Louise Bourgeois : tendres compulsions

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Cette rétrospective de l'oeuvre de Louise Bourgeois présente plus de 200 oeuvres réalisées entre 1940 et 2007. On peut y découvrir des peintures, des sculptures, des installations, des dessins ou des objets réalisés par cette artiste née à Paris en 1911, qui vit à New-York depuis 1938. Si les sculptures réalisées dans les années 1950 ont parfois l'aspect de totems à l’esprit surréaliste, c’est dans les années 1970 et avec une esthétique dénuée de minimalisme que Louise Bourgeois aborde des thèmes comme la féminité, la sexualité, l’histoire familiale, notamment à travers des installations, où les souvenirs personnels tiennent une place majeure.

 

Accueilli dans le hall du Centre Pompidou par une immense araignée de bronze (Spider), que Louise Bourgeois associe à sa mère, le visiteur rencontre des « sculptures environnementales" procurant souvent un sentiment d’inquiétante étrangeté. Cellules, comme Red Room, une tentative de reconstitution de la chambre parentale, torses féminins de plâtre ou de bronze, phallus semblables à certaines sculptures de Brancusi, les œuvres de Louise Bourgeois nous plongent dans les méandres de ses souvenirs d’enfance et dans sa reformulation plus ou moins inconsciente de l’identité sexuelle. Le thème de la cage (Cells) évoque non seulement la solitude et l’enfermement mais également les contraintes de la vie familiale. Dans les dessins comme dans certaines sculptures, les objets figurés évoluent vers des formes corporelles, se parant de rouges sanguinolents ou de pointes, creux ou mamelons. Les femmes deviennent des maisons, des couteaux, des pieux… Dans Eye to Eye, les monticules blancs de plâtre figurent-ils des yeux comme le déclare l’artiste ou des dents ?

 

Quant aux œuvres phalliques intitulées Cumul ou Fillette, celles-ci effectuent comme un clin d’œil aux théories freudiennes concernant l’angoisse de castration. Enfin, c’est la figure du père qu’attaque Louise Bourgeois dans The Destruction of the Father, avouant sans détour ses pulsions agressives. Aussi pouvons-nous penser que son travail se situe sans conteste entre une mise en scène de l’érotisme et une pulsion de destructivité. Le moi de l’artiste en ressort triomphant, comme si l’affrontement avec le passé renforçait un narcissisme revigoré par la pratique artistique. A l’issue de cette visite, le visiteur aura deviné dans les nombreux dessins (Extrême-tension), comme dans les ténébreuses installations, les traces d’anciens traumas, clef de voûte de l’esthétique de Louise Bourgeois, qui oscille subtilement entre une dimension ludique et une atmosphère mélancolique.

par Isabelle Doleviczényi

Centre Georges Pompidou, Paris
www.centrepompidou.fr
5 mars - 2 juin 2008