Le Ballet National de Marseille fait sa rentrée

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Jeudi, 04 Octobre 2012 10:12

Belle soirée de rentrée au BNM autour d’un triptyque qui réunissait Gabor Halàsz, Yasuyuki Yendo et Emmanuel Gat avec peut être pour fil conducteur une recherche de la liberté et d’un réalisation de soi.

 

 

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« Toutes nos actions ont le même effet qu'une goutte d'eau à la surface d'un lac. Elle se répand. S'il y a des millions de gouttes de la part d'un même individu, le quotidien ressemble à un lac sous la pluie. Cela permet de réaliser le fait que toutes les actions débutent par un état pacifique et doivent revenir vers cette paix. » explique Gabor Halasz. Le solo Burning Flames pourrait être vu comme un processus de résilience. De l’homme en méditation en position de lotus, pénétré dans son dos par un circulaire mal rouge, évocation peut être d’un cancer. Cercle rouge qui devient noir, volumineux pour devenir une tâche mouvante qui pénètre le corps de son homme et, en se rétrécissant, disparaît dans le corps, à plusieurs reprises ; qui produit le mouvement ; qui amène cet homme à la gesticulation, associé au balancement circulaire d’un objet cylindrique pendu au bout d’un fil dans le dos de l’homme ; qui va se débattre, jusqu’à l’acceptation de ce mal ; qui lui en donnera l’issue. Le solo est rythmé d’une bande son qui, d’une évocation tibétaine vient se fondre dans le son des cornemuses d’où émergeront des percussions jusqu’au bruit de bottes lourdes avant d’arriver à une sonorité électro-acoustique.

"Burn in flames" est une pièce issue des recherches engagées par Gabor Halasz autour de la pensée bouddhiste. En s'imprégnant de la philosophie et des mots de Gautama le Bouddha, il trouve une source de réflexion et en recueille une approche physique, somatique.

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Recherche de l’accomplissement de soi également dans le trio 3 in passacaglia chorégraphié par Kazayuki Yendo. Deux hommes, une femme s’entrecroisent dans un aller-retour où semblent se mêler désir et impossibilités, rencontres fuyantes et parallèles ne se rencontrant jamais. Instants d’arrêt sans regards partagés. Femme qui finit par suivre sa propre lumière. Passacaglia, du mot italien passagiata. Après le grand succès public de Mayday, Yasuyuki Endo, danseur soliste et assistant de Frédéric Flamand, crée ce trio sur pointes, sur la Passacaglia de Halvorsen d’après un thème de Haendel et revisite, à sa manière , le langage classique et néoclassique.

 

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« Mon style ? C’est la danse que je fais » explique Emmanuel Gat. « Je suis très influencé par la danse classique ou néo-classique, même si je n’en ai pas les bases. Peut-être cela vient-il de la musique ».

Organizing Demons est une pièce tout à la fois raffinée et robuste, sensuelle et audacieuse. Possédant une éducation musicale qui fait si souvent défaut à ses pairs, Emanuel Gat en a profité pour sauter le pas et composer lui-même les fonds sonores qui accompagnent ses chorégraphies. Sa composition, au climat tendu, est toute en contrastes, mais pas toujours d’un égal bonheur. Les inclusions wagnériennes tirées de Tristan und Isolde, étirées en longues plaintes envoûtantes, portent des fragments chorégraphiques de grande beauté. Pertinence de la gestuelle, harmonie qui s’en dégage. Rien ne semble toutefois artificiel, inutile ou vain. Débutant sur des flux et des reflux magnifiques qui emportent les six danseurs d’un côté à l’autre de la scène, la chorégraphie paraît surtout d’une justesse, d’une éloquence, d’une évidence sans réplique, généreuse, complexe, sensuelle et rigoureuse.

Un plaisir pour les yeux autant que pour l’esprit.

 

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« Organizing Demons, comme un genre d’étude, au sens artistique de ce mot, passionnante à observer... interroge la substance chorégraphique en tant que tentative implacable d'organiser le mouvement dans le temps et l'espace, dans le seul but de mettre en évidence notre incapacité à le faire. Cette pièce est une réflexion sur les tensions qui se cachent entre des systèmes prédéterminés et leurs manifestations en temps réel. Elle se concentre et provoque le contact humain, qui donne un sens au jeu des décisions autrement sans vie » explique encore le chorégraphe. Organizing Demons, a été créée à l’occasion du festival suisse Steps dans le cadre d’une coproduction du Ballet national de Marseille et du Pour-cent culturel Migros.

 

Geneviève Chapdeville-Philbert


balletBallet National de Marseille 20, 21 et 22 septembre 2012

Burning flames

GABOR HALÀSZ

Chorégraphie et interprétation : Gabor HALASZ

Vidéo : Jean-Christophe AUBERT

Musiques : Monks of the Dip - Tse Chok

Créé le 25 février 2012 au Festival Les Hivernales

solo/ 19 mn


3 in passacaglia [creation]

YASUYUKI ENDO

Musiques : HAENDEL - HALVORSEN

Créé le 21 septembre 2012 au BNM

trio/10 mn


ORGANIZING DEMONS

EMANUEL GAT

Assistant chorégraphique Michael LÖHR

Musique, Lumières, Costumes Emanuel GAT

Assistant technique Samson MILCENT

Ballet pour 6 danseurs du BNM/30 mn

Création mondiale le 23 avril 2012 à Lugano (CH), dans le cadre de STEPS#13


www.ballet-de-marseille.com