Marseille, Capitale européenne de la Culture est bien un phare lyrique !

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Mercredi, 06 Novembre 2013 16:39

Dans le cadre de sa saison méditerranéenne MP2013, l’opéra de Marseille a présenté l’ultime opéra de Mozart. Pour bien faire, Maurice Xiberras a choisi de présenter la production réalisée pour le festival d’Aix-en-Provence du metteur en scène britannique David Mc Vicar, l’un des plus doués de sa génération.

 

 La clémence de Titus

Disons-le, la mise en scène donne du souffle et met en lumière un livret parfois difficile à monter scéniquement par une direction d’acteurs précise et soignée, utilisant à la perfection les superbes décors mouvants de Bettina Neuhaus et de beaux costumes réalisés par Jenny Tiramani. L’ouvrage, véritable condensé des valeurs morales de l’époque du compositeur, peut pourtant se révéler ennuyeux. Ici, il n’en est rien. La mise en scène de David Mc Vickar s’est bonifiée avec le temps. La fin de l’acte I avec l’incendie du Capitole est un superbe moment tant scénique que musical. Il faut dire que les éclairages efficaces et subtils de Jennifer Tipton y contribuent. La couleur rouge dominera la fin de l’ouvrage, celle du cœur, du sang, miroir de la plaie envahissant l’esprit de Titus à la fois blessé et trahi par son ami Sextus. L’action se situe à Rome où l’empereur Titus demande à Bérénice de devenir son épouse. Vitellia, qui songeait à devenir impératrice demande alors à Sextus, amoureux d’elle, de le venger en assassinant Titus. Sextus, ami fidèle de Titus, accepte le stratagème de Vitellia, non sans difficulté, ce fidèle soldat étant déchiré entre son amour et sa loyauté. La tentative de Sextus échoue. Il se dénonce ne supportant pas le mensonge. Titus décide alors de le gracier. Il sort grandi de cette décision. Et, disons le, si la distribution vocale au Festival d’Aix-en-Provence était médiocre, il n’en est rien ici. Les artistes réunis ne méritent que des éloges. Invitée de dernière minute, Teresa Romano offre à Vitellia une voix expressive, chaleureuse et fatalement sensuelle à l’image d’une femme aux ambitions démesurées. Kate Aldrich est un Sextus rêvé ! Sa voix est chaude, puissante, rigoureuse et tellement émouvante. Elle sait rendre parfaitement les atermoiements et le tempérament d’un personnage particulièrement complexe! La jeune et ravissante Clémence Barrabé est, quant à elle, une superbe Servilia. Saluons aussi la belle prestation de Christine Tocci en Annio.

 

Cléopâtre

Côté hommes, le ténor Paolo Fanale doté d’une grande musicalité est un magnifique Titus. Il offre au personnage de l’empereur une prestance scénique irréprochable. La voix est belle et sûre sur toute l’étendue du registre. Enfin, la superbe basse Josef Wagner par la beauté du chant et un véritable charisme fait de Publius un personnage inoubliable. Dans la fosse, Mark Shanahan fait des merveilles. Son Mozart est retenu, sanguin, enflammé et il nous fait redécouvrir toutes les beautés d’une partition devenue rare sur scène à la tête d’un chœur et d’un orchestre transcendés. Un régal !

Cléopâtre

Depuis sa résurrection à Saint-Étienne en 1990 les occasions d’écouter et de voir le dernier ouvrage de Massenet sont rares. On se souvient juste de cette Cléopâtre reprise en concert au Festival de Salzbourg en 2012 avec une distribution de rêve avec Sophie Koch et Ludovic Tézier. À Marseille, Charles Roubaud entouré de son équipe habituelle signe la mise en scène de cette nouvelle production maison créant la sensation sur le plan international. Si Cléopâtre peut incarner une vamp vénéneuse symbolisant en elle-même les mœurs d’une Rome antique décadente, la mise en scène prend le parti de l’antique tantôt à Rome tantôt en Égypte utilisant des projections d’images vidéo précises et réussies de Marie-Jeanne Gauthé sur de grands pans verticaux : colonnes, statues, bas reliefs… Évoluant dans de beaux costumes toujours inspirés de Katia Duflot, sa direction d’acteurs apparaît un peu sage pour ce drame passionnel en 4 actes et 5 tableaux. Cela dit, sous sa direction, les chanteurs sont acteurs dans cette histoire de manipulation, d’amour et de mort sublimée par la partition d’un Massenet tardif. Pour redonner vie à cette partition au souffle romantique dont la superbe scène du tombeau peut réveiller le souvenir enfoui du Roméo et Juliette de Charles Gounod récemment donné à l’Opéra d’Avignon, le chef d’orchestre américain Lawrence Foster, ardent défenseur de l’opéra français du XIX et XXème siècle depuis des décennies, est l’homme de la situation par une lecture précise et alerte d’un ouvrage qui mériterait de figurer au programme des grandes scènes lyriques internationales. Cette production marseillaise pourrait très bien voyager. Chœurs et orchestre affichent un bel équilibre. La distribution réunie se caractérise par une belle homogénéité caractérisée par une diction française quasi exemplaire de tous les protagonistes de l’ouvrage. Les voix d’hommes et de femmes sont superbes. Le baryton canadien Jean-François Lapointe doté d’un timbre rêvé pour le rôle a la prestance de Marc-Antoine. Massenet voulait un baryton héroïque… Il en est un ! À ses côtés, le ténor phocéen Luca Lombardo prête sa voix ensoleillée au rôle ingrat de Spakos, véritable amant objet. Artiste raffiné rompu à l’Art de Massenet, Luca Lombardo offre un bel engagement scénique et une ligne de chant impeccable dans tous les registres. Spakos viendra s’ajouter à la longue liste des rôles de Massenet incarnés par le chanteur. Un superbe enregistrement du très rare mage vient de sortir en Cd ! À leurs côtés, on peut citer l’Ennius puissant de Philippe Ermelier, le très bon Amnhés de Bernard Imbert ou le solide romain de Jean-Marie Delpas. Même l’épisodique esclave de Norbert Dol tire son épingle du jeu. Côté féminin, Béatrice Uria –Monzon a tout d’une Cléopâtre légendaire tant sur le plan scénique que vocal. Elle domine sans difficulté toutes les difficultés vocales d’un rôle écrasant sur tout le registre. La soprano Kimy Mc Laren est une émouvante Octavie. Elle est légère et apporte un charme indéniable au personnage virginal d’Octavie. Enfin, on peut signaler l’excellente Charmion de la jeune Antoinette Dennefeld, certainement promise à un bel avenir. Quelle belle surprise cette Cléopâtre que l’on espère revoir très vite sur les scènes lyriques !


Serge Alexandre

Un extrait de répétition de La Clémence de Titus à Marseille :

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Un extrait de Cléopâtre à Marseille :

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Pour retrouver le ténor Luca Lombardo il est vivement recommandé de se procurer le superbe enregistrement du mage de Massenet à live effectué à l’Opéra de Saint-Étienne en novembre 2012 chez ediciones singulares.

Découvrez sur le site internet de l’opéra de Marseille et abonnez-vous à la très belle saison 2013-2014 réalisée par Maurice Xiberras : www.opera.marseille.fr

Huit ouvrages seront au programme dont Aïda de Verdi, la rare Straniera de Bellini avec Patrizia Ciofi, Orphée et Eurydice de Glück, Orphée aux enfers d’Offenbach, Lucia di Lammermoor de Donizetti jouissant de deux superbes distributions ; une création avec la Colomba de Jean-Claude Petit, le retour du trop rare Roi d’Ys d’Édouard Lalo ou la célèbre Traviata de Verdi mise en scène par Renée Auphan pour conclure cette nouvelle saison.

Réservations : 04 91 55 11 10.