ROBINSON, OU LA FORCE DES CHOSES

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On connaît tous l’histoire de Robinson et de Vendredi ou de Vendredi et Robinson. C’est toute la subtilité de cette inversion, de cette thèse avec son antithèse qui sont ici exposées à votre jugement et à votre regard. Si Robinson souhaita reconstruire son monde à lui dans cette île vierge, à l'image de son Angleterre natale, Vendredi va l’inciter à construire un autre monde où les valeurs seraient différentes et les choses destinées à un autre usage. L’exposition a été confiée à trois artistes différents et pourtant très complémentaires. Issus tous trois du groupe Supports/Surfaces, ils nous offrent leur vision de l’usage des ‘choses’ autour de trois actions :

 

 

MAMAC

Récupération d’objets divers, auxquels une autre utilité est donnée. Daniel Dezeuze semble avoir réuni dans une salle les objets rejetés de la société de consommation : vieille valises, bidons, bouteilles ou encore cages d’oiseaux. Il y a une symbolique entre l’image de la grille qui évoque la prison, l’oppression et celle d’un filet à papillon avec l’idée de liberté. Nous sommes prisonniers de ces objets qui nous entourent et on peut y voir une dénonciation du caractère vain de la consommation et le terme récupération prend alors ici tout son sens second.

Ornementation d’une pièce, d’un lieu ou d’un endroit. Ici Patrick Saytour, à partir de la matière brute transformée par découpage, couleur ou disposition, créé devant nous une œuvre d’art et là il nous interpelle, dénonçant d’une certaine façon ce concept commercial de l’art, prouvant qu’à partir d’une règle et d’un morceau de contreplaqué on peut très bien réaliser une œuvre qui sera à la fois tableau, sculpture et peut-être même mobile. L’ornementation retrouve ici son sens premier, celui de la grotte de Lascaux, il devient l’Art retrouvant ses origines.

Transformation d’un tissu ou d’un objet aussi banal qu’une vieille roue de bois, lesquels deviennent les décors d’un espace originel, celui de l’île de Robinson. Claude Vialat nous emmène au bord d’une plage après la tempête et tous ces rejets de la mer ou l’océan, deviennent des sculptures façonnées par la nature. Ce bois mort est finalement bien vivant, il se tord, se contorsionne et ces mille nœuds et veines jouent une sorte de ballet devant nous. Les tentures peintes, là aussi un retour aux origines, on songe aux plateaux de Mongolie ou aux tentes des Indiens, vestiges d’une époque souillée par ce monde moderne qui ne pense qu’à courir plus vite que le temps, perdant ainsi les mille bonheurs des milliers d’instants présents.

Alors on peut conclure avec bonheur : C’est Vendredi qui a convaincu Robinson et non l’inverse. Avec ces trois artistes, on découvre ce que pourrait être le monde, débarrassé de la consommation hystérique. Un monde dont les valeurs seraient plus spirituelles que matérielles.

Exposition au MAMAC de Nice, jusqu’au 27 mai 2012.


T Jan.