Le Centre d’Art La Malmaison à Cannes ANTONI CLAVÉ

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Pourquoi certains tableaux s’effacent-ils de notre mémoire alors que d’autres nous marquent à tout jamais ? Au Centre d’Art « La Malmaison » à Cannes, une quarantaine d’œuvres permettent de découvrir l’univers artistique d’Antoni Clavé : peintures, gravures et sculptures de grands formats. Cette exposition participe à la forte présence ibérique dans le Sud de la France durant l’été 2009.



Né à Barcelone en 1913, dans une famille très modeste, sa biographie est marquée par la guerre d’Espagne de 36 et les internements dans les camps de réfugiés espagnols dans le Sud-Ouest de la France. Puis en 1939, ce sera Paris où il arrive sans argent ni papiers d’identité. En 1944, sa rencontre avec Picasso sera déterminante pour l’avenir de son œuvre. Comme lui, il prouve qu’on peut peindre sans s’attacher à reproduire la nature. Pour gagner sa vie, Clavé travaille dans la publicité en réalisant des affiches, et crée décors et costumes pour des ballets dont ceux de Roland Petit. Les expositions se multiplient en Europe d’abord, puis à New York, Tokyo… La reconnaissance internationale est donc arrivée. Il décide alors de se consacrer uniquement à la création artistique. Le chaos ambiant et la crise de l’humanisme européen taraudent son esprit. Désormais Clavé se sent incapable de poursuivre une œuvre fondée sur l’ordre et l’harmonie. Il révèle une humanité en souffrance, un basculement dans un au-delà de l’imaginaire, et nous contraint à regarder le monde en train de se détruire. Il chamboule sa technique, éradique toute fioriture, déchiquette les motifs. Le choix de matériaux de récupération l’entraîne vers des découvertes surprenantes, inattendues, convaincantes, en prise avec le réel. Instinctif, il accorde une grande place au hasard avec des collages et des incrustations dans la peinture. Il utilise souvent des supports en carton, en Isorel, ou même en linoléum, avec sable incrusté, plâtre, étoffes, papiers froissés, punaises, clous, bouts de ficelles, gants….

En 1963, il s’installe dans le Sud de la France où il construit maison et atelier, ce qui lui permet de développer sa technique toute personnelle et de mettre en œuvre ses découvertes. Soulignons l’importance de son atelier, sa tanière, son cocon : là seulement, il peut travailler. Il innove avec des séries de « Greco », de « Rois », de « Guerriers », puis des papiers froissés en trompe l’œil et des arêtes de poisson. Il meurt en 2005 à Saint Tropez.

Impitoyable, son exigence terrible se lit dans son œuvre qui brûle d’une inoubliable intensité et qui s’inscrit dans les mutations du XXe siècle sociales, artistiques et intellectuelles.

par Caroline Boudet-Lefort