Superbe Simon Boccanegra à l’Opéra de Nice !

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Mardi, 07 Mai 2013 16:22

Venue du Théâtre communale de Bologne et du Théâtre Massimo de Palerme, la production élégante de Simon Boccanegra réalisée par Giorgio Gallione et Guido Fiorato est dominée par les références à Gênes à travers son architecture et à son ouverture sur la mer Méditerranée.

Le sol en pavés de la place qui occupe la partie avant du plateau est la parfaite copie de celui du Campo Pisano, haut lieu de la ville ayant servi de fosse commune où l’on pouvait trouver les soldats pisans tués lors de combats avec les génois. La direction d’acteurs précise et efficace met en lumières cette œuvre au livret particulièrement alambiqué de Piave et Boito qui raconte la vie et la mort de l’ancien doge de Gènes au XIVème siècle.

 

Opéra

On tient là un spectacle de bout en bout fascinant.

Sous la direction de Philippe Auguin, chœurs admirablement préparés par Giulio Magnanini et la phalange orchestrale sont impeccables. Le chef d’orchestre dirige cet ouvrage avec brio. Privilégiant l’aspect introspectif et psychologique du discours verdien lié à la partition tardive et atypique de Verdi, il réussit à varier fort bien les couleurs et le phrasé dans les passages intimistes. L’orchestre joue de longs passages en suivant la partition comme s’il s’agissait de musique de chambre et l’accompagnement des chanteurs se teint parfois d’intonations romantiques... Par contre, il sait apporter l’énergie et la vigueur indispensables à la fin du prologue ou dans le tableau du conseil. Il restitue parfaitement les couleurs crépusculaires de cette partition.

La distribution niçoise réunie retient toute notre attention. Le Simon du grec Dimitri Tiliakos est solide. Il offre au personnage une voix large, saine et puissante. Son chant intelligent lui permet de restituer toutes les nuances requises et d’aborder certains moments avec un chant à fleur de lèvres. On tient là un immense Boccanegra débordant de sensibilité et d’intériorité.

La basse italienne Carlo Colombara est un Fiesco de grande classe noble génois partagé lui aussi entre la compulsion de la vengeance et un désir de pardon tandis que la basse coréenne Samuel Youn est un Paolo Albiani inoubliable. Il possède un timbre superbe doublé d’aigus faciles et somptueux. Tous les trois livrent une prestation aussi bonne dans les passages rapides que pendant les passages lyriques, leur expression épouse totalement le livret.

Opéra

Le Gabriele Adorno du ténor tchèque de Pavel Cernoch est probant. Celui-ci est éperdu d’amour et rongé par la jalousie pouvant le conduire à tuer le doge. Sa voix de ténor dotée d’un timbre clair et limpide est souple …

Face à ce quatuor exemplaire de voix d’hommes, la soprano néerlandaise Barbara Haveman se tire avec les honneurs d’Amelia Grimaldi. Son intelligence lui permet de venir à bout de toutes les difficultés vocales offertes par le rôle ! Elle est particulièrement convaincante dans son interprétation de cette jeune femme traumatisée par la mort de sa belle-mère.

Elle tient sans difficulté la dragée haute à ses partenaires masculins !

Un Simon Boccanegra difficile à oublier !

Serge Alexandre

Pour en savoir plus sur l’Opéra de Nice : http://www.opera-nice.org/

Un extrait de Pavel Cernoch en Gabriel Adorno :

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