Un Otello à écouter à Toulon !

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Vendredi, 29 Juin 2012 00:48

Pour clôturer sa saison 2011-2012, l’opéra de Toulon proposait une production d’Otello de Verdi, venue de Trieste. Elle évolue dans le décor unique de Pier Paolo Bisleri, un palais classique gris avec un sol en miroir, décoratif et chic malgré d’insipides éclairages de Luraj Saleri. Seuls les costumes somptueux de Chiara Barichello avec une touche d’exotisme oriental, à l’image de cette colonie vénitienne de Chypre, apportent une connotation réaliste à la tragédie.

 

 

Otello

La mise en scène de Giulio Ciabatti se veut lisible. Elle nous est apparue sommaire, voire inexistante. Le metteur en scène semble avoir eu la plus grande difficulté à régler les entrées et les sorties des masses. Les solistes semblent livrés à eux-mêmes sur scène. On tient là un sous-Pizzi démuni de tout talent.

Heureusement, en fermant les yeux, notre bonheur est venu de la fosse et de la distribution, toutes deux dignes d’éloges. L’orchestre et le chœur étaient dans une forme éclatante pour servir au mieux ce chef d’œuvre. Le maestro Giuliano Carella transcende ses forces musicales pour nous livrer une lecture particulièrement aboutie, fascinante et passionnée de l’ouvrage. Tel un peintre qui se nourrit des couleurs, des nuances de la partition il nous conduit dans les meilleures conditions au paroxysme final.

Otello

Sur scène, le ténor Marius Vlad récemment entendu sur la scène phocéenne en Manrico est un Maure crédible, tant sur le plan scénique que vocal. Il négocie avec intelligence tous les écueils vocaux du rôle. Son chant est puissant, juste et il apparaît comme un maure blessé et pathétique. Sa voix ne possède pas une étoffe particulièrement riche mais il parcourt le rôle avec une telle aisance qu’il balaie toute réserve. Il a aucun mal à faire oublier son compatriote Corneliu Murgu dernier maure sur cette même scène, il y a déjà quelques années. En l’écoutant, on songe à James Mac Cracken qui fût un immense Otello en son temps !

À ses côtés, la Desdemone d’Hiromi Omura, ancienne pensionnaire du Cnipal, est une belle découverte. Elle prête son immense format vocal au rôle. Le timbre est lumineux et il y a une telle émotion dans son chant, au service d’un réel engagement scénique. Elle est une Desdémone particulièrement émouvante, notamment au quatrième acte où elle nous livre d’admirables aigus filés.

Otello

Bien que perturbé par un rhume, Alberto Mastromarino possède toute la duplicité nécessaire au personnage de Lago. Après un démarrage difficile, il parvient à trouver ses marques en Lago et va s’améliorant jusqu’à la fin.

Enfin, signalons l’excellent Cassio de Stanislas de Barbeyrac qui n’en finit plus de nous surprendre par l’intelligence de son chant et une belle prestance scénique. Ce jeune ténor est une valeur sûre à suivre dans les années à venir.

L’Emilia de Nona Javakhidzé, le Lodovico de Frédéric Caton, le Roderigo de Giorgio Trucco et le Montano de Nika Guliashvilli sont tous exemplaires.

Avec cet otello, on gardera longuement en mémoire une des lectures d’ensemble parmi les plus réussies et convaincantes que nous ayons entendu de cet ouvrage. Viva

le Maestro Giuliano Carella, Viva Verdi !

Otello

Serge Alexandre

Un extrait du monologue final d’Otello avec Marius Vlad à l’Opéra de Cluj en 2008 :

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www.operadetoulon.fr