Franta, la violence qui est la vie même

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Mardi, 05 Octobre 2010 09:44

Traînées, éclaboussures, coups de pinceaux croisés, contrariés, la peinture de Franta est une mêlée. Décharges et casses de voitures tout aussi sanglantes que les charniers humains : la matière est traversée de flux. Même le plus sec, le plus mort (crânes et dunes de sable) vit et palpite. Peut-être ce qui permet le mieux de comprendre la physiologie de l'œuvre de Franta ce sont ses sculptures. Le volume y est obtenu par pressions, par poussées, par un modelé puissant, tout autant vers l'intérieur que l'extérieur. On retrouve dans la peinture cet effet de poussées antagonistes des coups de pinceau mais aussi de l'obscur et des couleurs vives qui engendre la forme. Jusqu'aux dunes de sable de prendre corps. Aussi, alors que dans l'art contemporain la chair est triste et mécanique, Franta parvient à insuffler à ces grands lavis érotiques la force vitale du désir.

 

 

C'est le "langage vitaliste pour une peinture anthropomorphique" (1) des artistes néo-figuratifs qui dans les années 60 ont refusé "le phénomène de glaciation de la peinture, hantée par la conscience de la dissolution de l'individu et par la conscience de sa propre finitude en tant qu'art" (2). En refusant la fin d'un certain expressionnisme, en maintenant des valeurs tactiles, la sensibilité traduite par la virtuosité chromatique, l'épaisseur de la pâte, la viscéralité gestuelle, Franta, à l'instar d'un Rebeyrolle, perpétue la tradition de l'humanisme occidental qui place la figure humaine au cœur de la représentation artistique.

 


D'abord confrontation avec l'histoire contemporaine, sa peinture finit par interroger la condition humaine, cette même condition faite à tous les hommes. Il parvient, comme l'avait fait Edward J Steichen au sortir de la seconde guerre dans sa grande exposition photographique "The Family of man", à expliquer l'homme à l'homme, à montrer, à travers les éléments essentiels et les émotions de la vie de tous les jours, l'unité essentielle de l'humanité à travers le monde. Il montre que la violence est la vie même. Couples, enfantement, espoir, mort : la forme différenciée, l'être est une tentative toujours renouvelée, toujours précaire, de s'extraire du magma de la matière. Le cycle de la vie et de la création toujours recommencé.



par Agnès de Maistre

(1) définition que le peinture néo-figuratif argentin Luis Felipe Noé a donné de sa peinture Jean Clair "Douze ans d'art en France", Grand Palais, 1972 A l'occasion de l'exposition, sortie de la monographie "Franta" avec un texte de Jean-Luc Chalumeau aux éditions Somogy, Paris. 149 p, 28 x 24,6 cm, 110 reproductions, 29,50 euros.

Expositions 2008
Lyon, Galerie François Souchaud, janvier-février
Amneville-les-Thermes, Cri d'art, mars-avril
Le Mans, La Collégiale Saint-Pierre la Cour, mai-juin