MACHA MAKEIEFF ouvre sous le signe de la diversité sa première saison à Marseille, au TNM La Criée

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Mardi, 20 Novembre 2012 08:38

« Je ne crois qu’au décloisonnement et à ce que nous apportent les autres. C’est la relation que j’ai avec cette ville qui passe à travers ce théâtre».

 

 

Macha Makeieff

Marseille, c’est une ville que vous avez quitté, pour mieux y revenir peut être ?

Je ne sais pas, le destin est une chose mystérieuse. On ne sait pas pourquoi on se trouve là. C'est vrai que j’ai quitté cette ville qui ne vous retient pas à la fin de l’adolescence. Comme artiste, on est d’une certaine façon de nulle part. On se frotte à tant de choses différentes et c’est ce qui s’est passé pour moi. Revenir ici, c’est assez bouleversant. Ça a beaucoup de force, ça a du sens et ce n’est pas un épisode ordinaire de ma vie. C’est également un événement artistique puissant. C’est la relation que j’ai avec cette ville qui passe au travers de ce théâtre.


Avec un regard d’artiste toutefois ?

J’allais dire que c’est la seule chose qui compte. C’est la clé de tout bien sûr. C’est dans cette ville que j’ai eu mes premiers émois artistiques. Donc, il y a un retournement des choses très émouvant et, je l’espère, tonique, créatif. Il y a de l’affect.


Une nouvelle saison que vous qualifiez de mise à feu. Pourquoi ce terme ?

Parce que je voulais vraiment que l’on sente qu’il y avait comme un feu d’artifice, que quelque chose démarrait. Un théâtre c’est comme un grand navire. Les moteurs sont en marche et la traversée commence. C’est un peu la nave va. Il fallait commencer par une vraie réjouissance, un vrai contact.


Cette nouvelle saison est également marquée par un événement important : Marseille Provence 2013. Comment le percevez-vous ?

Avec beaucoup d’enthousiasme ! Ça commence lorsque je me promène dans cette ville sans dessus-dessous, qui s’embellit, se transforme et, ce faisant, transforme notre façon d’y être. Je trouve cela formidable. Du coup, je pense que nos propositions doivent être à la hauteur pour répondre à cet élan qui traverse la ville. Bien sûr MP2013 est à cheval sur deux saisons théâtrales. C'est drôlement intéressant au niveau du souffle de connaître les équipes. On a travaillé ensemble. Ce sera La grande clameur à laquelle nous participons à travers un atelier où seront enregistrées les voix du public, des spectateurs pour nourrir la grande clameur jusqu’à des échanges théâtraux en collaboration avec MP2013. Etant partie prenante, nous avons un devoir d’enthousiasme. Je crois que c’est une grande chance pour cette ville qui va en ressortir beaucoup plus forte.

Une nouvelle création Macha Makeieff sur le thème des Mille et Une Nuits, dans le cadre de cette année 2013 capitale européenne de la Culture.

Nous reprenons tout d’abord les Apaches pour trois représentations. C’est très important pour la troupe d’y revenir, surtout parce que le spectacle a évolué. Je suis vraiment à l’école de Jacques Tati. Donc, j’aime beaucoup revenir sur le travail artistique dans la durée. Les artistes qui ont exercé leur art sont meilleurs, plus à l’aise. Le spectacle lui-même devient plus fort, plus fluide. Nous sommes très heureux de revenir à La Criée après une tournée. Et, puis il y aura en collaboration avec MP2013, Ali Baba, une création avec 11 acteurs dont des chanteurs. Quelque chose de très visuel, de très musical et où à travers une fable, il se dit, mine de rien, des choses assez profondes. Un spectacle en écho avec les Mille et Une Nuits de Preljocaj, également présentées sur notre scène, de même qu’une reprise de Helikopter.


Puisque nous parlons danse : la nouvelle saison à la Criée est marquée par une ouverture vers des domaines qui n’étaient pas les terrains de prédilection du Théâtre National de Marseille, comme justement la danse et également la musique.

La Criée c’est un très grand plateau dans une ville constitué de publics de cultures très diverses. Nous devions donc offrir aussi de la diversité, des formes artistiques très différentes et très surprenantes. La localisation géographique de notre maison de théâtre, sur le port, dans le centre historique de Marseille a un vrai pouvoir d’attraction. Nous avons le devoir de faire converger non seulement les meilleurs artistes de la ville et de la région mais aussi de faire venir des publics différents. Là où nous sommes, nous devons avoir un rayonnement car nous sommes le Théâtre National de Marseille. C’est très important d’être rayonnants, dans tous les sens du terme et d’accueillir de grands artistes. Le mélange des genres est également important. Le fait que l’on puisse arriver au Théâtre par la musique, par un spectacle moins intimidant que le théâtre lui-même en venant voir un spectacle de danse ou de magie permet, tout à coup, de s’approprier cet endroit. Ce seront par exemple les concerts d’ouverture qui lient théâtre et musique à travers des musiciens comme Le Velvet de Rodolphe Burger ou encore les TigerLillies ; également, l’intégrale des Nocturnes de Chopin par Marie-Josèphe Jude au piano ou encore le Wu-Wei Vivaldi qui verra onze acrobates chinois et huit musiciens du Balkan Baroque Band revisiter avec passion Les Quatres Saisons de Vivaldi ; mais aussi Miss Knife chanté par Olivier Py ou encore Istanbul de Jordi Savall et Antonia Zambujo, étoile montante du fado et son Quinto.

Ce qui m’importe c'est que de nouveaux publics s’approprient le théâtre et se disent que La Criée leur appartient. C’est pour cela que j’ai transformé le hall qui, pour moi, est réellement un lieu artistique et de contact. Dans ce hall, on pourra voir des images, des œuvres, s’y sentir bien et, éventuellement, acheter un billet. Je pense qu’il faut qu’on soit un lieu ouvert et généreux là dans la ville. C’est essentiel.


Une ouverture également sur des structures voisines en ville et dans les grandes voisines comme par exemple le Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron à travers la création de la Folle Journée de la Criée.

Nous avons établi un lien très fort avec la Roque d’Anthéron. Nikolai Lugansky et Adam Laloum seront donc présents sur le plateau de La Criée en janvier et avril prochain.

Nous avons dans cette région des choses absolument magnifiques, des grands festivals. Nous aurons sur le plateau de la Criée des récitals qui viennent du Festival d’Aix en Provence. Le Festival de Clermont-Ferrand nous proposera également du sur mesure. Il y a dans cette région des gens formidables. Notre théâtre fait également partie du rayonnement de cette région. C’est vraiment notre projet.


Une recherche de nouveaux publics à laquelle vous intégrez également le jeune public qui, bien souvent, n’est pas ou peu convié.

Oui, il y a beaucoup de propositions pour le jeune public notamment les adolescents qui sont notre public de demain. C’est une cible difficile, exigeante, mais, quand on réussit à étonner et accrocher ce public là, c’est magnifique. Et puis, il y a aussi ce que l’on appelle les publics empêchés qui nécessitent un travail de fond. Nous n’avons pas de baguette magique et ne faisons pas d’effet d’annonce, mais sachez que toute l’équipe travaille énormément avec des associations, des écoles, des professeurs admirables pour faire venir des enfants et des adultes qui ne connaissent pas le chemin du théâtre.


La Criée propose également cette année un festival de la pensée contemporaine Pop philosophie.

Ce théâtre doit être le forum de l’intelligence, de toutes les intelligences qui passent par la fantaisie, des débats, des conférences. Il peut y avoir des universitaires, mais nous recevrons également les Rencontres de l’Autre Rive, quatre grandes conférences de pré-figuration du Mucem, ce qui établit un lien très fort. Toutes les formes de l’intelligence doivent circuler dans notre théâtre tel qu’il est situé. C’est un bonheur quand cela existe. Pour les artistes c’est un enrichissement incroyable. Je déteste le cloisonnement, je déteste l’idée que les théâtreux soient avec les théâtreux, les musiciens avec les musiciens, les penseurs avec les penseurs. Que nous, comédiens, après une répétition, allions écouter une conférence sur l’art, sur la philosophie, ça nous régénère. C’est aussi d’autres publics qui arrivent et qui vont venir à un spectacle par la philosophie. Cette circulation là est importante. Je ne crois qu’à cela, au décloisonnement et à ce que nous apportent les autres.


Propos recueillis par Geneviève Chapdeville Philbert



 

Théâtre National de Marseille La Criée

Saison 2012 - 2013

Quelques suggestions  jusqu’en décembre 2012 :

Les Apaches – un spectacle de Macha Makeieff – 15, 16 et 17 novembre

Intégrale des Nocturnes de Chopin – Marie-Josèphe Jude – 19 novembre

Wu-Wei – onze acrobates chinois et huit musiciens du Balkan Baroque Band revisitent avec passion Les Quatre Saisons de Vivaldi

MissKnife chante Olivier Py – 27 novembre

De beaux lendemains – d’après Russel Banks adapté et mis en scène par Emmanuel Meirieu – 20 et 30 novembre

La Folle Criée MozartHaydn – 1er décembre

Jordi Savall – Istanbul – 4 décembre

Soirées transfert – Conférences imagées par Andreas Mayer – un voyage improbable et argumenté à travers l’histoire de la psychanalyse

La vie est un rêve de Pedro Calderon de la Barca mise en scène de Jacques Vincey – 6, 7 et 8 décembre

WonderfulWorld de Nathalie Béasse – Cinq hommes complices mais seuls, debout mais meurtris – 11 et 12 décembre

Vincent Delerm – Memory – 14 décembre

Titanic – Ballet National de Marseille – du 18 au 22 décembre

www.theatre-lacriee.com