GRAND ÉCART DE LIBERTE POUR THIERRY LHERMITTE

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Dans son loft new-yorkais aux couleurs 60’s, Tobi, vieux danseur et chorégraphe excentrique, reçoit Lisa venue l’interviewer sur sa carrière et qui dit préparer un mémoire sur l'histoire de la danse classique aux États-Unis. Son compagnon, censé régler les détails techniques de cet entretien, l'accompagne. Très vite, une tension s'installe entre les trois protagonistes, l'interview prend une tournure de plus en plus étrange et la situation se complique alors que les questions se font de plus en plus précises…

 

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Grand Écart est la rencontre explosive de trois personnages dans le New-York d’aujourd’hui où Stephen Belber, l’auteur, entrecroise avec talent les thèmes de la transmission, de la paternité, de la créativité et signe une pièce sans sujet tabou, où comique et tragique s'entremêlent habilement. Une pièce drôle, violente et émouvante où les secrets de vie jaillissent pour dévoiler la véritable identité de ce trio. « C’est une comédie dramatique psychologique » explique Thierry Lhermitte, interprète du rôle titre. « J’ai découvert avec plaisir et étonnement qu’il y avait des gens qui pleuraient vraiment. Les rires, on les entend quand on est sur scène. Mais, les larmes sont très discrètes. On ne le sait pas et, quand à la fin, des gens viennent vous dire « j’ai pleuré et puis j’ai regardé autour de moi, je n’étais pas le seul », ça ! c’est la première fois que ça m’arrive au théâtre. C’est plaisant. Je crois que les larmes qu’on a dans le rire ou le rire dans les larmes c’est du bon rire et c’est des bonnes larmes, parce que ça rend heureux ».

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Comédie dramatique ou drame un peu comique

Plus de 30 ans de carrière et une vingtaine de films inscrits au box office : Les bronzés, Un indien dans la ville ou encore Le dîner de cons. Thierry Lhermitte apparait à l'affiche de plus de 115 films, de treize films ou séries télé et de près d'une dizaines de pièces de théâtre. Il est l'un des rares comédiens français à avoir pu en parallèle interpréter des rôles de jeune premier et de comique. L’acteur à succès, ex-membre émérite du Splendid avec qui il a débuté au théâtre, fêtera en 2012 ses 60 ans, « même si cet âge me paraît bizarre et que ça ne m'arrange pas ! Mais on continue à me proposer de temps à autre des trucs super, alors youp la boum, j'y vais ». Outre la série télévisée Doc Martin et le téléfilm très sérieux sur l'affaire Gordji où il interprétait Jacques Chirac, l’acteur poursuit actuellement son chemin sur les planches, ici dans ce rôle de composition étonnant de chorégraphe bi-sexuel, au sein d’une mise en scène rythmée de Benoît Lavigne qui accompagne subtilement les nombreux rebondissements de l'intrigue de ce Grand Écart. « Ce que j'aime dans cette pièce c'est le mélange du comique et d'émotions » explique le comédien. « Tobi est un danseur sur le retour, un personnage solitaire, mais qui me correspond ; moins énergique que les précédents, ce qui me va très bien. En préparation, j’ai beaucoup regardé des documentaires autour de la danse, notamment sur l'école de Béjart. J'ai lu le magnifique bouquin qu'il a écrit : Conseils à un jeune danseur. C'est très proche des conseils qu'on pourrait donner à un jeune acteur. Mais finalement, ce n'est pas ça qui compte. C'est de trouver ce qui motive cet homme à raconter sa vie, à se complaire dans la nostalgie de sa jeunesse, d'être un petit peu « content de lui ». Personnellement, je ne danse pas, ça, c'est sûr. Par ailleurs, je ne connais pas le milieu de la danse ou juste un peu à travers des gens que j'ai croisés dans mon métier. Mais pour aborder un rôle, ce dont vous avez besoin pour interpréter un personnage, ce sont les motivations psychologiques. Le reste, c'est dans le texte ».

A l’affiche avec avec deux autres comédiens, Anne Cressent (qui pour la tournée reprend le rôle créé par Valérie Karsenti) et François Feroleto, la comédie de Stephen Belber grinçante et décapante est également d’une grande fraîcheur « Cette pièce drôle tout autant qu’émouvante et que je découvre encore parfois après deux ans d’interprétation, est pour moi un passage très libre, à l’image de ce personnage que j’interprète, Tobi, inspiré d’un véritable chorégraphe et danseur » poursuit Lhermitte. « Un mec d’une liberté absolument incroyable qui est passionné par la danse, par l’enseignement. Il ne peut plus danser parce qu’il s’est pété le genou, mais il explique que lorsque on connaît la technique, enseigner c’est comme danser soi même. On vit la danse au travers de ses élèves qui sont comme des enfants. Tobi est passionné par ça, heureux de pouvoir parler de sa vie professionnelle qu'il déballe avec plaisir. Quand il va découvrir pourquoi ses visiteurs sont venus, très vexé, il va tomber de haut avant que ne se créée un joli petit conflit… » On ne vous en dit pas plus, ce serait gâcher votre plaisir d’aller au théâtre…

 

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Refaire sa vie

Grand Écart marque, après une longue carrière cinématographique, pour Thierry Lhermitte son deuxième retour au théâtre, où il avait pourtant débuté, « Pas par choix, je n’ai pas vraiment de plan de carrière. Ce sont simplement les circonstances qui ont fait que l’on m’a proposé coup sur coup deux pièces qui m’ont intéressé. En 2OO7, c’était « Biographie sans Antoinette » (de Max Frisch mise en scène Hans ), une pièce qui finalement était un peu sur le même thème : revenir sur sa vie passée ». Car Grand Écart c’est peut être ça : un texte sur les choix que l’on fait dans sa vie. Et parfois les regrets ? « Le personnage de Biographie sans Antoinette avait la possibilité de pouvoir refaire et rejouer les scènes de sa vie qui ne lui plaisaient pas. Changer sa vie. Et, finalement, il refaisait la même chose. Parce que, généralement, quand on fait des choix, ce n’est pas pour rien. Ce que tout le monde dit, Tobi à son tour le dit dans Grand Écart : je ne peux pas refaire ma vie. C’est ma vie, ni plus, ni moins. Toutefois, j'ai découvert à travers cette pièce avec stupéfaction le nombre d'enfants illégitimes qu'il y a dans nos sociétés. Au moins une fois par semaine, on avait quelqu'un qui venait nous dire qu'il n'avait pas connu son père. »

Un texte où le comédien, brillamment entouré, donne tout en légèreté la mesure de son talent alors qu’il se dit par ailleurs très angoissé pendant les répétitions et l’arrivée de la première. «Mais ça va mieux après les dix premières représentations... Le théâtre, c’est beaucoup de travail, beaucoup de répétitions. Je joue ici avec deux jeunes comédiens mais au théâtre, la carrière ne compte pas. On vit deux ans avec un texte, on joue la comédie ensemble et on est tous au même niveau. On a d'ailleurs commencé comme ça au Splendid, tout le monde donnait des conseils à tout le monde. C’est ce qu’explique très bien Tobi du reste quand il décrit le travail de la danse : avoir l’air d’être naturellement gracieux alors que tout ça se fait à coup d’heures et d’heures de répétitions et de souffrance physique. Là dans le théâtre il ne s’agit pas de souffrance physique mais psychologique, de travail constamment renouvelé qui fait que ça a l’air facile à l’arrivée. On est préoccupé constamment par le rôle, par la pièce. La journée, en répétition, le soir en représentation, la nuit en dormant. On y pense tout le temps, on se pose des tas de questions sur le travail, le personnage… Mais jamais une demi-seconde je ne crois que je suis un autre. Sinon ça s'appelle de la schizophrénie. Car que donnons-nous en tant que comédiens ? Du sens. Qu’est ce qui fait que c’est drôle ou émouvant ? Le sens. Quand vous parlez, ce qui vient à votre cerveau est ce que vous voulez personnellement exprimer. Mais quand les mots ne sont pas les vôtres et que vous devez aller dans le cerveau de l’auteur, il y a tout un travail à effectuer pour nourrir chaque mot de ce qu’il veut dire et peut vouloir dire dans l’esprit de l’auteur.»

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Au-delà de l’absence, Grand Ecart serait-il un texte sur la liberté ?


Geneviève Chapdeville Philbert



Grand Écart

Adaptation de la pièce américaine Match de Stephen Belber

Traduction : Lucie Tiberghien, Benoît Lavigne

Mise en scène : Benoît Lavigne

Avec : Thierry Lhermitte, Anne Cressent, François Feroleto,

Décor : Laurence Bruley

Costumes : Cécile Magnan

Lumières : Fabrice Kebour

Production : Théâtre de la Madeleine

Avec le soutien de la Fondation Jacques Toja pour le Théâtre

 

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