GEORGES NOËL, LE PEINTRE DES PALIMPSESTES D’UN JOUR…

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Deux évènements vous attendent pour redécouvrir Georges Noël, une figure majeure de l’abstraction : l’ouverture exceptionnelle de son atelier parisien et l’exposition de ses « Pochoirs et collages » à la galerie Catherine Putman.

 

L’atelier de Georges Noël sera exceptionnellement ouvert au grand public les 31 mars et 1er avril 2012 durant la semaine d’ART PARIS ART FAIR *. Situé à la Bastille, l’artiste s’y était installé sur deux étages jusqu’à la fin de sa vie, en novembre 2010. L’inventaire a permis de mettre à jour un fonds documentaire et une vaste collection de peintures, dessins, collages et sculptures retraçant ses cinquante ans de carrière, de 1956 à 2006. Sa discrète compagne m’a reçue pour une visite informelle, visiblement très émue par la préparation de ces journées portes ouvertes.

Noel

Aurèle M. : Comment Georges Noël est-il venu à la peinture ?

Margit Rowell : Il était dessinateur-projeteur dans l’aéronautique mais son métier ne le passionnait pas. En revanche, il était féru de culture et d’art africains, des écritures égyptiennes et amérindiennes. Il a donc joint ses connaissances techniques et la rigueur de son métier à ses attirances artistiques pour aborder son travail de plasticien.

A. M. : Il semble avoir élaboré une technique bien particulière qui lui a permis de développer un langage très personnel ?

M. R. : Oui, bien qu’il ait connu différentes périodes, le fil conducteur de son travail réside dans l’utilisation constante d’une matière qui lui est propre, obtenue à partir du sable, de pigments de couleur et de colle (très résistant, ce matériau de base traverse les années sans dommage). Le concept de « palimpseste » est né de la superposition et de l’effacement successifs de ces couches de matières et d’écritures qui produisent une empreinte granuleuse ou veloutée. L’artiste gravait son écriture, lyrique ou acérée, ludique ou disciplinée, composée de signes, de grilles ou d’une gestuelle libre.

A. M. : Il donnait de sa personne apparemment ?

M. R. : Il réalisait ses tableaux la plupart du temps sur des grands formats, couchés au sol, et y passait la journée. Il peignait rapidement, de manière instinctive — en cela, il était proche des écritures automatiques des surréalistes. Il pouvait se mettre en état de transe, presque inconscient et travaillait ainsi d’arrache-pied pendant trois semaines. Comme les grands sportifs, il lui fallait une semaine pour récupérer !

 

Noel

A. M. : Mais avec cette peinture spontanée, il ne savait pas où elle le conduirait ?

M. R. : Effectivement, le résultat n’était pas toujours celui attendu, ce qu’il appréciait d’autant plus. Pour lui, l’Art était synonyme de Risque. La liberté de création doit jouer avec le hasard. Ses « Patchwork » l’illustrent bien. C’était une façon aussi pour lui de « casser » sa virtuosité.

A. M. : Si l’aléatoire intervenait dans sa peinture, l’invocation des univers magiques n’était pas absente non plus. Sans compter les aspects primitifs de certains tableaux qui rappellent sa fascination pour les arts premiers et les civilisations archaïques.

M. R. : Dans les années 60, il peint les « fenêtres magiques » : son inspiration vient des mystères égyptiens ; on retrouve ces glyphes lacérés aléatoirement. Dans les années 80, c’est le côté nature, non sophistiqué, voire primitif de ses tableaux qui domine. Toutefois, « La jungle » qui rappelle le Douanier Rousseau, est emprunt également des vestiges de la géométrie à laquelle il s’était appliqué pendant sa période américaine.

A. M. : Puisqu’on en parle, ce passage Outre-Atlantique était volontaire ?

M. R. : Contrairement à ce que l’on pourrait croire, 68 n’a pas été bénéfique pour lui. La réaction politique aux mouvements libertaires a eu des conséquences malheureuses sur l’art contemporain ! Il s’est donc exilé, profitant d’opportunités pour élargir sa vision et la confronter aux minimalistes et l’Art conceptuel des artistes de l’avant-garde américaine.

A. M. : Le retour en France ne s’est pas fait en fanfare j’imagine ?

M. R. : En douceur pourrait-on dire, le figuratif primait sur la peinture abstraite… Heureusement, il avait à son actif nombre de collectionneurs et il pouvait compter sur des pays où son œuvre est encore aujourd’hui cotée, comme en Allemagne, en Italie ou au Japon.

A. M. : Que souhaitez-vous pour la suite ? Que ses palimpsestes laissent tout de même des traces ?

Noel

M. R. : J’espère que cet atelier dédié à son œuvre complète deviendra un lieu de référence apprécié des professionnels et une vitrine pour l’acquisition des tableaux de Georges Noël par les institutions publiques et privées… pour que dure son œuvre…

* Par ailleurs, la Galerie Putman présente un ensemble d’œuvres sur papier. Deux séries ont été sélectionnées : des « Palimpsestes » des années 60 avec ses fameux pochoirs et des grands dessins des années 80, marqués par sa fascination pour le chamanisme et par ses voyages.


A. M.



 

ATELIER DE GEORGES NOËL

Visites le samedi 31 mars de 10h00 à 21h00 et dimanche 1er avril de 11h00 à 18h00

45, rue Sedaine 75011 Paris

M° Bréguet-Sabin

http://www.georgesnoel.org/

 

GALERIE CATHERINE PUTMAN

Georges Noël – « Pochoirs et collages » Du 10 mars au 28 avril 2012

40 Rue Quincampoix 75004 Paris

M° Rambuteau

http://www.catherineputman.com/expositions/expositions.html