Anthéa :YATRA, Chorégraphie d’Andrés marin et Kader Attou

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Mercredi, 30 Novembre 2016 17:12

Après avoir envoûté le public d’Antibes, en 2015, avec « Golgota » où il accompagnait sur scène Bartabas et ses chevaux, le danseur de flamenco Andrés Marin est revenu à Anthéa pour présenter son nouvel opus intitulé « Yatra » (« voyage », en sanscrit). Il s’est lancé sur les routes de l’Inde du Nord, et nous entraîne dans son périple. sur les routes de l’Inde du Nord.

 


Quand Andrés Marin a exprimé le désir d’entrer dans le monde du chorégraphe Kader Attou, il ne s’agissait pas d’une demande basée uniquement sur l’esthétisme, mais d’un profond ressenti sur une approche similaire de leurs quêtes existentielles exprimées dans la danse. Il s’agit de « la nécessité d’explorer le pourquoi l’être et non la performance corporelle », précise le danseur de flamenco. On ressent la grande complicité qui s’est aussitôt installée entre les deux artistes, venant de milieux populaires à Séville ou à Paris et ayant la même recherche dans leur art. En 2013, bien avant cette nouvelle création « Yatra », Andrés Marin et Kader Attou avaient déjà croisé leurs chemins de danse flamenco et hip hop.

Ce voyage est un retour aux racines avec une gestuelle et une énergie très contrastées où rivalité et complicité en miroir se font écho. Les deux chorégraphes se sont rencontrés pour mieux se fondre dans l’esthétique de l’autre afin de poser un regard actuel sur leur propre danse et en retrouver l’essentiel : la simplicité et l’intensité. Ce dialogue, entre le hip hop solaire et épuré de Kader Attou et le flamenco iconoclaste d’Andrés Marin, est une aventure rare où les contraires s’unissent pour réussir un spectacle dans lequel chacun garde sa propre identité tout en s’ouvrant à l’autre. Flamenco et hip hop sont de vivantes danses contemporaines. Elles évoluent, se cherchent, se confrontent, se rencontrent dans un duel en symétrie. C’est dans leur hybridation culturelle que la proposition se révèle la plus enthousiasmante.

Spectacle

Les aficionados du flamenco le savent bien, il y a un « avant » et un « après » Andrés Marin. Il danse le flamenco avec simplicité en le dépouillant de tous les falbalas dont on l’a souvent affublé. Depuis plusieurs années, le danseur sévillan ébranle le genre pour s’embarquer sur des terres vierges et parvenir, grâce à ce voyage, aux sources mythiques du flamenco dont l’origine se situerait en Inde. La tradition de cette danse n’est pas un rempart à la modernité, mais un voyage musical et chorégraphique. Tout son être vibre des rythmes du flamenco, un flamenco beau, pur noble, parfaitement maîtrisé, qu’il amène là où personne ne l’attendait en le conjuguant aux corps élastiques des deux danseurs de hip hop.

A la verticalité vibrante de l’un, répondent les déplacements horizontaux des deux autres. Ils se servent de leur corps comme d’un matériau éloquent pour s’aventurer toujours plus loin sur la voie étroite qu’ils ont choisie, au-delà de la performance et du cliché. Ce qui leur tient à coeur est de voir le corps rejoindre la langue pour dire le monde. Et leurs corps suffisent à signifier qu’un spectacle est une affaire sérieuse. Ils font tournoyer des signes plus qu’ils ne racontent une histoire. A chacun d’imaginer la sienne ! Au hiératisme virile du maître du flamenco – une sculpture sur des pieds allègres - s’oppose l’élasticité et la souplesse des corps des deux danseurs de hip hop, aussi peut-on supposer qu’il s’agit de l’initiation d’un père à ses fils.

La musique accentue le cheminement initiatique. Dans de somptueux costumes de leur région de l’Inde, le Rajasthan, six musiciens de l’Ensemble Divana sont accroupis au fond de la scène pour jouer de leurs instruments insolites. Avec leur musique, envoûtante et mystérieuse, ils font corps et font masse face aux danseurs en mouvement. Au cours du spectacle, un musicien s’approche sur le devant de la scène où il vient psalmodier, une musique à la mélodie ensorcelante, en s’accompagnant de son instrument.

Habillé de chair et de gestes, « Yatra », d’une intensité inexorable, n’a rien d’illustratif. Un spectacle époustouflant !

Caroline Boudet-Lefort