« Le grand retour » d’Alexandre Slavoutski au Toursky-Marseille

Imprimer

Jeudi, 26 Mars 2015 00:00

Après Les Fourberies de Scapin, les Œufs fatidiques, La Dame de Pique, Le violon sur le toit, Gloumov en 2012 ; et après La Ceriseraie, Ô combien Ovationné au Tourky...lors de ces deux dernières représentations ; dans la foulée, ce metteur en scène et adaptateur nous est revenu avec aussi dans « Sa Botte Secrète », le chef d’œuvre de Tchekhov, inaugurant en troisième soirée, l’ouverture du : « Festival Russe 2015 – Un Spécial 20 Ans » dans ce théâtre, l’un des phares culturels de l’hexagone, dont son directeur emblématique, Richard Martin, ne peut que s’enorgueillir !

 

Deux monstres sacrés, défenseurs et ambassadeurs de l’art et la culture qui malgré la crise, les tensions géo-politiques ont des points communs : amour– fraternité. Des liens tellement fort qui, par leur notoriété, leur charisme, renforcent encore plus que jamais l'amitié entre la France et la Russie, deux pays à richesse culturelle. Le consulat général de Russie à Marseille, représenté par son consul Daniil Boltaks, qui depuis sa création, a ardemment soutenu ce festival unique en France... Leur vitrine ! Notre point d’orgue ! Un honneur et une fierté pour leur pays...

Spectacle

« Alexandre Le Grand »

Alexandre Slavoutski, directeur du Théâtre Académique Dramatique d’État Russe de Kazan, est aussi l’un des phares culturel de la Russie jusqu’au Kremlin de par son statut de Député Parlementaire. Un homme incontournable, très apprécié et respecté qui, à contrario de Richard Martin, peut faire entendre sa voix afin de soutenir et défendre l’art et la culture (du moins dans sa république). Un homme puissant politiquement parlant qui, lors de sa récente conférence de presse au Toursky, par devant le Consul Daniil Boltaks, a fait allusion aux deux bateaux Mistral non encore livrés par la France, suite à l’embargo lié au conflit Ukrainien... Un souhait de la place rouge, véhiculé par le vent du Nord au Sud.

«Tout se meurt, tout, même les souvenirs ! (...) Même nos sentiments nobles, ils meurent. Après on devient raisonnable. » Fiodor Dostoïevski

 

Spectacle

LE RÊVE DE L’ONCLE (création 2014) d’Alexandre Slavoutsky au Théâtre Académique dramatique d’État Russe de Kazan est une comédie avec une mise en scène époustouflante. Une scénographie d’une originalité rare. Une rythmique effrénée et de perpétuels rebondissements pour cette tragédie-comédie au gré des machinations d’une femme redoutable.

L’action se déroule à Mordassov, une petite ville de province où tout le monde se connaît et où les ragots et les scandales ne manquent pas. L’occupation préférée de ces dames est de cancaner devant une tasse de thé en médisant à qui mieux mieux les unes des autres. Maria Alexandrovna Moskaliova, dame de petite noblesse, est la plus fervente des commères de cette communauté. Ambitieuse, calculatrice, très intelligente et dominatrice, elle sait depuis toujours mener sa barque. Tout le monde la craint, à défaut de la respecter. Après avoir exilé son époux à cause de sa débilité, elle cherche un riche mari pour sa fille Zina et échaude le projet de lui faire épouser le Prince K, un vieil aristocrate ruiné, récemment renfloué par un héritage inattendu. Mais la belle Zina est amoureuse d’un jeune homme pauvre et malade qui aspire à devenir un grand poète. Maria Alexandrovna va alors déployer des trésors d’éloquence et d’ingéniosité pour convaincre sa fille. Cette dernière acceptera-t'elle de suivre les conseils de sa mère ou écoutera-t'elle son cœur ?

L’ascension sociale des unes constituant une menace pour les autres, l’histoire du supposé mariage de Zina avec le Prince soulève bien des passions dans cette petite communauté où l’hypocrisie règne en maîtresse incontestée et où l’on fait tout pour se nuire...

Publiée en 1859, la nouvelle de Fiodor Dostoïevski est la première œuvre à naître de la plume de l’écrivain emblématique du XIXème siècle après silence causé par une arrestation et une peine de dix ans. Alexandre Slavoutski maîtrise parfaitement le rythme de la prose Dostoïevskienne. Il transforme l’ordinaire en un tourbillon d’intrigues, la légèreté vaudevillesque se teinte d’expressionnisme, et l’histoire de Philistins provinciaux se meut en une farce bouffonne à l’ironie dissimulée aussi acerbe que tragique.

Spectacle

Le rideau se lève, (sur-titrage en français) Nous sommes à Mordassov!...

Un décor somptueux avec une scène drapée de voilage rouge et noir transparent, à pans successifs et trois lustres magnifiques d’époque qui éclairent table et chaises. S’en suit une musique douce de Nino Rota, une romance qui accompagne l’entrée en scène de la belle Zina vêtue d’une magnifique robe noire en satin et de sa mère Maria Alexandrovna vêtue d’une robe pourpre ; toutes deux prêtent à recevoir avec grand honneur le Prince K, que tout Mordassov ne rêve que de rentrer dans ses bonnes grâces.

Accompagné par son neveu Mozgliako Pavel Alexandrovitch qui était amoureux de la belle Zina, après plusieurs années d’exil dans l’une de ses propriétés où il vivait reclus ; requinqué financièrement, tout vêtu de blanc digne d’un Prince, il revenait dans cette ville où il avait vécu et eu des aventures...à la conquête dune autre femme.

Sachant que d’autres femmes allaient le convoiter pour leurs filles, sa parente Nastassia Petrovna qui vivait sous son toit depuis de nombreuses années ; Maria, envers et contre tout scandale, à défaut de la respecter ; échafaude son projet de marier sa fille Zina au Prince K ce qui ferait oublier son ancien amour à la jeune fille, lui permettant, dans la foulée, d’échapper à Mozgliakov qui venait de la demander en mariage, et ainsi la mettrait à l’abri financièrement.

Pour convaincre sa fille outrée, Maria déploie des trésors d’éloquence en lui promettant que le mariage ne serait point consommé et qu’elle pourrait dès la mort du Prince, qui ne saurait tarder, se marier avec son amour de jeunesse.

Zina acquiesce et, sous la stratégie de sa mère, réussit à séduire le Prince en lui chantant par deux fois, une romance qui lui faisait rappeler sa jeunesse. Maria, après avoir évoqué de plus un voyage de noces en Espagne, en profite, et force un peu, beaucoup, la main d’une demande en mariage sur le champ, à genoux devant elle. Ce vieil aristocrate s’y plie et accepte.

Spectacle

Dans la bourgade, cela jase et les cancans commencent.

Très persuasive, elle arrive aussi à embobiner Mozgliakov en employant la même argumentation que pour sa fille ; en lui faisant croire de plus qu’il pourrait à la mort de son oncle, monter dans la hiérarchie.

Sûre de son projet, Maria précipite le mariage, Zina se revêt d’une superbe robe blanche.

Sans compter que Nastassia déçue, avait écouté aux portes la conversation entre la mère et la fille, et a permis à Mozgliakov, d’assister en secret aux conciliabules entre elles.

Dans un sursaut de lucidité, comprenant son infortune, il contre-attaque. Le commérage va bon train. Son oncle lui annonce son futur mariage avec Zina, mais il feignait de le savoir. Sachant de de par sa longue absence à Mordassov, son âge, il avait remarqué qu’il avait oublié tous les visages et confondait tout le monde.

Lui vient l’idée de lui faire croire qu’il avait rêvé de que ce rêve allait se poursuivre même s’il pensait que ce fusse vrai, et qu’il ne fallait surtout point tenir compte de ce qu’on pourrait lui dire afin de se marier avec Zina.

Persuadé, il en perd même sa perruque... devant son geste maladroit, il a demandé à son neveu d’en garder le secret.

Arrive le jour « J... »

Ce soir là, tout le monde était là prêt ou prête à déballer sa rancune à l’encontre de Maria (qui ne se doutait de rien...) dont Anna Nikolaïevna Antipova, femme du procureur, son ennemie. Tout est parti du Prince K, qui relate son soit disant rêve...qui finit par agacer Maria, élevant le ton, lui rappelant que ce n'était pas le cas.

Le vieil Aristocrate persiste et là tout s’enchaîne, elle le bouscule, arrache sa perruque, du coup il enlève sa fausse moustache... Son mari Athanase qu’elle avait exilé à cause de sa débilité, le fait revenir pour la circonstance, mais traité plus bas que terre et le suppliant de ne pas ouvrir la bouche tant est grande sa bêtise... sort enfin de son silence. Puis vient le tour de Mozgliakov pour aider son oncle malmené, de Zina qui éprouve du dégoût pour le rôle que sa mère lui a fait jouer et enfin la dizaine de commères de la bourgade, qui étaient venues en rangs serrés pour faire et défaire ce qu’elle voulait faire. Dans la cohue générale, chacun règle aussi ses comptes, les langues se délient...Bref, c’est l’empoignade. Le Prince se fait arracher ses bacantes par Maria, perd ses fausses dents... lui qui avait tout fait pour paraître toujours jeune et élégant, se trouve fort dépourvu lorsqu’il est mis à nu.

Maria vaincu s’effondre sur son fauteuil, lors de cette soirée mémorable où tous se seront ligués contre elle.

Le Prince tout penaud retourne dans ses terres aidé de son neveu ; les commères dans leur chaumière. Puis c’est le silence...

Dix huit plus tard, Zina, apprend la mort du Prince qui peut avant, lui avait écrit une lettre d’amour. Ces mots étaient tellement forts, touchée, elle s’est mise à pleurer.

Une histoire ordinaire en deux actes, de facture classique, admirablement interprétés par tous les acteurs du théâtre de Kazan. On est plus proche du théâtre de boulevard que des grands romans de l’auteur.

Le théâtre dramatique Russe Katchalov de Kazan, le plus ancien au Tatarstan, a été fondé en 1791. Tous les grands comédiens de la Russie ont travaillé sur sa scène. Le répertoire du théâtre se basait toujours sur les œuvres des meilleurs écrivains et dramaturges russes et étrangers : Poutchkine, Gogol, Tchékov, Tolstoï, Dostoievski, Gorki, Boulgakov, Brecht, Dürrenmatt, Schiller, Shakespeare, Albee.

Spectacle

Le théâtre s’est adressé plusieurs fois à tels auteurs comme Dumas-père et Dumas-fils, Hugo, Zola, Balzac, Scribe, Sardou, Molière, Anouilh, Labiche.

Vassili Ivanovitch KATCHALOV, un des coryphées du théâtre d’Art de Moscou, a débuté sur les tréteaux du théâtre de Kazan. Depuis le théâtre porte son nom.

Le théâtre participe souvent aux festivals internationaux, en particulier, à Helsinki (Finlande, 2008), à Vilnius (Lituanie, 1996), au Caire (Egypte, 1996), en Turquie (2010), à Marseille (1997 à 2001 puis 2006, 2012), en Bulgarie et Macédoine (2004), à Kiev (Ukraine, 2011), en République Thèque (2014), à Moscou (1999, 2005, 2011), à Saint-Pétersbourg (2002, 2009).

Alexandre SLAVOUTSKI conclu...

« Le Théâtre pour les hommes » c’est le Credo Artistique de notre troupe. Nous essayons de nous débarrasser des clichés de notre passé, de comprendre l’époque actuelle et, par toute notre activité, pouvoir aider le spectateur à garder sa confiance en bien et en justice...


Pierre ROTOLO


XXème FESTIVAL RUSSE

LE RÊVE DE L’ONCLE d’après Fiodor Dostoïevski

Adaptation théâtrale et mise en scène : Alexandre Slavoutski Scénographe : Alexandre Patrakov - Costumes : Tatiana Vidanova, Alexandre Patrakov Création musicale : Ilia Slavoutski - Musique de Nino Rota Avec : Svetlana Romanova Maria Alexandrovna Moskaliova, Nikolay Chepelev Athanase Matviéitch Moskaliov, époux de Maria Alexandrovna, Nadejda Echkileva Zénaide, Afanassievna Moskaliova, fille de Maria Alexandrovna et d’ Athanase Matviéitch, Guenadiy Prutkov Prince, vieil aristocrate, Marat Goloubev Paul Alexandrovitch Mozgliakov, amoureux de Zénaide Afanassievna, Lidia Ogareva Nastassia Piètrovna, Antonina Ivanova Sophia Petrovna, Elena Galitskaya Anna Nikolaievna Antipova, Tatiana Bouchoueva Felissata Mikhailovna, Irina Tchernavina Louise Karlovna, Irina Vanducheva Praskovia Ilinichna, Igor Skidanov Pakhomutch, Maxime Koudriachev Grichka, Elena Ponomarenko Vieille mère, Anton Katchalov Kazatchok, Ksenia Khramova, Aliona Kozlova Jeunes filles