Une Bohême réussie ouvre sous les meilleurs auspices la nouvelle année dans la cité phocéenne…

PDFImprimerEnvoyer

Confiée à Jean-Louis Pichon, cette production évolue dans un décor unique, composé par Alexandre Heyraud évoluant sur les toits de Paris où seuls quelques accessoires viennent évoquer la mansarde des quatre étudiants au premier acte et au quatrième.

 

opéra

Au second acte, un immense escalier s’élance vers le Sacré Cœur dominant Montmartre, quelques tables et chaises réalisent la terrasse du café Momus. Au troisième acte, on retrouve le décor des toits qui semble représenter la frontière entre la ville et ses faubourgs, avec un réverbère. La direction d’acteurs est simple et fluide. Les chanteurs jouent avec naturel affichant une impression de spontanéité rare. On portera également au crédit du metteur en scène son refus de tout pathos excessif, en particulier dans une mort de Mimi d’autant plus bouleversante qu’elle est jouée à l’économie. Les personnages de cet ouvrage sont affublés des beaux costumes de Frédéric Pineau fruits d’un réalisme contenu fort bien mis en lumières par Michel Theuil. Dans la fosse, on retrouve l’Irlandais Mark Shanahan livre une lecture attentive et soignée.

 

opéra

Sous sa direction, orchestre et chœur apparaissent en forme. Il nous offre une Bohême lyrique et rêveuse, aux tempi parfois lents, qui possèdent un réel pouvoir d’évocation. Sur scène, la distribution réunie par Maurice Xiberras offre une belle homogénéité. Le ténor mexicain Riccardo Bernal, bon comédien en habitué du rôle de Rodolfo possède un timbre manquant indéniablement de la chaleur et de la séduction nécessaires dans Che gelida mamina. Il dispose d’une puissance vocale qui connaît ses propres limites lorsque Puccini fait sonner l’orchestre.

 

opéra

Mais ce ténor possède un aigu d’une insolente facilité et un phrasé varié et expressif qui lui permet de composer un Rodolfo crédible vocalement. À ses côtés, on retrouve avec bonheur la soprano française Nathalie Manfrino en Mimi (excellente Marguerite à Toulon en Octobre). Depuis sa prise de rôle à l’Opéra National de Bordeaux dans le très beau travail théâtral de Laurent Laffargue en 2007 ; elle continue à être une Mimi sensible et d’une crédibilité totale. La voix semble encore avoir gagné en puissance et en rayonnement au service d’un réel sens du style puccinien. Elle livre de beaux diminuendi sur les fins de phrase et un phrasé impeccable.

 

opéra

Sa mimi nous touche et nous entraîne sur les rivages de l’émotion en évitant tout effet vocal superflu. On l’attend désormais dans La chartreuse de Parme d’Henri Sauguet sur la scène phocéenne qui créera l’événement lyrique sur le plan hexagonal et international du 8 au 14 février dans une nouvelle production confiée à Renée Auphan avant de retrouver sa Marguerite dans Faust de Gounod en mars à l’Opéra Théâtre d’Avignon.

 

opéra

Marc Barrard comme à son habitude est exemplaire en Marcello lui offrant une émission ferme. Nicolas Courjal et Igor Gnidii respectivement Colline et Schaunard sont impeccables tant scéniquement que vocalement. François Castets offre un Benoît solide tandis que la soprano Gabrielle Philiponet est une Musetta précise et musicale. L’aigu est lumineux et le legato semble parfait. Elle irradie la scène de charme et sensualité.

opéra

Enfin on adressera une mention particulière aux enfants de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône sous la houlette de Samuel Coquard, toujours exemplaire.

opéra

Le public a su réserver un bel accueil à cette Bohème qui affiche en tout points une belle cohérence.

opéra

Serge Alexandre