Michel Boujenah et Nora Arnezeder : un savoureux tandem Au Théâtre National de Nice puis au Théâtre Marigny

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Après tout, si ça marche... Voici un spectacle joyeux et intelligent à ne pas manquer. C'est la rencontre inattendue d'une jeune fille écervelée Mélodie et de Maurice, un senior aigri, misanthrope. Un scientifique qui a raté son mariage, son suicide et même le Nobel de physique ! Michel Boujenah est cet homme bourru et Nora Arnezeder, la jeune provinciale, Mélodie.

 

 

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Pour son adaptation française du scénario du film de Woody Allen*, Daniel Benoin, marque dès le début de sa mise en scène, le changement de lieu avec une plongée à travers le cosmos. Atterrissage à Paris sur scène, un bistrot, où Maurice et deux amis philosophent et se querellent sur des sujets religieux.

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Maurice nous raconte son histoire, une vie avec des échecs personnels et professionnels. Lorsque Mélodie débarque par hasard chez lui, affamée et sans le sou, on ne peut pas dire qu'il l'accueille bien... Petit à petit, « il se laisse embobiner » par cette petite fugueuse, disent ses amis qui cancanent.

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Mais entre Maurice et Mélodie, l'histoire est plus savoureuse ! Michel Boujenah excelle dans ce rôle d'homme bougon et tracassier, au langage teinté d'expressions fleuries. Il manie avec aisance des phrases excessives, celles d'un scientifique qui estime que « tous les gens sont de misérables vers de terre ignorants » et qui traite Mélodie de « microbe débraillé ». Michel Boujenah exprime la puissance du personnage et sa sensibilité : ses angoisses nocturnes, ses manies d'hygiène, son hypocondrie... Cela le rend très attachant dans un tableau allénien, incroyablement pertinent de notre époque où l'impensable devient possible.

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On appréciera Nora Arnezeder dans le rôle de Mélodie, sa spontanéité et sa fraîcheur. Elle affiche son insolente jeunesse avec une jolie gestuelle. Ses réparties sont distillées avec ingéniosité et ses questions sont des perles d'ignorance. Maurice se dit un génie de la mécanique quantique, ce qui signifie pour elle qu'il rafistole les vieilles voitures, ou travaille à une sorte de théorie des cantiques. Elle peut être navrante et désespérante, mais avec une certaine légèreté. Devant sa candeur et sa totale inculture, Maurice se permet de lui lancer des qualificatifs très imagés comme « stupide petite conne » ou « misérable sans cervelle », qui semblent ne pas l'atteindre.

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Mélodie cherche du travail, devient promeneuse de chiens, fait la rencontre d'un jeune homme... Elle a du caractère ! Comment Maurice n'a-il pas pensé qu'en jouant le rôle de Pygmalion, ce petit vers de terre aurait des sentiments, des visées sur lui ?

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Les scènes se succèdent en tableaux. Des images de Paris balaient leurs promenades parisiennes... Ils font une jolie virée à vélo sur une route campagnarde... De nombreux changements de décors ponctuent les diverses situations mais alourdissent un peu le rythme des premières représentations.

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Des rebondissements successifs : l'arrivée de Cristiana Reali, la mère de Mélodie, puis celle d'Éric Prat le père, troublent le couple. Les parents vont vivre eux-mêmes de véritables bouleversements.

Cristiana Reali réalise avec un enthousiasme communicatif et pour le bonheur des deux amis de Maurice, Jacques Bellay et Paul Chariéras, une complète métamorphose. Elle assume avec beaucoup de tonus cette évolution, souvent (trop) alcoolisée, un peu scabreuse. Elle perd très vite sa mentalité de cul béni. Grâce à son talent de photographe, elle expose ses œuvres, mène une vie dissolue avec une grande persévérance ! En final elle est méconnaissable. Éric Prat, dans le rôle du mari volage puis délaissé, est tout à fait convaincant lorsqu'il découvre et assume, penaud, son homosexualité.

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Cette comédie rafraîchissante est la bienvenue dans le contexte actuel. Michel Boujenah, Nora Arnezeder, Cristiana Reali, Éric Prat lui donnent son envolée. Le spectacle jouit d'une belle distribution avec une dizaine de comédiens.* Cette histoire n'est certes pas un long fleuve tranquille, elle aborde des questions raciales et de société, s'attaque aux clichés, à la grogne en général, mais elle est joyeuse et pleine d'optimisme. Une part d’auto-dérision et beaucoup d'humour conduisent au final. Pourquoi refuser les cadeaux de la vie, après tout, si ça marche ?


Brigitte Chéry

Photos Béatrice Heyligers - reproduction interdite

 

* Whatever Works

* Clément Althaus, Nora Arnezeder, Jacques Bellay, Matthieu Boujenah, Michel Boujenah, Paul Chariéras, Jonathan Gensburger, Charlotte Kady, Éric Prat, Cristiana Reali

vidéo Paulo Correia, décor Jean-Pierre Laporte, lumière Daniel Benoin

Théâtre National de Nice, Promenade des Arts 063000

13 mars au 7 avril 2012 Tel:04 9313 90 90

Théâtre Marigny à Paris début le 17 avril 2012