Another Happy Day par Sam Levinson

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Peinture au vitriol d’une famille américaine en déroute, Another Happy Day apporte sa pierre à l’édifice d’un genre outre-Atlantique qui ne cesse de se renouveler  : le psychodrame familial.

 

affiche

Une mère (la très habitée Ellen Barkin) accompagnée de ses deux fils — autiste pour le plus jeune et drogué pour le second ! — se rend chez ses parents à l’occasion du mariage de son fils aîné qu’elle n’a pas revu depuis de nombreuses années, suite à une séparation brutale avec son ex-mari qui en a ravi la garde. La voilà livrée à des retrouvailles peu réjouissantes : avec son ex, maté par sa nouvelle femme possessive et caractérielle (la très convaincante Demi Moore), sa mère conformiste (la saisissante actrice Ellen Burstyn), son père à l’agonie, ses sœurs radio-vipères ainsi que son unique fille, souffrant d’anorexie. Quand les scènes de dialogues sans concession qui se jouent entre les différents protagonistes ne sont pas passées au crible du jeune réalisateur S. Levinson, c’est la caméra-vidéo du cadet (dans le film) qui prend le relais pour une partition libre encore moins tendre : c’est l’enfance de l’art qui parle et qui interroge. Cette mise en abîme permet au cinéaste de toucher le fond rattrapé par un humour toujours sur le fil du rasoir. Les jours qui s’écoulent sont d’autant plus malheureux que l’humeur faussement joyeuse affichée pour le mariage ne trompe personne. Si chaque membre de la famille n’est pas spécifiquement présenté (une distribution soignée des seconds rôles vient s’ajouter aux premiers), on devine leurs liens, leurs désunions, les haines, les rancœurs mais aussi les tendresses et l’amour maladroitement exprimé qui les lient. La force de ce film choral sur les conflits familiaux, c’est de maintenir successivement à distance et en apnée le spectateur. Il voit des individus se débattre comme ils peuvent : certains par leurs paroles (la mère s’évertue à forcer le dialogue avec sa famille) ; d’autres par leurs actions (le fils lucide mais mal dans sa peau marque son hostilité par des attitudes destructrices) ; ou par leur volonté tenace de ne pas réagir aux conflits ouverts (les parents ne veulent pas de vague). Le résultat est le même : tout le monde se blesse et semble dépasser par les évènements. Lorsque l’adolescent (joué par le charismatique Ezra Miller) confie à sa grand-mère que seuls les enterrements rassemblent les familles, le choc est rude, la sentence amère et l’on est renvoyé à notre propre vulnérabilité...


Aurèle M.


Another Happy Day (2011)

Réalisé par Sam Levinson. Avec Ellen Barkin, Kate Bosworth, Ellen Burstyn, Thomas Haden Church, Georges Kennedy, Ezra Miller, Demi Moore, Michael Nardelli.