GORDON MATTA CLARK au Whitney Museum de New York

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Gordon Matta Clark débute son travail artistique à New York au debut des années 70. Bien qu'il ait étudié l'architecture à la Cornel University, il n'a jamais exercé cette profession de manière conventionnelle. A la Sorbonne, à Paris, il va faire la connaissance de la littérature française, notamment des philosophes deconstructivistes, tel Guy Debor ainsi que des Situationnistes.

 

Cet intérêt radical a developpé en lui le concept de la réutilisation des éléments artistiques préexistents, proposés une deuxième fois dans un contexte différent, comme lorsqu'il ouvre des déchirures dans des immeubles abandonnés ou en démolition. Ainsi peut-il créer avec ses amis Laurie Anderson et Richard Nonas le mot "anarchitecture". Il emporte abusivement, pour commencer, des tranches de sol à l'intérieur de copropriétés abandonnées dans le Bronx, pour se retrouver successivement à graver des volumes tridimensionnels énormes dans des bâtiments mis à sa disposition par les galeries et les musées. A part des "cuts", il s'intéresse de plus en plus à d'autres types de média, tels que la performance, l'écran et la photographie.

 


Puis, il ouvre un restaurant avec des amis, parce qu'il considérait la nourriture comme un instrument symbolique et concrêt, apte à créer une communauté vraie. Il considère cette activité comme une oeuvre à part entière, en ce qu'elle crée une architecture sociale. Il aime aussi organiser des réceptions/banquets, créant une analogie entre couper en tranches la nourriture pour la manger et découper une maison. Les instruments de cuisine lui fournissaient une sorte d'equivalent quotidien de l'alchimie, un charme qui s'étend jusqu'aux interventions architecturales. Il pouvait ainsi mettre en communication des dimensions opposées, telles que le "haut" et le "bas", comme une dichotomie liée à l'alchimie. Cet équilibre entre haut et bas était mis en évidence par la gravure qu'il faisait dans les fondations des maison, pour ouvrir de suite des découpages vers le ciel. Il signalait de cette manière "les implications symboliques et spirituelles des deux directions".

 


Gordon Matta Clark n'entendait pas l'architecture en tant que création esthétique, mais plutot comme matière brute à sculpter, pourvue d'un index socio-économique précis en ce que, appuyant et soutenant la création d'espaces collectifs, elle se portait contre la "paranoia du privé en tant que sorte d'auto-ségrégation". Afin de mettre en évidence l'obsession de la propriété immobilière, l'artiste achetait à peu de dollars des lots de terrains minuscules et inutilisables dans le Queen, mais qui faisaient obstacle à la construction d'édifices plus grands. Ces actions deviennent dans l'intention de l'artiste une parodie capable d'arreter la spéculation du batiment. D'autre part Matta Clark était assez clairvoyant pour prévoir que ses "cuts", à la fois poétiques et polémiques, auraient bientôt changé en un modèle de comportement capable de trouver sa place dans le vocabulaire des entrepreneurs. Les architectes étaient déjà sur ses traces: Frank Gehry se mit en contact en 1977 avec la galerie de Matta Clark à Huston pour acheter une de ses oeuvres. Ainsi donc, malgré la demande croissante pour des nouveaux découpages, ses "derniers projets, qu'il avait préparés déjà malade, regardaient des architectures aériennes" et "les abris dans l'air étaient faits de cables entrecroisés et soutenus par des ballons aérostatiques".



par Enrico Pedrini

Après le Musée d'Art Contemporain de Los Angeles "You are the measure" sera Musée d'Art Contemporain de Chicago jusqu'au 4 Mai 2008.