FESTIVAL DES MANCA / DE PROCHE EN PROCHE

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Lundi, 09 Novembre 2015 13:37

Chaque année, en novembre, les MANCA proposent le festival du merveilleux, soit, si on se réfère à l’étymologie du mot, de ce qui étonne et qu’on admire. Les MANCA offrent une musique inhabituelle à laquelle les oreilles doivent s’accoutumer pour pouvoir l’apprécier. Comme les yeux ont dû s’habituer à l’évolution de la peinture dès lors que, avec l’invention de la photographie, il ne lui était plus imposé de reproduire un modèle mais qu’elle pouvait aller au-delà. La musique à son tour se transforme avec les possibilités offertes par la technologie de nouveaux instruments électroacoustiques.

 

 

Affiche

Depuis quinze ans directeur du CIRM à Nice – l’un des six Centres Nationaux de Création Musicale en France -, François Paris est aussi le directeur artistique des MANCA. En choisissant la programmation du Festival, il offre à un public averti et confiant de découvrir quelques œuvres de musique contemporaine sous des approches différentes.

MANCA

Si inscrire un mouvement continu dans la permanence du propos artistique est la devise du Festival, c’est qu’une certaine manière de programmer le caractérise. Doté d’une vision personnelle de la transmission, François Paris invite son auditoire à découvrir un univers encore marginalisé en recherchant une diversité expérimentale d’une rare exigence. Son intention serait de créer des conditions d’approche entre la musique et le public. C’est ce que signifie l’intitulé de l’année De proche en proche, accentué par l’affiche qui montre un énorme aimant attirant des idées ainsi transportées de lieu en lieu, de proche en proche, telle une contagion.

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En proposant une sélection belle et audacieuse, le Festival des MANCA invite à une fête de musique contemporaine qui intéresse tous les publics et assure un succès trans-générationnel et transculturel pour cette musique qui, depuis le siècle dernier, pénètre sur la pointe des pieds et des oreilles dans les salles et les médias. La technologie informatique dynamise le rapport direct avec le son, en apportant du nouveau dans le langage musical. Reste à chacun de se faire son idée sur les dissonances absolues et une nouvelle manière d’organiser les sons, quitte à être parfois dérouté. Même si les dissonances n’offrent pas à l’auditeur un repos qu’il éprouve dans l’harmonie traditionnelle, le rapport des sons entraîne de la part du public un effort pour s’habituer à une manière de les accorder. Tous ces instruments constituent une polyphonie de timbres diversifiés et de vraies symphonies aux proportions vastes et justes. L’extraordinaire texture et la maîtrise formelle de cette musique prouvent un réel travail d’écriture et on aurait tort de voir les compositeurs comme des bricoleurs de sons. Bien évidemment, il restera toujours un public récalcitrant pour émettre des résistances en s’abritant sous une large chape de préjugés.

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Dans des lieux dispersés de Nice à Monaco en passant par Carros, sont programmés de multiples concerts variés et des conférences enrichissantes. Ainsi, au Théâtre Jacques Prévert de Carros, sera présenté un spectacle chorégraphique de Laurence Marthouret sur une création musicale de Patrick Marcland : les mouvements de la danse accentuant une musique de songes, une musique de sortilèges intitulée Meltem , ce puissant vent des Cyclades. Au Conservatoire de Nice, un récital de piano de Stéphanos Thomopoulos qui interprétera des oeuvres de Béla Bartok et de George Crumb. Ce lieu d’études de futurs compositeurs niçois leur réservera deux soirées pour leurs créations de musiques électroacoustiques ainsi qu’à des élèves d’Universités du Royaume-Uni. Ce même pays sera présent dans le choix d’un poème de William Blake qui donne son titre Burning  Bright à l’oeuvre fracassante d’Hugues Dufourt, avec les gongs et les tambours des Percussions de Strasbourg, au TNN. Au Théâtre Francis Gag, l’Orchestre Philharmonique de Nice interprétera sous la direction de Mark Foster des créations de Michel Pascal et de jeunes compositeurs chinois, car le CIRM poursuit comme l’an dernier des échanges avec le Conservatoire de Shanghai. A la Villa Paloma à Monaco, Gaël Navard interprétera lui-même en live sa composition très planante qui devrait nous entraîner sur l’exoplanète Kepler-186F située à près de 500 années lumières de notre Terre.

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Très attendus, deux opéras pour une seule voix : Phèdre de Yannis Ritsos avec une scénographie d’Enrico Bagnoli et sur une musique de Marianne Pousseur qui en sera l’interprète. Et enfin, un moment d’exception avec Nathalie Dessay qui reviendra sur la scène de l’Opéra de Nice pour chanter et réciter un texte de Claude Esteban inspiré par les tableaux d’Edward Hopper.

Avec cette sélection, François Paris a joué la carte de la diversité, de la recherche, et, pourquoi pas, de la difficulté, car il fallait s’aventurer à programmer des oeuvres aussi variées et radicales qui feront la richesse de cette édition. Des oeuvres qui provoquent simultanément des surprises et des attentes, en suscitant l’imprévu. Il suffit, maintenant, de se laisser séduire !


Caroline Boudet-Lefort

Du 14 au 24 novembre 2015