Jean-Claude Drouot fait revivre dans « Jean Jaurès, une voix, une parole » l'illustre personnage de Jean Jaurès

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Vendredi, 17 Janvier 2014 16:11

Jean Claude Drouot, un acteur protéiforme, endosse au théâtre Toursky le rôle de Jean Jaurès. Il nous raconte la vie de ce grand homme, de son intimité à la vie politique jusqu'à ce funeste 31 juillet 1914, jour de son assassinat, à travers sa correspondance, ses écrits dans les journaux et ses différents discours.

 

Jean-Claude Drouot, est né le 17 décembre 1938 à Lessines (belgique). Cet acteur va s’illustrer au fil des années au théâtre, au cinéma et à la télévision. En 1962, il fait ses débuts, en tant que comédien, dans une tragédie classique : Oreste d'Euripide, mise en scène par Gérard Vergez ; suivis, l’année suivante par ses premiers pas à la télévision en tant que Thierry La Fronde, feuilleton populaire créé pour la télévision par jean-Claude Deret de1963 à 1966. Le grand Ecran accueille Jean-Claude Drouot pour son premier film au cinéma dans « le bonheur » d’Agnès Varda en 1965.

Depuis, le comédien a participé à plus d'une quinzaine de films, trois courts métrages, presque une cinquantaine d'apparitions à la télévision dans des films ou séries télévisées et plus d'une soixantaine de rôle à son actif au théâtre. Son agent artistique le caractérise de proteiforme.

En plus de son travail d'acteur, il a dirigé de 1984 à 1986 le centre dramatique national de Reims, la comédie de Reims et le théâtre national de Belgique à Bruxelles de 1985 à 1990. Il est également directeur artistique de la compagnie Jean-Claude Drouot et metteur en scène de pièces de théâtre.


Drouot

Jean Jaurès, une voix, une Parole

interprétation et mise en scène : Jean-Claude Drouot

Des bruits de chevaux, le moteur de voitures d'époque nous ramène vers la fin du 19e siècle. Ainsi commence cette soirée, mardi 14 janvier 2014 au théâtre Toursky, où nous est dévoilé certains moments clefs de la vie de ce grand homme.

Jean Jaurès entre dans la salle ou plutôt Jean-Claude Drouot métamorphosé en ce géant : costume noir, chapeau noir et même l'habituelle montre à gousset qui orne son gilet.

Jean-Claude Drouot évoque dans un premier temps l'enfance et la vie de Jaurès, un enfant du Tarn (Castres). Il nous fait découvrir les différentes facettes de cet homme. A partir d'une lettre adressée à son ami Charles Salomon, écrit poignant sur la mort de son père, il évoque le Jaurès intime. Puis c'est au tour du Jaurès journaliste lorsqu'il s'adresse, dans la dépêche de Toulouse, aux instituteurs afin de « faire lire les écoliers ». Jean-Claude Drouot, par ses choix de textes, sa voix, sa stature témoignent de la force et de la générosité de cet homme entier, d'un Jaurès tourné vers la république, l'humanité, le socialisme.  « En 1903, il prononce un discours au lycée d'Albi où l'on peut reconnaître certaines tournures reprises par nos politiques d'aujourd'hui » indique Jean-Claude Drouot. Puis est évoqué le premier numéro de l'humanité, son débat contre la peine de mort face à Maurice Barrés et en juillet son discours contre la guerre.

Le spectacle se clôture sur la chanson de Jacques Brel «Jaurès » de 1977.

Drouot

Interviews avec Jean-Claude Drouot

Jocelyne Silvy (JS) : en 2009, vous avez déjà joué Jaurès dans « la valise de Jaurès » de Bruno Fuligni, mis en scène par vous même et aujourd’hui vous incarnez de nouveau de grand homme. Pourquoi ce choix ?

Jean-Claude Drouot (J-C D) : Ce n'est d'ailleurs pas encore fini. Au départ j'avais seulement des connaissances générales sur Jaurès. En 2005, pour la commémoration de la loi de 1905 sur séparation de l’église et de l'état, j’entends parler d'un projet de tournage avec de nombreux amis comme Michael Longsdale, Pierre Arditi, Claude Rich et Pierre Santini. On m'a proposé le rôle de Jaurès dans « la séparation » de François Hanss, écrit par Bruno Fuligni et j'ai bondi de joie.

Cela m'a renvoyé au tournage que j'avais fait sur « l'affaire Dreyfus » avec Yves Boisset en 1995 dans laquelle je jouais le rôle de Zola .

Après la réussite de « la séparation », « la valise des Jaurès », financée par la mairie de Toulouse, a été créée avec Bruno Fuligni qui était responsable de la mémoire de l'assemblée. Puis j'ai voulu un travail plus accès sur Jaurès après les retombées de cette dernière.

C'est une vraie responsabilité de penser que je suis assez crédible pour aller au rendez vous de ce grand personnage. C'est un bonheur extraordinaire de l'incarner car dans tout ce qu'il a dit ou que j'ai lu, il n'y a aucun endroit pour lequel je tiquerai ou ne serai pas d'accord. A chaque fois, il m'embarque.

Dans mon métier, nous sommes des hauts parleurs et être des hauts parleurs de ce type là est une fierté.

JS : Comment définiriez-vous Jean Jaurès ?

J-C D : La parole de Jaurès fait du bien. Jaurès est cosmique, panthéiste. C'est un homme bon. Il nous dit d'avoir du courage, qu'il ne faut pas désespérer de l'homme et de l'humanité. Il faut travailler sur cette parole d'espérance.

En scène, par moment, j'avais le sentiment d'être dans un véritable meeting politique mais Jean Jaurès demeure un homme de conviction, il n'est pas un stratège politique, il ne traficote pas, il est tellement sincère, vrai.

Sa confiance en l'humanité demeure une lueur d'espoir.

JS : si vous devez retenir des paroles de Jaurès, lesquelles choisirez vous ?

J-C D: En remettant, bien sûr, dans le contexte lors de son discours sur la peine de mort, je choisirais « nous sommes solidaires de tous les hommes même dans le crime ». C'est-à-dire la solidarité de tous. Jaurès nous montre une générosité qui n'est pas tactique.

JS : Vous vous êtes illustré au cinéma, à la télévision, au théâtre et vous avez même joué dans des courts métrages, avez-vous un domaine préféré, dans lequel vous sentez que vous excellez ?

J-C D : Le théâtre, je suis un homme de théâtre. Le théâtre est mon lieu sacré

C'est la place d'un grand bonheur, de faire exister et de chanter le monde. Les érudits citent ces grands hommes, notre métier est de les investir, de les incarner.

Depuis plus de cinquante ans, j'ai beaucoup joué. Il y a un an je jouais « le roi Lear ». Mais avec cette parole de Jaurès, on est en prise directe.

JS : Quelles sont vos projets actuels pour 2014 et à venir ?

J-C D : En ce moment, je répète « l'annonce faite à Marie » de Paul Claudel, mise en scène Yves Beaunesne, Théâtre des Bouffes du Nord, dans lequel j'incarne Anne Vercors, prévu à Paris du 23 juin au 20 juillet puis en tournée.

Je prépare actuellement un autre rendez vous avec Jaurès : « Jaurès-Clemenceau, quelle république voulons nous ? », le socialiste contre le radical dans lequel je jouerai face à Pierre Santini qui incarnera Clemenceau, un face à face dans un parc, prévu dernière semaine de mai.

Une autobiographie est aussi à l'étude.


Jocelyne Silvy

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Jean Jaurès, Une grande voix

Lors de l'université populaire du 13 janvier 2014 au théâtre Toursky sur « Jean Jaurès une grande voix », Marion Fontaine, historienne, maître de conférence à  l'Université d'Avignon et secrétaire de la Société d’Études sur Jaurès, évoque la vie de ce tribun : « Jean Jaurès est né en 1859 à Castres sous le second empire, dans une famille de la petite bourgeoisie en déclassement social. Arrivé sur Paris, Jaurès a une impression d'un monde atomisé où les gens semblent sans lien entre eux ». Marion Fontaine évoque « l'unité jaurésienne et la diversité des moments de Jaurès ». « Jaurès a évolué et s'est adapté à son siècle. Jaurès fut militant, orateur, parlementaire (grand artisan de la loi sur la séparation de l'église et de l'état) puis il s'ouvre à l'international, il est adepte d'un pluralisme culturel. » déclare Marion Fontaine.

Jean Jaurès fut un journaliste courageux, un défenseur des mineurs de Carmaux et un opposant à la guerre, « Jean Jaurès n'aurait jamais renoncé à mettre le doigt sur les causes de la guerre » déclare Charles Silvestre, journaliste, auteur de plusieurs livres sur Jaurès dont "la victoire de Jaurès" .

« Il fut philosophe en politique » déclare Bruno Antonini, philosophe, professeur à Paris, membre lui  aussi de la Société des Études Jaurésiennes.

Roland Gori, professeur émérite de psychopathologie à l'Université d'Aix-Marseille, souligne l'actualité de Jean Jaurès qui montrait qu'il ne saurait y avoir d'émancipation politique sans émancipation culturelle et intellectuelle. « Jaurès met en avant l'école et la culture il faut donner aux enfants la valeur de l'homme, des arts... » souligne Roland Gori.

Jean Jaurès a eu une vie courte, seulement 55 ans. Cette année célèbre le centenaire de la mort de cet homme politique, assassiné le 31 juillet 1914 à 21h40 au café du croissant à Paris.