« Sweet life », entretien avec Anne Wenzel

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dead aliceIsabelle Doleviczényi : Anne Wenzel, bonjour, pouvez-vous expliquer l’utilisation récurrente de la céramique dans vos  sculptures ?

Anne Wenzel : La céramique est le matériau qui convient le mieux pour atteindre les buts que je me fixe. Je peux ainsi façonner les formes que j’ai envie de créer. De manière générale, je commence par construire la pièce sculpturale en argile. Lorsque j’ai terminé, je commence alors à la détruire. A arracher des parties, à faire des trous. Puis, avec le même soin que lorsque je l’ai construite précédemment, je cherche encore le moment parfait entre la destruction et la construction.

 

I.D : Dans Sweet Life, la prédominance du noir confère à l’atmosphère une tonalité sinistre. Elle évoque presque un désastre. Pourquoi êtes-vous attachée à cette couleur ?

A.W : Le noir n’est pas un choix.  Ma préférence pour le noir découle d’une volonté de réduire les couleurs. En réduisant les couleurs, l’attention se reporte sur l’aspect formel de la sculpture et sur la composition. Ce qui met en avant la dynamique de la sculpture. Bien sûr, il y a ces ténèbres liées à la couleur noire. Et néanmoins, j’admets jouer avec cet aspect, afin de confronter l’obscurité du sujet ou de la couleur avec l’idée de beauté.

I.D : Dans Sweet life ainsi que dans Dead Alice apparaît le thème de l’enfance. Quel est votre sentiment à propos de l’enfance et de l’idée d’innocence ?

A.W : Je n’ai pas confiance en l’idée d’innocence. Notamment dans l’innocence de douces jeunes filles.


heavenI.D : Pensez-vous que vos œuvres sont romantiques ?

A.W : On peut comprendre le terme romantique de deux manières. Bien sûr, il y a le point de vue de l’histoire de l’art. Il y a également l’approche plus quotidienne  du terme « romantique ». Si l’on se rapporte à celle-ci, je pourrais, en effet, dire qu’elles sont romantiques. Du moins aspirent-elles à plus de romantisme, tout en admettant qu’aujourd’hui, tout romantisme est mort. Quant à la première définition, il pourrait y avoir dans mes œuvres un parallèle avec le romantisme, notamment dans l’attraction pour le désastre et l’osbcurité.


I.D : Dans certaines de vos œuvres apparaît un wall-painting, comme dans Heaven ou Sweet Life. Quel rôle joue-t-il ?

A.W : J’aime présenter mes sculptures sous la forme d’installations, dans le but de faire ressentir au spectateur ce que j’ai envie de lui dire. En effet, le problème avec les sculptures autonomes, c’est qu’elles sont trop protégées. On peut marcher autour, les regarder et partir. Tandis qu’en situant les sculptures au sein d’une installation, je place le spectateur à l’intérieur de mon monde. Je ne place pas simplement l’œuvre devant lui. Je la place également derrière, partout. Il n’y a aucun moyen de s’échapper.

Anne Wenzel est née en 1972 en Allemagne. Elle vit et travaille à Rotterdam. Elle a notamment exposé au S.m.a.k de Gand en Belgique. Elle est représentée par la galerie Onetwenty à Gand.

par Isabelle Doleviczényi

Traduit de l’anglais par l’auteur