TERRA FERMA – Emmanuele Crialese - Une île, terre d’asile… de transition

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Sur la petite île sicilienne de Linosa, le jeune Filippo, sa mère et son grand-père vivent chichement de l’activité traditionnelle de la pêche. Pour sortir de son enfermement et augmenter leurs revenus, la mère décide de louer la maison aux touristes qui affluent durant l’été.

 

Un jour de pêche en mer, le grand père et son petit fils sauvent des eaux un groupe de clandestins africains malgré l’interdiction des autorités locales. Ils cachent une des familles chez la mère qui les accueille à reculons. Ce prologue tragique est l’occasion pour les pêcheurs de confronter leur point de vue : faut-il privilégier l’activité touristique qui implique l’insouciance en refusant l’asile aux émigrés ou aider des êtres humains en danger en respectant les valeurs morales de la solidarité maritime ? C’est le sujet pivot du film autour duquel se déploie sa corde sociale : les conflits de générations entre tradition et modernité, le statut et le rôle de la femme dans un environnement passéiste, la question de la migration et ses résonances chez les autochtones. Mais le film d’Emmanuel Crialese ne se résume pas à une fable politique. Il raconte aussi une histoire d’initiation, vue à travers les yeux d'un jeune adulte qui découvre non sans résistance le sens des responsabilités. En écho à son douloureux accouchement moral, on assiste à celui (physique celui-là !) de la femme africaine et à la prise de conscience chez la mère célibataire qu’elle doit quitter l’île pour refaire sa vie. Quant au grand-père, s’il reste attaché à ses racines, il est la courroie de transmission vitale qui aura appris la dignité humaine au jeune Fillipo.

 

affiche

Le réalisateur privilégie l’intime et la sensualité de ses personnages ; on oscille entre le documentaire et le divertimento comme dans ses précédents longs métrages. Il excelle dans cette fresque familiale avec, en toile de fond, une île aux quatre vents, teintée d’eaux turquoise, baignée d’une lumière irréelle et empreinte d’une nostalgie que les acteurs bousculent avec une fraîcheur (pour Fillipo) et une profondeur (Donatella) irrésistibles... Dans la lignée des contes poétiques (je pense au Cochon de Gaza), nourris de leur petite musique personnelle et portés par des messages humanistes universels où la part imaginaire n’est pas négligeable, ce film se taille une place de choix. Seul regret, il abuse de bons sentiments par des scènes parfois misérabilistes. Oui, on l’avait compris, la misère n’est pas moins pénible au soleil !


Aurèle M.



 

TERRA FERMA – Emmanuele Crialese

Grand prix du Jury de la 68e Mostra de Venise 2011.

Réalisé par Emmanuele Crialese, avec Filippo Pucillo, Donatella Finocchiaro, Mimmo Cuticchio.