesdames et Messieurs, Police Nationale, inspecteur Zavatta. Ou bien :  le commandant Zavatta et son équipage sont heureux de vous accueillir sur ce vol…. Tout le monde flippe.

Ou encore, un chirurgien : ne vous inquiétez pas Monsieur. Docteur Zavatta.  Capital confiance sérieusement entamé dès le départ. » Warren, fils de Willie Zavatta et de son épouse bluebells girl au Lido, était condamné au monde du spectacle. Le mot n’est pas trop fort, c’est celui qui est employé dans les sentences judiciaires de tous ordres alors que le clown - immensément réputé par le truchement de la télévision française des années soixante/soixante-dix et qui a fait rire des générations de gosses - n’a pas hésité à traîner ses propres enfants en justice pour vouloir les empêcher d’utiliser ce qu’il considérait être son nom alors qu’il était encore artiste. Voilà qui révèle un inattendu talent d’Achille et qui   dégèle la béate innocente banquise figée du temps passé : les quadras et quinquas sur les fauteuils des théâtres de France où se produit Warren n’étant pas moins que les ex -bambins qui riaient fascinés yeux écarquillés devant leur poste de télévision captivés par Zavatta lors de ses passages à la « Piste aux Etoiles ». La boucle est bouclée. Restait à Warren à faire sa place, et à démontrer le talent personnel qu’il pouvait apporter au nom.

 

 

zavatta« Est-ce qu’il y a des enfants dans la salle ? Et bien, qu’ils se cassent ». Dès le début de son spectacle le comédien donne le ton. C’est peut être son nom qui nous a attiré au théâtre ce soir là. Mais, c’est Warren qui est sur scène et qui, tout en reconnaissant l’héritage jusqu’à l’émotion, vient « déballer », sortir ce pépé de son ventre, pour exister, et in fine être son digne héritier. «  C’est un spectacle qui était en moi depuis longtemps, depuis vingt ans peut être. Au début j’avais beaucoup de rancœur à sortir. Et, depuis que je le fais, de soirées en soirées, c’est finalement de plus en plus une réconciliation qui nait vis-à-vis de ce grand-père qui s’est si peu occupé de moi, qui a abandonné sa famille et qui ne m’a légué que ce nom, si difficile à porter, que bien souvent je dissimulais pour faire plus simple. Par exemple, il m’arrive au pressing, à l’hôtel ou au restaurant de réserver en ne donnant que mon prénom. Sinon, à chaque fois j’y ai droit. Les gens croient que je moque d’eux. Et puis quand ils se rendent compte que c’est vraiment mon nom et que je suis le petit-fils, alors là c’est parti : et la piste aux étoiles, etc….. »

HERITIER DE LA TRADITION DU CIRQUE

zavattaDe théâtre en théâtre à travers la France depuis octobre 2009 Warren trimballe sa veste de clown, son collant de dompteur so-sexy, son fouet et tout l’attirail d’homme de cirque. Et puis « cette sempiternelle musique ». Vous savez, vous la connaissez celle qui commence tous les spectacles sous le chapiteau. « Je crois que je l’ai déjà entendu alors que j’étais dans le ventre de ma mère.  L’héritier de la tradition du cirque : il a fallu que ça tombe sur moi. Mais moi, j’ai jamais voulu en faire du cirque. » D’où l’histoire à la fois émouvante et drôle qu’il raconte, la sienne. La blessure d’une relation manquée avec un clown qui fut une star, en oubliant d’être un grand-père. « Achille Zavatta ? Ah ça, il a fait rire tout le monde. Mais moi, il m’a pourri mon enfance. Il était très connu …. et très loin de nous ».

 

zavattaLe petit fils a donc suivi son chemin tout seul. Si Warren n’a pas fait de hautes études classiques, « difficile quand tu vis en caravane et que tu es chaque jour dans une ville différente de suivre l’école. Les cours par correspondance ? T’as déjà vu une boîte aux lettres sur une caravane ? », il a par contre été doté d’une solide formation professionnelle, rendue possible probablement par la sédentarisation mise finalement en place sur volonté maternelle : Conservatoire de Musique, Cours d’Art dramatique, Stage au Cirque de Moscou, meneur de Revue au Paradis Latin. On a envie de dire qu’il sait tout faire. Du reste, l’enfant de la balle est par ailleurs régulièrement sollicité au cinéma et à la télévision pour participer à des films auprès de metteurs en scène et comédiens, et non des moindres, comme par exemple Antoine de Caunes et Fabrice Luchini. Mais, ce spectacle est pour l’homme un nouveau début vers autre chose dans l’affirmation personnelle. « Il m’a fallu longtemps pour l’écrire, presque vingt ans en fait pour ne plus être seulement dans le refus et le rejet de ce qui avait été l’indifférence de mon grand-père qui ne m’a même jamais offert un cadeau, que ce soit pour mon anniversaire ou pour Noêl. Mais le déclic en fait ça a été quand je suis devenu père », quand il a fallu transmettre le nom.

ENTRE GRINCEMENTS DE SOUVENIRS ET HOMMAGE

zavattaUn spectacle en forme de thérapie ? Peut être, mais surtout de témoignage entre grincements de souvenirs et besoin de reconnaissance, d’affirmation personnelle. « Je suis le premier Zavatta à rompre avec la tradition du cirque et à faire autre chose dans le monde du spectacle. Je suis très fier de ma famille, d’où je viens. Ce spectacle c’est tout de même avant tout un hommage ». Si le saltimbanque avait sans doute besoin d’exorciser ses fêlures, c’est finalement avec un magnifique talent - qui donne envie d’attendre la suite - et sans renier ses origines dont il se moque que Warren règle ses comptes avec un milieu auquel il doit en fait tout ce qu’il sait faire. « Pépé, je t’aime » clame l’homme aux bords des larmes à la fin de son spectacle après avoir fait apparaître l’image de son grand père sur le fond d’une malle demeurée close. Celle des souvenirs, de l’enfance. Des mots qui font pleurer parce qu’ils évoquent peut être, comme les clowns, des histoires humaines. Désormais Warren Zavatta endossant librement son identité , révélé à lui-même et aux autres, jonglera nous l’espérons avec les mots ; ceux du comédien qu’il peut être.

par Geneviève CHAPDEVILLE PHILBERT

« Ce soir dans votre ville » Warren Zavatta
Miramas Théâtre de la Colonne – 29 septembre 2010
Tournée actuellement en France 
www.warrenzavatta.com