Un Roméo flamboyant dans la Cité des Papes !

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Mercredi, 06 Novembre 2013 16:48

Raymond Duffaut vient de prolonger de deux ans son contrat de conseiller artistique et on ne peut que s’en féliciter ! Avec des moyens moindres que ses confrères il n’a cessé de faire des miracles à la tête de la scène lyrique avignonnaise. En témoigne cette extraordinaire saison 2012/2013 où les différentes productions proposées (La Traviata, Il barbière di Siviglia, Jenufa) ont eu pour dénominateur commun l’excellence.

 

Roméo et Juliette

Sous sa houlette, Avignon reste l’une des places lyriques fortes en France. la nouvelle coproduction, baroque à souhait, des opéras de Massy, Tours, Metz, Reims et Avignon de Roméo et Juliette de Gounod, a été confiée à Paul-Émile Fourny, actuel directeur de l’Opéra Théâtre de Metz et regretté directeur de l’Opéra de Nice. Le décor sombre suggère la traque du couple maudit. Comme dans les tableaux de chasse du premier acte dans la scène du bal, on retrouve les bois d’un squelette de cerf dans la scène de la chambre au début de l’acte IV. On retrouve un cerf empaillé près du tombeau dans l’ultime scène. Roméo et Juliette sont victimes d’une société incapable de se soustraire à la violence. Les superbes décors d’Emmanuelle Favre soulignent l’impression pesante d’enfermement du couple.

Paul-Émile Fourny signe ici une mise en scène poignante et aboutie de l’œuvre de Gounod. Roméo et Juliette nous interpellent par-delà la tombe et nous sommes tenus de choisir notre camp : celui de l’amour ou celui de tous les Capulet et Montaigu de la terre.

Les chanteurs sont parfaitement dirigés. Dès les premiers accents de l’ouverture, on sait qu’Alain Guingal a réussi à transmettre aux musiciens de l’olrap les tenants et les aboutissants du style et du phrasé caractéristiques de Gounod. En véritable chef lyrique, il anime solistes, chœurs et orchestre dans des tempi toujours justes. Il dirige avec une souple vigueur et une attention constante portée aux chanteurs tout en imposant une véritable tension dramatique.

Sur scène, les solistes font preuve d’une belle homogénéité. Tous maîtrisent parfaitement le français. La soprano bulgare Sonya Yoncheva en Juliette, dont c’est une prise de rôle, subjugue par une grâce inouïe. La voix est somptueuse, sûre, bien placée et bien projetée. Elle offre une palette insoupçonnée de nuances. Elle est Juliette, certainement l’une des meilleures depuis les inoubliables incarnations de Leontina Vaduva. À ses côtés, le Roméo du ténor français Florian Laconi était attendu. Le style vocal est toujours impeccable lorsque l’engagement scénique est constant. Il est Roméo par la vaillance d’un aigu solaire, la souplesse du phrasé, un solide médium et une diction exemplaire. On est pris par l’alchimie envoûtante de ces deux chanteurs au fil des duos d’amour. Les deux voix se correspondent parfaitement.

Roméo et Juliette

La représentation a confirmé les dons du jeune baryton Alexandre Duhamel, émouvant Mercutio et du jeune ténor Stanislas de Barbeyrac rendant à Tybalt toute sa dimension tragique. Laurent Varnier apporte à Frère Laurent son charisme habituel et une belle voix de basse profonde. Marie Lenormand est un Stefano d’une grande musicalité. Christophe Fel est quant à lui impeccable en comte Capulet.

Signalons que le ballet généralement coupé au quatrième acte est donné ici dans son intégralité. Éric Bélaud signe une chorégraphie probante, véritable respiration musicale avant la tragédie qui suit.

Ce spectacle a reçu une belle ovation d’un public venu en nombre… Gageons que ce couple rare restera dans les mémoires.


Serge Alexandre

Pour cette nouvelle saison, l’opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays du Vaucluse présentera six opéras dont deux nouvelles productions. On attend beaucoup de la mise en scène de Nadine Duffaut du Dernier jour d’un condamné de David Alagna avec Roberto Alagna et Adina Aaron en mars. Ce sera d’ailleurs la création scénique de l’œuvre. En Avril ce sera une nouvelle production du Tancrède du compositeur aixois André Campra coproduit avec le centre de musique baroque de Versailles. Mais avant on se réjouit de retrouver la production de Mireille Larroche de Madame Butterfly de Puccini avec Ermonella Jaho et Sébastien Gueze les 17 et 19 novembre. Préparez vos mouchoirs !

Réservations : 04 90 82 81 40

www.operagrandavignon.fr

Un extrait de ce Roméo et Juliette :

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