JAZZ A DOMERGUE

Imprimer

Vendredi, 02 Septembre 2016 12:09

Chaque année dans les premiers jours d’août, la ville de Cannes consacre au Jazz quatre soirées exceptionnelles dans les merveilleux jardins de la villa Domergue. Ce petit coin de paradis offre une superbe vue sur la mer et, à l’entracte, se balader dans l’écrin de verdure magnifiquement aménagé reste un moment magique.

 

Pour le jazz tout en douceur qu’impose le lieu, le directeur artistique, Frédéric Ballester, a programmé une belle sélection, très éclectique, en proposant des découvertes allant de la voix voluptueuse de Marjorie Barnes aux créations audacieuses de Laurent Coulondre, en passant par les rythmes nomades du groupe d’Eric Séva ou les improvisations ludiques du saxophoniste Raphaël Imbert et du pianiste Karol Beffa. Ce sont de ces deux derniers concerts dont nous parlerons. Vu l’immense succès actuel de ce festival, il nous a été impossible d’assister aux autres concerts.

Spectacle

C’est la voie de l’improvisation qu’ont choisie Raphaël Imbert et Karol Beffa. Ce dernier, lauréat des Victoires de la musique classique 2013, a soutenu une thèse de doctorat sur György Ligeti, ce qui est loin d’être étonnant : son jeu au piano évoque le dépouillement qu’on aime chez Ligeti. Raphaël Imbert a commencé le saxophone en autodidacte avant d’entrer au Conservatoire de Marseille d’abord comme élève, puis comme enseignant, tout en effectuant des recherches sur la musique sacrée dans le jazz. Regard ardent et sourire ironique, il sollicite le public pour suggérer les thèmes sur lesquels les deux musiciens vont improviser, refusant seulement d’être un juke-box et d’interpréter à la demande quelque rengaine.

Spectacle

L’ambiance est au rire en entendant les propositions saugrenues. Pianiste et saxophoniste jouent aussitôt avec talent la musique adéquate. Mille bravos d’avoir su illustrer Le lave-vaisselle en la mineur sept et La nuit des étoiles filantes ou les très conceptuels Peut-être et Liquide ou encore Viens Malika ou pas, sans doute un message personnel. Qu’importe ! Scindant en un seul deux titres qui ont fusé dans le public La naissance d’un papillon à Rio, ils déploient leurs notes mélodiques en ailes immenses et magnifiques afin que le papillon sorte musicalement de sa chrysalide sur quelques rythmes de Bossa Nova inspirés par la ville de Rio. Avides de plaisir et de liberté, les deux improvisateurs dégagent une sensation de légèreté qui vient s’ajouter à une créativité nourrie d’imagination et d’audace. Instrumentistes solides, ils ouvrent des horizons poétiques et font rêver. Leurs improvisations sur Bach sont particulièrement émouvantes en laissant émerger ce qu’ils ressentent au plus profond d’eux-mêmes. Le public repart chaviré, le coeur au bord des larmes et le sourire en coin.

Spectacle

Avec Nomade sonore, Eric Séva et son groupe nous convient à un voyage. Eric Séva débute seul avec son saxophone dont il sort des sons surprenants. Puis arrive Matthieu Chazarenc qui s’installe à la batterie. Enfin s’ajoutent Bruno Schorp à la basse et Daniel Zimmermann avec son trombone. Partant d’une intuition, le chemin se fait tandis qu’ils prennent des risques et bousculent les codes. Avec un grand sérieux, ils enchaînent les morceaux d’un folklore imaginaire qui mêlent, dans un rythme fluide et limpide, musique du Maghreb et tradition celtique à encore d’autres sonorités étonnantes.

Ce quartet de trentenaires effervescents présente des compositions attachantes, soigneusement pensées et jouées pour permettre des solos endiablés ; ceux de Matthieu Chazarenc, batteur époustouflant, ont enthousiasmé le public. Par ses couleurs harmoniques, le groupe fait preuve d’une magnifique maîtrise d’un style pris au jazz cool, et quand ils interprètent, de façon émouvante, L’hymne à l’amour d’Edith Piaf, l’arrangement prouve leur grande originalité. Le groupe déploie toutes les ressources de son art dans un phrasé haletant. Les notes virevoltent à faire tourner la tête, donnant le sentiment qu’elles rendent un hommage convaincant à la beauté.

Spectacle

Dans ce lieu magique, chaque spectateur garde le souvenir d’inoubliables soirées !

Caroline Boudet-Lefort