En jeu en vie - sculpture, maquettes § utopies

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en jeu en vie

 

 

 

 

 

On entendit l’artiste prononcer une phrase à chaque recoin de l’espace ou se tenait cette exposition. Malgré les modestes dimensions des installations, le discours dense de Cora von Zezschwitz porte sur des problématiques qui dépassent ses réalisations actuelles et qui font écho aux préoccupations qui l’habitent depuis de nombreuses années.

 

en jeu en vieCe qui importe le plus dans l’art visuel est la question du jeu des surfaces qui, par leur topologie d’abord simple et monotone, donnent l’occasion à l’accident morphologique de se produire. La lumière vibre de toute sa substance. Elle constitue et véhicule sa qualité d'énergie venue prodigieusement d’un ailleurs. Lorsqu'elle rencontre les surfaces des objets elle se charge de signification pour les êtres qui la perçoivent. La complexité des plis de surfaces est proportionnelle à la richesse du langage lumineux qu’ils engendrent. La surface-lumière, pièce centrale de l'exposition, en parle d’une manière aussi délicate que percutante. Soit une surface-front, éclairée : la figure. Le revers de cette Gestalt reçoit la lumière réfléchie d’une surface-support : le fond. Il la réfléchit à son tour en lui donnant sa propre coloration verdâtre qui, du coup, se projette sur la surface-support et fait se détacher la figure, phénomène sorti du néant par le truchement de son côté obscur : la forme. Derrière la surface se trouve une matière qui bien que dépourvue de lumière, presse et repousse les surfaces. Celles-ci résistent par leur tension pelliculaire, par leur cohésion atomique et négocient leur statut dans le monde : la forme naturelle. Ainsi se créent des surfaces courbes qui sont là pour éviter les sauts abrupts hachurant la parole, tout en arrivant à dire en douceur, par leurs seules inflexions, toute la contradiction de l’existence et toute la dialectique de l’être. Quel que soit le substrat, ce jeu de morphologies est une loi universelle, agissant à toutes les échelles de l’univers.

 

 

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Dans ses pièces antérieures traversées par l’idée de l’envol, Cora von Zezschwitz délaissait les repères de l’orientation spatiale des surfaces architecturales, de l’inscription du corps humain dans la verticalité et dans les rapports de grandeur. Le même effet était ici exploré, quand les formes naturelles issues de leur propre pesanteur en tant que matériaux, deviennent le théâtre de scènes qui narrent les histoires de petits personnages confrontés à l’immensité du décor où ils sont embusqués. Ils jouent ; ou se guettent ; ou se poursuivent ; ou bien s’attendent patiemment – cela dépend de la configuration de la montagne qui est la leur. Ils n’ont plus de référentiels, pourtant ils dialoguent tout en habitant leur locus.

par Marcin Sobieszczanski




Références :
Gilles Deleuze, 1988, Le Pli : Leibniz et le Baroque, Editions de Minuit.
Les formes constituées naturellement - Andrzej Pawlowski (1925 Wadowice - 1986 Cracovie), artiste, théoricien de l’art, réalise en 1963-75 un cycle Formy Naturalnie Ksztaltowane où l’action de différentes forces sur les matériaux les amènent à prendre une forme résultant de leur structure interne (moulages de sacs, écrasement de matériaux...). La note de J. Bury d’après : Andrzej Pawlowski, Fotogramy, catalogue d’exposition (Cracovie : Starmach Galery, 1989) et Bozena Kowalska, « Pawlowskiego dialog z natura » (Dialogue avec la nature de Pawlowski) in Prjekt, 4/87, pp.26-30.

Cora von Zezschwitz, Galerie l’art c 2, 25 juillet - 23 août 2009
2, Place de Peyra, Vence