Nice Jazz Festival : toutes les musiques afro américaines

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Mardi, 07 Juillet 2015 17:05

Pour sa cinquième édition dans les jardins Masséna, le Nice Jazz Festival semble avoir réussi à donner une image cohérente de lui même. Jusqu'ici tiraillé entre son glorieux passé, la Grande Parade du Jazz, et la tentation de s'ouvrir à une musique de variété censée attirer du monde, il s'est recentré logiquement sur ses fondamentaux : la « great black music ». Le Nice Jazz Festival se présente désormais comme une manifestation dévolue aux divers aspects de la musique noire américaine : jazz, blues, funk, negro spiritual, rhythm and blues, soul, hip-hop, etc.

 

Le jazz principalement vocal se taille la part du lion.

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Une forte délégation de chanteurs

Le Nice Jazz Festival a fait appel à des chanteurs de jazz familiers des scènes niçoises et qui ont chacun la particularité de venir pour célébrer un artiste disparu. Démarche artistique ou marketing des labels?

Kurt Elling, accompagné de son quartet (1) vient présenter son onzième disque « Passion World » qui illustre son goût pour l'éclectisme. Parmi les compositions de cet album, on remarque des œuvres de Johannes Brahms, Arturo Sandoval, Pat Metheny et Richard Galliano.

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Jamie Cullum, dans son récent CD « Interlude »a rendu hommage à quelques divinités de son panthéon personnel (Ray Charles, Sarah Vaughan, Jon Hendricks Nina Simone, etc.). Il saura nous séduire autant par le charme adolescent de sa voix que par l'aisance de son phrasé qui évoque le grand Sinatra, modèle du pétulant britannique.

Hugh Colman, autre citoyen de sa gracieuse majesté, a abandonne provisoirement (?) son répertoire habituel orienté pop -folk. Avec son quartet (2), il interprétera celui d'un séducteur à la voix de velours, Nat King Cole.

Le pianiste Eric Legnini, ses chanteuses Sandra Nkaké et Kellylee Evans ainsi que ses instrumentistes (3) feront revivre la période la plus féconde de la carrière de Ray Charles à la fin des années cinquante quand the genius créait « What'd I Say », « It's All Right », « Hallelujah I Love Her So », « I Want to Know », etc.

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José James qui avait fait forte impression lors de sa dernière prestation au Nice Jazz Festival en 2013 peut exceller dans n'importe quel domaine de la musique noire. Il revient cette année pour rendre hommage à celle qui l'a toujours inspiré : Lady Day (4).


Le trio, formule reine

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Le trio piano - basse - batterie sera particulièrement à l'honneur. La scène du théâtre de verdure accueillera quelques éminents représentants de ce style. Parmi eux, Brad Mehldau (5) qui, en toute simplicité, dénomma ses premiers enregistrements, entre 1995 et 2001, « The art of te trio ». Il sera accompagné par ses fidèles compères (depuis 2005), Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie). Une des originalités des improvisations de Mehldau est de s'inspirer de toutes les musiques. Il tire le meilleur parti des standards du jazz, de la musique classique, de la pop et en particulier des chansons qu'il écoutait quand il était adolescent : Radiohead, Nick Drake, Oasis, Paul Simon, Nirvana, etc (6)

Le pianiste Kenny Baron viendra également en trio (7). Ce musicien de légende, né en 1943, a débuté sa carrière en 1962 comme membre de l'orchestre de Dizzy Gillespie. Il a accompagné les plus grands (Ron Carter, Ella Fitzgerald, Yusef Lateef, James Moody, Roy Haynes, Elvin Jones, etc.). Au coté de Stan Getz, dans les dernières années de la vie de ce dernier, il a gravé quelques chefs d’œuvre ("Anniversary", "Serenity", "Bossas & Ballads - The Lost Sessions"). Il est à l'aise dans tous les styles, avec une prédilection pour la musique brésilienne et en petites formations, du solo au quintet. Depuis quelques années, il privilégie le duo (8). A Nice, son trio sera composé du batteur Johnathan Blake, membre entre autres du Mingus Big Band et du bassiste Kiyoshi Kitagawa, compagnon de route de Baron depuis plus de dix ans.

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Le Nice Jazz Festival ne serait pas réussi sans représentant(s) de la très vivant scène israélienne. Après Avishai Cohen en 2011, Omer Avitale et Shai Maetro en 2013 ainsi qu'Eli Digibri en 2014, voici le trio du pianiste Omer Klein (9).

Né en 1982, formé dans le prestigieux lycée d'art Thelma-Yelline à Givataïm, établissement fréquenté par nombre de musiciens cités plus haut, il a continué son apprentissage à Boston auprès de Danilo Perez et à New York pour finir par s'installer à Düsseldorf (Allemagne).

Adepte d'une ligne mélodique claire et doté d'un jeu énergique, il aime s'inspirer de chansons traditionnelles séfarades.

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Parmi les rares jazzmen niçois qui se produiront au Nice Jazz Festival, on pourra écouter le pianiste Fred d'Oelsnitz et ses compagnons (10). Ce trio rodé et soudé a développé un imaginaire sonore original qu'il a fait partager récemment aux spectateurs de la galerie Depardieu et du Forum Nice Nord. C'est en qualité de vainqueur du Tremplin 2014 que le groupe a été invité à faire l'ouverture du théâtre de verdure


Le saxo oublié

Pour une raison inconnue, les programmateurs du Festival ont omis de faire appel aux souffleurs. Les exception sont un trio de new-yorkais, un saxophoniste de légende et un trompettiste.

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La scène Masséna s'ouvrira par le show de Too Many Zooz (11), brass band composé de trois membres. Leur prestation dans la station de métro d'Union Square à New-York a beaucoup circulé sur Internet ces deux dernières années. Depuis, le groupe a quitté l'underground pour les scènes des festivals européens. Les niçois pourront découvrir, à leur tour, ce funk tonique aux accents de Nouvelle-Orléans.

On retrouvera avec plaisir le quartet du vétéran Charles Lloyd (12) qui entame à Nice une longue tournée estivale en Europe. Il est familier de Nice. Nous l'avions découvert à Cimiez au début des années quatre vingt en compagnie de Michel Petrucciani. Depuis plus de trente ans, il vient régulièrement nous proposer ses ballades subtiles teintée de new age californien et ses improvisations aériennes et inspirées.

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Deux jours plus tard, sur la même scène Jason Moran accompagnateur régulier de Charles Lloyd et son groupe (13) viendra interpréter la musique de Fats Waller. Dans son groupe brille particulièrement le trompettiste Leron Thomas. Le mot « interpréter » doit être pris dans son sens le plus large. Jason Moran ne manquera pas d'évoquer l'humour et la vitalité du créateur de «"Ain't Misbehavin' » en utilisant tout ce que la technique actuelle permet, notamment le sampling. Normalement, le public devrait danser lors de ce show.


Magie des duos

La formule du duo qu'il soit éphémère ou permanent, convient au cadre intime du théâtre de verdure.

La rencontre entre le pianiste cubain Roberto Fonseca et la chanteuse Fatouma Diawara (16) est celle d'une musique savante avec une tradition orale (ici le chant wassoulou). Elle a donné naissance à d'autres expériences réussies, par exemple, le groupe Afrocubism.

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Dans le même registre caribéen, les deux filles jumelles de Anga Dias défunt percussionniste du Buena Vista Social Club ont formé un duo vocal, Ibeyi (15), qui est une des révélations de l'année. Accompagnées par le piano de l'une et les percussions de l'autre, elles chantent en anglais ou yoruba des mélodies mélancoliques où il est question de mort et de disparition.

L'association du pianiste Gregory Privat au percussionniste Sonny Troupé produit une musique pleine d'invention au rythme du tambour ka. Laissons ces deux natifs des Antilles nous guider dans dans cet excitant voyage aux Caraïbes.

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Andrea Motis, la jeune et fougueuse chanteuse et trompettiste de Barcelone a rencontré un vieux routier du jazz espagnol, Joan Chamarro (16), et cela donne une musique pleine d'énergie et de feeling qui bouscule et dépoussière quelques standards.


Épilogue : Masséna sous l'emprise de la soul music

La « grande »scène Masséna sera dévolue à tous les courants de la grande musique noire américaine, du rap au gospel. Nous avons particulièrement retenu quelques personnalités qui ne manqueront pas d'enflammer cette scène.

La sculpturale Liv Warfield (17), produite par Prince, et son orchestre riche en cuivres incarneront une R and B énergique et authentique.

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La mythique Lauryn Hill (18) dont les prestations scéniques et les enregistrements sont rares est donc très attendue. Sa palette est large. Elle peut tout aussi bien interpréter des chansons de Bob Marley que celles de Nina Simone…

Enfin, Kool and the Gang (19) et Larry Graham (20) seront chacun les dignes représentants du funk que les premiers défendent depuis 1964 et le second depuis 1967.


Bernard Boyer


(1) Théâtre de verdure le 7 juillet. Gary Versace : piano & orgue / John Mclean : guitare / Clark Sommers : basse / Bryan Carter : batterie.

(2) Théâtre de verdure le 10 juillet. Thomas Naim : Guitare / Gael Rakotondrabe : Piano / Laurent Vernerey : Bass / Raphael Chassin – batterie.

(3) Théâtre de verdure le 10 juillet.Eric Legnini : piano, Fender Rhodes, clavinet / Sandra Nkaké : voix / Kellylee Evans : voix / Daniel Romeo : basse / Franck Agulhon : batterie / Boris Pokora : saxophone ténor, flûte / Quentin Ghomari : trompette / Jerry Edwards : trombone

(4) Théâtre de verdure le 7 juillet. José James : voix, guitare / Solomon Dorsey : basse / Takeshi Ohbayashi : Piano / Ryan Lee : batterie.

(5) Théâtre de verdure le 7 juillet.

(6) Écouter à ce sujet les 10 émissions que lui a consacré au début du mios de juin Alex Duthil dans « Open jazz » Sur France Musique,http://www.francemusique.fr/emission/open-jazz.

(7) Théâtre de verdure le 8 juillet.

(8) The Art of Conversation, Kenny Barron & Dave Holland, Impulse, 2014.

(9) Théâtre de verdure le 7 juillet, Omer Klein: piano / Martin Gjakonovski: basse / Amir Bresler: batterie.

(10) Théâtre de verdure le 7 juillet, Fred d'Oeslnitz: piano / François Gallix: basse / Stéphane Foucher : batterie.

(11) : Matt Doe : trompette / Leo P : saxophone baryton / King of Sludge : grosse caisse.

(12) Théâtre de verdure le 8 juillet Charles Lloyd : sax / Gerald Clayton : piano / Joe Sanders : contrebasse / Kendrick Scott : batterie.

(13) Théâtre de verdure le 11 juillet. Jason Moran : piano / Lisa E. Harris : voix / Leron Thomas : trompette / Tarus Mateen : basse / Charles Haynes : batterie.

(14) Théâtre de verdure le 11 juillet. Fatoumata Diawara : voix et guitare, Roberto Fonseca: piano, claviers et voix / Ramses Rodriguez: batterie / Yandi Martinez : basse et contrebasse / Drissa Sidibé: kamale et ngoni / Sekou Bah: guitare et voix

(15) Scène Masséna le 11 juillet, Lisa Kaindé Diaz : piano, voix / Naomi Diaz : batterie, voix

(16) Théâtre de verdure le 11 juillet. Andrea Motis : chant, sax et trompette / Joan Chamarro : chant, sax et contrebasse / Ignasi Terraza: piano et orgue Hammond / Josep Traver : guitare / Esteve Pi : batterie

(17) Scène Masséna le 10 juillet Liv Warfield : voix / Ryan Waters : guitare / Uriah Duffy : basse / Chris Turner : claviers / Taron Lockett : batterie / Ashley Minnieweather : chœurs / Marcus Anderson : sax / Adrienne Crutchfield : sax / Lynn Grissett Jr. : trompette / James Morton : trombone

(18) Scène Masséna le 9 juillet

(19) Scène Masséna le 12 juillet

(20) Scène Masséna le 11 juillet, Larry Graham  basse et voix / Ashling Cole  funk box et voix / Wilton Rabb  guitare et voix / Jimmy Mc Kinney  claviers et voix / Dave Council claviers et voix / Brian Braziel  claviers et voix.