Le match des Carmen !

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Mardi, 07 Mai 2013 16:15

Malice du calendrier, les opéras de Marseille et de Toulon ont tous deux programmé Carmen de Bizet, le titre le plus joué dans le monde en ouverture de saison. Les deux productions présentées l’une réalisée par Nicolas Joël dans la Cité phocéenne et l’autre de Jean-Philippe Delavault sur les planches toulonnaises sont bien rodées.

 

L’une et l’autre racontent Carmen dans le texte. Quand Stéphane Roche en bon assistant du directeur de l’Opéra-Bastille reprend la mise en scène habile et fluide de Nicolas Joël, il se concentre sur la nature initiale d’opéra-comique de l’ouvrage. Les scènes de foule sont réglées avec une rare efficacité. Cette production d’une quinzaine d’années dans sa beauté plastique n’a jamais cessé de me séduire. À Toulon, la production de l’opéra de Monte-Carlo épouse tous les poncifs éculés dans des décors mal éclairés d’un autre temps en carton-pâte. Les protagonistes évoluent dans une Séville de pacotille et semblent très souvent livrés à eux-mêmes. On tient là sans conteste la palme de l’une des productions des plus ringardes de l’ouvrage… L’œuvre de Bizet reste un tube incontournable. Il nécessite une distribution de haut vol et une direction musicale inspirée pour éviter tout ennui ou impression de déjà-vu.

 

Carmen

À Marseille, le chef d’orchestre égyptien Nader Abassi, un habitué des lieux depuis l’ère Auphan, livre une lecture enthousiasmante. Il mène les musiciens et les chœurs ainsi que les enfants de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône vers des sommets musicaux. Toute la richesse symphonique de la partition s’en trouve magnifiée en dépit de quelques choix de tempi parfois un peu lent.

À Toulon, Giuliano Carella offre une direction sage et précise. Chœurs et orchestre à défaut d’êtres enflammés sont exempts de tous reproches. Le maestro italien aime Carmen cela s’entend et il réussit un équilibre parfait entre fosse et plateau !

Carmen

Les solistes réunis à Marseille emportent l’adhésion du mélomane le plus difficile. Giuseppina Piunti est une Carmen élégante au physique séduisant et à la voix puissante dotée de beaux médiums. Sa bohémienne est moderne et évite tous les clichés érotiques et vulgaires proposés par certaines consoeurs.

À ses côtés, Luca Lombardo demeure un excellent Don José à la diction impeccable et dans un style quasi oublié de nos jours. Sa fraîcheur vocale et la facilité qu’il déploie dans l’émission des aigus, de poitrine, en voix mixte ou falsetto, pourraient encore faire bien des envieux. Ainsi le coup de foudre entre cette Carmen racée et ce Don José félin opère dès les premiers regards. Luca Lombardo incarne à la perfection le bel hidalgo qui séduit Carmen.

On retiendra la belle Micaela dépourvue de toute mièvrerie d’Anne-Catherine Gillet qui ose se mesurer à Carmen et l’Escamillo irréprochable et charismatique de Jean-François Lapointe qui possède des aigus de stentor et un art du chant devenu rare.

Carmen

Soulignons l’homogénéité des seconds plans tous exemplaires tels le Moralès de Christophe Gay ou la Frasquita très prometteuse de la jeune Marseillaise Jennifer Michel. Si la diction est l’un des points forts de la distribution marseillaise, ce n’est malheureusement pas le cas à Toulon.

Seule la jeune contralto, Varduhi Abrahamyan dans le rôle-titre dont c’est une prise de rôle tire son épingle du jeu. Sa diction est exemplaire. La voix est superbe. Sans jamais céder à la vulgarité, elle est une Carmen altière, insolente, joueuse, rebelle et sauvage. Elle a du chien. Elle mord dans la vie à pleines dents avec une sensualité gourmande défiant toutes les conventions. À ses côtés, le ténor roumain Calin Bratescu est un Don José crédible physiquement même si la diction reste aléatoire et l’émission présente une grande instabilité. Il fait pourtant preuve de belles demi-teintes dans le célèbre air de la fleur.

Carmen

La Micaela de la soprano moldave Tatiana Lisnic reste totalement incompréhensible et plus grave elle ne possède en rien la vocalité exigée par le rôle.

L’Escamillo de la basse russe Alexander Vinogradov au physique avantageux déploie un bel abattage scénique, mais son Escamillo semble fâcher avec notre langue.

Ah ! heureusement que les sur-titrages existent pour nous sauver d’un naufrage annoncé !. C’est d’autant plus dommage que ce jeune artiste possède une voix superbe même si les aigus apparaissent encore fort approximatifs.

Heureusement les personnages secondaires s’en sortent mieux comme le Zuniga probant de Jean-Marie Delpas ou le Dancaïre de Filip Branzak et le Remendado de Rémy Corraza. Côté filles, soulignons les belles prestations de Diana Higbee en Frasquita et Aurore Ugolin en Mercedes.

Carmen

Comme quoi Carmen reste un ouvrage redoutable et disons-le l’opéra de Marseille dans ce duel l’emporte haut la main !


Serge Alexandre

 

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Opéra de Toulon : http://www.operadetoulon.fr/

Opéra de Marseille : http://opera.marseille.fr/