NULLE PART AILLEURS

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Lundi, 16 Décembre 2013 13:43

Qui n’a jamais rêvé autour du nom magique d’un lieu, d’une ville, de partir aussi à la découverte de ce qui est proche ? Se laissant guider par les chemins de traverses, sans idées préétablies, sans recherches précises, Olivier Cornil est un photographe voyageur, un photographe de l’errance... Errances montrées dans un album intitulé Vladivostok, édité par les éditions Yellow Korner.

 

Olivier Cornil

La Galice, l’Argentine, le Chili, la Chine, l’Islande; autant de lieux visités par le photographe, la Belgique aussi est très présente. Olivier Cornil s’y sent profondément attaché. Home Land est inscrit sur la dernière de couverture. Pourtant, une absence de taille : Vladivostok ! Titre de l’album photographique d’’Olivier Cornil.

Ses photographies offrent des points d’ancrages à des récurrences ; la forêt, la campagne mais aussi l’urbanité ; une urbanité qui n’impose pas sa loi de bruits, de fracas et de fureurs, mais qui privilégie des aspects quotidiens : bâtiments, gens en activité et aussi des espaces déserts Antonionien... Ce faisant, il brouille les pistes. Où sommes-nous exactement ? Seuls parfois des visages, des inscriptions, permettent d'identifier les lieux, les contrées, une façon de perdre le spectateur.

Mais cette vision n’idyllise pas le monde ! Dans les rares portraits réalisés, l’on sent les stigmates d’une vie, souvent dure ou précaires. De même, s’engendrent dans les paysages, une rudesse alliée à une grande tendresse. Souvent, ces paysages ne sont pas livrés de façon ouverte, saisis dans un ensemble harmonieux. Des obstructions comme des arbres, des futaies, des taillis viennent condamner l’horizon. Ces espaces souvent condamnés, clos, s’affrontent à des visions océaniques, la mer, des forêts ; des images d’incertitudes infinies...

Chez Olivier Cornil, pas de volonté documentariste, ou de buts précis, mais plutôt des images prises au feeling ; pas de grande théorie, plutôt une forme d'instinct. Ce qui guide le photographe c'est la potentialité de l'histoire, de l’anecdote. L’artiste aime regarder et chercher dans le paysage ce qu'il peut raconter de façon plastique et narrative.

Ces incertitudes, Olivier Cornil les traduit en jouant de notre trouble rétinien par le format choisi : le 6 x 6, un format carré. Le format panoramique tel le16/9 ème est omniprésent dans notre environnement visuel. Le 6 x 6 recentre le regard, ne le disperse pas vers cette tendance panoramique. Des jeux subtils, différents viennent alors se glisser dans la construction de l'image. Les horizontalités et les verticalités nous perturbent brisant ce rapport que nous entretenons, involontairement aux images habituelles. Les termes Paysage ou sujet se chargent alors d'une autre signification. Olivier Cornil ne cherche pas systématiquement à tout embrasser, à tout livrer, il sélectionne avec précision ce qu’il va photographier, nulle prise n’est choisi au hasard.

Olivier Cornil

Photographier en couleur n’est pas anodin non plus. Des rouges, des jaunes, des couleurs vives et chaudes viennent souvent créer des saillies dans un univers à dominantes délavées, presque monochromes.

La matière argentique prend une place primordiale dans cette réflexion photographique. L'argentique implique un choix précis, une économie de travail particulière qui s’oppose au numérique ; ne serait-ce d’abord que par le coût car le prix des pellicules compte ! D’autre part, l’argentique, plus particulièrement le 6 x 6, oblige à se poser et à ne pas shooter à l’improviste, sans réflexion préalable sur le sujet, ce qui n’est pas le cas du numérique où la même prise peut se répéter à l’envie.

Olivier Cornil accorde autant d'importance au livre. Celui-ci devient une trace tangible où l’on peut revenir, se replonger. Le livre n’a pas la fugacité d’une exposition. Cet album est constitué de trois parties ; la première nous plonge de façon directe dans une première série photographique, interrompue par plusieurs textes ; journal de bord, journal intime sans rapport direct à une photographie, poursuivant ainsi cette errance au travers de la lecture. Ne pas les traiter de façon chronologique, juste livrer ces textes au vagabondage, laisser le temps jouer sur des analogies, des proximités, ou des oppositions. Aucune photo n'est légendée, seule une liste en fin de la partie texte, indique les lieux de prise de vues et les titres des photos. Encore une volonté d’errance !

Cette rupture textuelle instaure un jeu de miroir avec une dernière série photographique.

Une construction graphique soigneusement étudiée jusqu’au grammage du papier. Olivier Cornil joue des variations d’échelles, pleines pages en format A5, images 10 x 10 opposées à des images 13,5 x 13,5. Ces ruptures viennent casser l’ordonnance de la construction. certaines s’opposent, d’autres entrent en résonances, se font échos, soit formellement, par le choix des couleurs, soit par une similitude des sujets. Un jeu d'harmonies ; un jeu rythmique...

Olivier Cornil laisse à escient des espaces vides dans la mise en page. Des photos qui pourraient être recadrés sont utilisés, en débordement sur la page suivante ou antécédente et provoquent un hors-champ. Une entame de page blanche qui laisse place à l’imaginaire et invite à se raconter sa propre histoire.

Olivier Cornil

De Vladivostok, nous ne verrons rien... Juste une lointaine sonorité...


Valery Poulet


Maison d'édition Yellow now, 18 rue françois Gillon P 4367 Crisnée, www.yellownw.be