Clovis Cornillac, seul sur scène au théâtre national de Nice.

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Mardi, 29 Janvier 2013 17:22

C’est certain on n’assistera plus à un concert, ou même à un opéra, sans se remémorer La Contrebasse ! Ce one man show écrit par Patrick Süskind, mis en scène par Daniel Benoin, parcourt la vie d’un musicien à un moment très particulier, la montée d’un délire provoqué par un trop plein de solitude. Clovis Cornillac, lunique personnage de cette pièce donne d’étranges vibrations à l’amour et au désamour de ce contrebassiste pour son encombrant instrument et pour une jeune soprano.

 

Clovis Cornillac suit avec humour sa partition de comédien, lui donne de la légèreté avec des digressions gestuelles, des apartés qui signent son interprétation. Certains passages jaillissent comme des improvisations qui font briller et résonner des moments forts : lorsqu’il réchauffe la basse avec son manteau, ou interroge sur l’opportunité de programmer Wagner au festival d’Orange, ou dérape sur Mozart, (« musicien très surestimé ! ») et autres compositeurs qui donnent si peu de place à la contrebasse !

Théâtre

Il fait rire avec des détails spécifiques au milieu de la Musique, de son titre de fonctionnaire, musicien raté, de son statut de membre du Grand orchestre National, ou commente le comportement des chanteurs célèbres avec les jeunes chanteuses, la vie des musiciens en tournée auxquels il mêle ses rêves pour une jeune soprano, ses déboires. Sa vie défile, ses manques et ses regrets, tout s’entremêle et finit par tourner en boucle sur une idée fixe : Sarah ; comme un manège qui pourrait dérailler.

La musique, avec des extraits d’œuvres est toujours présente, elle soutient ou illustre ses propos, elle fait chair avec le contrebassiste qui vit, travaille, répète chaque jour ou attend devant le téléphone, mais se ronge de solitude.

Le décor de Jean-Pierre Laporte s’accorde à cet huis clos. Une pièce super isolée des bruits de l’extérieur, moins cependant au harcèlement des voisins sensibles aux sons mezzo forte ou fortissimo. Mur gris et hauts, comme ceux d’une prison, avec un rangement étrangement maniaque, des portes ouvrant sur des étagères chargées de disques, dont une place d’honneur pour l’archet vénéré. Et surtout double présence, la belle contrebasse du musicien et un canapé où le comédien s’assied seul souvent, monologue, s’imagine avec la jeune soprano Sarah. C’est dans cet espace que le contrebassiste, en pleine solitude, bascule dans le délire. Clovis Cornillac est très convaincant dans ce duel ambivalent auquel il apporte étrangeté, fantaisie et sensibilité. Le final reste ouvert à l’interprétation de chacun avec une belle sortie de scène en musique et en images.


Brigitte Chéry


Créé au Théâtre National de Nice : représentations du 18 janvier au 2 février2013, Renseignements 04 93 13 90 90

Vidéo : Paulo Correia, Costumes Nathalie Bérard-Benoin

Conseils de Philippe Noharet, contrebassiste à l’Opéra de Paris

La Contrebasse part en tournée quasiment sans interruption du 3 février jusqu’au 19 mai