Magnifique Agatha de Marguerite Duras, dans une mise en scène de Daniel Mesguich

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Dans un univers sombre et baroque, Daniel Mesguich accompagné de ses enfants Sarah et William, réinvente un des plus beaux textes de Marguerite Duras.

Un spectacle aux images belles et fortes. Une scénographie impressionnante.

 

Agatha


« Un homme et une femme se retrouvent une ultime fois dans une villa au bord de la mer. Agatha est le nom de cette villa. C’est aussi le nom de la jeune femme. Et celui, encore, de leur attachement et de leur arrachement l’un à l’autre : ils ne se retrouvent que pour se séparer à jamais. Ils s’attendent. De la seule attente digne de ce nom, celle qui n’espère pas. Ils sont frère et sœur.

« Agatha, oui, est le nom, dur et brillant comme la pierre, d’un cri. Le cri patient d’une douleur interdite. Ce qui se dit entre eux ne se dit pas. Pourtant, rien, ici, n’existe hors de ce qui se dit. Pour jouer cette partition, j’ai appelé William et Sarah, qui sont frère et sœur dans la vie », nous explique Daniel Mesguich.

Texte culte de Marguerite Duras, Agatha raconte l’histoire d’un amour incendiaire entre un frère et une sœur. Elle, Agatha, porte le nom de la maison familiale. Lui, jamais nommé, est son frère. Ils s’aiment d’un amour fou, vivace, brûlant, permanent, interdit. Un amour fait de douleur et d’absolu. La jeune femme annonce son départ. Elle a décidé cette séparation qui sera comme l’ablation d’une partie de son âme. L’homme refuse cette intolérable absence. Pourquoi veut-elle l’abandonner ?

 

Agatha

 

« Il fallait pour jouer cette œuvre, deux acteurs le plus différent possible en même temps que le plus « Mêmes ». C’est donc, aussi, une intimité qui va se donner à lire ici, à travers les lignes éblouissantes de la grande Duras ». Daniel Mesguich signe la mise en scène de cette Agatha interprétée par deux de ses enfants, Sarah et William et s’empare de l’œuvre de Duras en nous transportant dans un autre ailleurs : un salon avec un piano couvert de poussière, une vieille machine à écrire, un téléphone rétro, deux fauteuils recouverts de velours, quelques toiles posées çà et là... Dans sa mise en scène, faite de jeux d’ombres et de miroirs et de sa vision très personnelle de l’œuvre de Duras, Mesguich, pour accentuer le désarroi de l’homme, crée un univers irréel et invente un double à l’héroïne. Cette autre Agatha incarne ainsi le fruit défendu et donne corps au désir du frère pour sa sœur tandis que la vraie Agatha se tient plus à distance. L’esprit d’un côté, la chair de l’autre. Bruits des vagues, petite musique de Brahms comme valse de l’inceste, lumières oniriques et profondeur des miroirs où Agatha se reflète à l’infini nous font balancer sans cesse entre rêve et réalité. La violence du texte nous emporte entre envoûtement et malaise. William et Sarah Mesguich, dans le rôle des amants ( ?) incestueux, sont magnifiques.

 

Agatha

 

Marguerite Duras a écrit ce texte après avoir lu L’Homme sans qualité de Robert Musil. L’enfance de Duras resurgit à cette occasion. Une enfance marquée par un amour violent entre son jeune frère et elle, bien que “la consommation de l’interdit” n’ait jamais eu lieu. Duras, c’est un ton particulier, unique, avec ses redites, ses circonvolutions, sa musique entêtante. Ses écrits évoquent des voilages flottant au vent, des rizières...

« L’inceste ne peut être vu du dehors ». Explique l’écrivaine. « Il n’a pas d’apparence particulière. Il ne se voit en rien. Il en est de lui comme la nature. Il grandit avec elle, meurt sans être jamais venu au jour, reste dans les ténèbres du fond de la mer, dans l’obscurité des sables des fonds des temps. De toutes les manières où les formes de l’amour et du désir, il se joue. De toutes les sexualités diffuses, parallèles, occasionnelles, mortelles, il se joue de même ». poursuit encore Duras. « De son incendie, il ne reste rien, aucune scorie, aucune consommation, après lui la terre est lisse, le passage est ouvert. Ainsi passe par un après-midi de mars un jeune chasseur qui remonte le fleuve alors que les pousses de riz commencent à jaillir des sables. Il regarde une dernière fois sa sœur et emmène son image vers les grandes cataractes du désert. »


 

Geneviève Chapdeville-Philbert

 


Sarah Mesguich et William Mesguich – interview Geneviève Chapdeville Philbert.

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AfficheAgatha de Marguerite Duras, mise en scène : Daniel Mesguich

Avec Sarah Mesguich, William Mesguich, Charlotte Popon

Théâtre Toursky Marseille 16 mars 2012

Assistante à la mise en scène : Charlotte Popon
Lumières : Eric Pelladeau - Bande son : Vincent Hulot

Spectacle proposé par Mordoré Production - Avec le soutien de la SPEDIDAM
www.ciedutheatremordore.fr

www.toursky.org

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