Une quête d'identité où l'humour laisse la part belle à l'absurde

Imprimer

Mercredi, 13 Janvier 2016 18:21

Interprété par un trio d'acteurs au jeu époustouflant et servi par une mise en scène toute en finesse et cocasse, Le Mariage de Mr Weissmann a enflammé le théâtre Toursky à Marseille.

 

 

Spectacle

Rescapé des camps d'Auschwitz où ses parents ont été tués, Mr Weissmann, âgé de soixante dix ans, apprend des lèvres d'un jeune rabbin de vingt-quatre ans qu'il n'est finalement pas juif. Il ne peut donc se marier avec Simone dans la tradition. Submergé par l'illogisme de la situation et par des questions existentielles, Mr Weissmann devient un étranger pour lui-même et se dédouble en deux personnages distincts : le juif et le non-juif. S'en suit une quête identitaire : « faut-il se débarrasser de son juif ou pour être libre faut-il être juif ? ». Cette dualité, telles les deux consciences du bien et du mal, ange et démon, est interprétée par deux artistes de talent, Mikaël Chirinian et Bertrand Combe. Ils entourent le personnage principal, Jacques Bourgaux, qui campe, avec brio, un homme perdu au cœur de la bêtise humaine. Ces trois hommes vêtus de manière identique (pantalon marron et chemise écossaise) tels trois sosies, nous content une histoire dans laquelle plusieurs tableaux se succèdent : confrontation avec le rabbin, entrevue avec Simone, entretiens avec le psychiatre et avec Mouna l'infirmière... Le passage entre les différents personnages, joués par les deux comparses, est parfait. Le décor, très sobre et réduit, met en avant une mise en scène originale. Adapté du roman de Karine Tuil Interdit, Salomé Lelouch a créé les personnages du juif et du non juif qui n'existaient pas dans le livre.

Spectacle

« Très belle interprétation, un peu court mais nous avons vu l'essentiel » déclare une spectatrice en fin de spectacle. « Une dualité remarquable et de grands acteurs » renchérit une autre.

En préambule de la pièce, après la chanson Ni dieu ni maître de Léo ferré, Richard Martin a accueilli le public par ces termes suite aux événements tragiques survenus à Paris, « Il faudra trouver les mots nouveaux pour faire souffler sur cette ville un élan de fraternité. Quand on assassine la mémoire, on laisse la barbarie entrer. La culture est l'essence de la vie ».

Cette comédie emporte bien au delà du problème de judaïcité, ce n'est que le point de départ, elle parle d'identité et de la peur de l'étranger avec subtilité et malice. Dans le contexte actuel, cela réjouit le cœur et témoigne que l'on peut encore plaisanter et s'amuser de tout.

Spectacle

Interview après le spectacle

Jocelyne Silvy : Avez-vous eu des contacts avec l'auteur du roman ?

Jacques Borgaux : L'auteur, karino Tuil, est venu plusieurs fois nous voir et elle était emballée. C'est rare pour un auteur. Son roman interdit est à lire.

C’est la fin d'une tournée de plus d'un an et la première fois que nous jouons ensemble tous les trois. Salomé Lelouch nous a réuni et nous nous sommes bien entendu sur scène et dans la vie. Le travail a été très minutieux et long.


J.S. : Que retiendriez-vous de ce spectacle ?

Bertrand Combe : une belle rencontre avec Jacques car c'est la première fois que nous travaillons ensemble, pour Michael et Salomé, c'est une continuité.

Un vrai bonheur de jouer car on interprète plusieurs personnages.

Le sujet traité prend de la signification maintenant. Et il est mis en scène avec humour.

Spectacle

J.S. : Que vous inspire le thème de la pièce ?

Mikaël Chirinian : Le texte parle de l'identité juive et s'ouvre sur les questions identitaires au sens large. Le roman est super et son adaptation très intéressante car c'est un vrai travail théâtrale.

Je suis vraiment heureux de jouer.


Jocelyne Silvy