DANSE A CANNES

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Mardi, 02 Avril 2013 09:15

Tout au long de l’hiver, la ville de Cannes propose une sélection qui fait le grand écart sur ce qui se fait de meilleur sur la planète danse, avec l’objectif d’offrir, par son éclectisme, une véritable vision chorégraphique.

 

Dès la venue de la Compagnie d’Akram Khan, il était possible d’admirer un spectacle de danse contemporaine des plus intéressants. Dans Vertical Road, le chorégraphe Anglais d’origine indienne fusionne divers styles d’origines variées en insufflant de la spiritualité à ses exploits chorégraphiques.

Innovateur de la danse postmoderne, Alvin Ailey American Dance Theater semblait, cependant, plus classique, même dans les recherches contemporaines de la compagnie, une des plus populaires des Etats-Unis. Ainsi Shards, sur une musique répétitive, planante, métallique, futuriste, proposait une chorégraphie pleine d’énergie allant de la jubilation à la mélancolie. Plus récent encore (2012), Rusty était très marqué du sceau de la virtuosité du mouvement, tout en étant métaphysique avec un questionnement sur le destin humain : d’où vient-on, où va-t-on ? Mais, c’est la pièce emblématique Révélations qui a le plus réjouit le public. Datant des années 60 et d’inspiration afro-américaine, cette danse explore avec ferveur les grandes émotions de l’âme. Entre blues et negro-spirituals, on peut ressentir tout le poids des ancêtres esclaves qui demandent leur liberté. Dans les virtuoses et sensuelles performances, tout le Sud est là !

Danse

Avec son sens aigu du raffinement esthétique, Thierry Malandain a revisité Roméo et Juliette en inventant une nouvelle mathématique chorégraphique avec sa Compagnie du Ballet de Biarritz. Dans un foisonnement de danse où les tableaux s’enchaînent à un rythme soutenu, il n’y a pas un seul couple mais neuf, car nous sommes tous des Roméo et des Juliette. Sur la Symphonie dramatique de Berlioz, destinée à l’origine au concert, cette multitude de Juliette et de Roméo métamorphose en permanence le décor mobile de malles en fer-blanc, sobre mais insolite. Transportés dans un imaginaire idéalisé, les amants de Vérone deviennent, avec leurs gestes très audacieux, l’essence de l’Amour et de la Mort.

Comme pour Roméo et Juliette, Don Quichotte questionne les rapports entre l’écriture et le corps, le passage énigmatique d’un univers à l’autre. En 1869, Marius Petipa s’est inspiré du célèbre roman de Cervantès pour son ballet en 3 actes qu’a présenté à Cannes le Ballet de l’Opéra National Tchaïkovski de Perm. Les contraintes d’une danse classique, chargée de chaleur espagnole, servent le mouvement avec une incroyable séduction sur la musique de Léon Minkus. A l’odyssée du chevalier à la Triste Figure, le ballet mêle les péripéties amoureuses des jeunes Kiri et Basile confrontés à une course d’obstacles : un père hostile, un prétendant ridicule,... Pas une minute de répit dans ce monument de la danse classique tout en enfilade de tableaux légers en apparence, incroyablement sophistiqués en réalité, qui se superposent pendant plus de trois heures que ne sent pas passer le public ravi de ce spectacle total et admiratif de l’époustouflant talent de Natalia Domracheva en Kiri.

Nous n’avons pas vu un spectacle de flamenco par le Ballet National d’Espagne, ni un autre de danse hip-hop par Break the Floor International, mais il reste au programme quelques valeurs sûres : Philippe Decouflé avec Panorama, Luc Petton avec Swan, et Benjamin Millepied pour Thème et Variations (c’est lui le chorégraphe du film culte Black Swan). Quelques belles soirées à venir à ne pas manquer !


Caroline Boudet-Lefort