Chorégraphie d’Angelin Preljocaj au TNN - GRAVITE

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Mercredi, 26 Février 2020 20:31

Mondialement connu et reconnu, Angelin Preljocaj, d’abord danseur classique, a eu vite fait de lorgner du côté de la danse contemporaine en passant par les Ballets de Dominique Bagouet.

 

Ayant monté depuis plusieurs années sa compagnie à Aix-en-Provence, c’est là qu’il a conçu Gravité, un magnifique spectacle sur la gravitation, une des quatre forces qui régissent l’univers et qu’on appelle « pesanteur ». Pour illustrer les théories de Newton et Einstein, Angelin Preljocaj explore donc ce seul et même thème, la gravité, et signe une de ses plus belles chorégraphies. Envoûté et halluciné, chaque spectateur reste ébloui !

Dans son domaine, la danse, Angelin Preljocaj est un maître de l’art néoclassique. Il a convié douze danseurs de sa compagnie à réaliser des pièces qui s’enchaînent très vite, sans répit, comme pour la pose d’éléments d’une mosaïque. Des musiques planantes virevoltent et éclatent, avec un choix éclectique aussi varié que Jean-Sébastien Bach, Yannis Xenakis, Daft Punk, Chostakovitch, Philip Glass et 79D (fidèle musicien de la Compagnie), les danseurs se déploient et s’élancent dans une chorégraphie abstraite, d’une précision qui garantit leur ancrage au sol.

Evénement

Le rideau se lève sur des corps allongés en vrac qui bougent au ralenti. D’abord une main se lève, puis un bras, et un autre. Peu à peu, les danseurs sont debout, leurs corps se mouvant comme des vagues lentes. Tel un recueil de nouvelles, Gravité enchaîne sans interruption une multitude de pièces courtes faites de solos, de duos en double, d’ensembles. Exprimées avec lenteur - il est rare que la danse s’intéresse à la lenteur –, ces séquences resserrées semblent fantasmées de désir, de peur ou de solitude, même à deux. Se libérant de la pesanteur comme dans une navette spatiale, les danseurs unifient ces propositions par leurs gestes lents. Comme aimantés, les corps s’attirent, s’accordant ensemble avant de se séparer, s’éloigner même.

Traversés par une même curiosité fougueuse, les couples s’approchent dans des mouvements ralentis ou des cavalcades souples à l’unisson avec la musique. Dans une indifférenciation sexuelle, les hommes, comme les femmes, portent de larges jupes noires et blanches. Mais, dans l’ensemble, c’est le blanc qui prime, accentué par un éclairage très cru - fait de découpes en cercles, rectangles, carrés ou bandes – (signé Eric Soyer). Cette unique scénographie est on ne peut plus simple.

Le spectacle se termine sur la musique lancinante du Boléro de Ravel, clou du spectacle et bel hommage que Preljocaj rend à Béjart. La musique, tout comme la danse, est intense, vibrante. Ensembles, les corps glissent au sol et les jambes fendent l’air, jaillissant et se ployant à l’unisson dans une chorégraphie concentrique. Dans le public subjugué, le silence est total, même les rares toux s’interrompent.

Angelin Preljocaj renouvelle complètement son talent avec ce spectacle envoûtant qui remue en profondeur chaque spectateur : il éprouve toutes sortes d’émotions, souvent non identifiées. D’enthousiastes et interminables applaudissements fusent à la fin!

Caroline Boudet-Lefort

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